‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 101 sur 361 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ce serait oser les insulter chez nous; or, l'un et l'autre est blâmable. Quelque part, du reste, qu'on se trouve, parler avec aigreur et contester en présence de quelqu'un à qui l'on doit du respect est un défaut.

Quand des jeunes gens nous viendront voir, après avoir écoulé ce qu'ils veulent nous dire, nous les entretiendrons et les interrogerons sur ce qui est de leur portée, comme par exemple sur leurs études; et ensuite nous ajouterons quelques paroles d'édification. Ils retiennent souvent toute leur vie ce qu'un religieux sage et affectueux leur à dit dans une conversation. Il est bon de leur parler du mépris du monde; du danger qu'il y îi de s'y perdre, à cause dés exemples pernicieux et des occasions funestes; de la nécessité de fuir les compagnies dangereuses; du plaisir que l'on trouve â servir Dieu; de l'obligation de faire pénitence, et de fuir le péché, pour éviter l'enfer. C'est aussi une excellente chose de leur conseiller l'adoption d'un petit règlement de vie déterminant surtout les points suivants : chaque jour, la prière du matin avec le bon propos, et la prière du soir avec l'examen de conscience ; l'assistance à la messe; la récitation du petit office de la sainte Vierge, ou, du moins, d'un chapelet et des litanies; la fréquentation des sacrements une fois le mois, et pour les principales fêtes, en particulier pour celles de Marie, qu'ils doivent aimer tendrement comme une bonne Mère; l'assistance, les jours de fête et de dimanche , aux vêpres , au sermon et à la bénédiction ; l'obéissance filiale à leurs parents; l'assiduité à l'étude, et une grande sagesse en toutes choses.

C'est à celui à qui l'on rend visite à entretenir ses visiteurs, à moins que par son silence il ne veuille les congédier honnêtement. C'est pourquoi, lorsqu'il s'aperçoit que la conversation tombe et que tous ceux qui sont dans la compagnie cessent de parler de la matière qui en faisait le sujet, il doit adroitement en faire naître un autre.

Si, nonobstant le bon exemple que donné un religieux, quelqu'un ose parier contre Dieu, le prochain ou la pureté, il faut affecter, comme on l'a déjà dit, un air sérieux et triste,

jiour marquer qu'on souffre d'entendre ces choses. Cette correction silencieuse ne ressent point la réprimande; elle rend aimable la vertu de celui qui la fait, elle cause aux autres plus de plaisir que de confusion; et souvent elle atteint pleinement le but désiré, comme dit l'Écrilure sainte : « Le visage triste dissipe la médisance.» (Ecclés. vu, 4.) Si après ce ménagement, de semblables discours continuaient, il faudrait ou se retirer ou détourner habilement la conversation.

Les novices prendront congé de celui qui les visite aussitôt qu'ils entendront sonnerie silence, ou l'office, ou la classe. Ils lui diront alors qu'ils regrettent de ne pouvoir demeurer plus longtemps avec lui, et qu'ils le prient de les excuser, parce que leur devoir les appelle à étudier ou à chanter les louanges de Dieu. Les séculiers seraient scandalisés de voir alors des religieux rester avec eux, pour continuer la conversation. On a toujours beaucoup loué, à cet égard, et avec grande raison, la conduite du vénérable Père Louis de Grenade. Il quittait invariablement les séculiers venus pour le voir, aussitôt qu'on sonnait l'offlce, malgré que ses discours fussent aussi pieux que doctes; mais il ne quittait jamais l'office pour aller parler à ceux qui le demandaient pendant ce temps -là. On ne peut se dispenser d'une si sainte loi que pour des cas extraordinaires, qui n'arrivent presque jamais à des novices.

Si les personnes qui nous viennent rendre visite demeuraient trop longtemps, il faudrait les congédier poliment, sans attendre le signe de la cloche. Quand ce sont des enfants ou des jeunes gens , on peut les conduire peu à peu vers la porte. Si ce sont des habitués ou des amis, on leur fait connaître doucement qu'on a des occupations, et cela est véritable; car, pour un religieux, s'occuper dans la cellule à prier et à étudier est la grande affaire, par rapport à laquelle on est toujours en arrière. Quand ce sont des gens de qualité, on laisse tomber la conversation, en ne proposant point de nouveaux sujets d'entretien. Ils comprennent aisément, par ce silence affecté, qu'il est temps de se retirer.

Lorsque, plusieurs personnes se rencontrant à nous faire visite, l'une s'en va et les autres restent, si la personne qui

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