‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 102 sur 361 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

part est supérieure à celles qui demeurent, il faut l'accompagner. Mais si les personnes qui restent sont plus qualifiées que celle qui se retire, il faut leur tenir compagnie et laisser aller l'autre , en lui faisant pourtant excuse.

Il est contre la convenance de faire attendre longtemps, par défaut d'ordre, de mémoire ou de bonne volonté, les personnes qui viennent nous voir, à moins qu'on ne soit occupé à parler à quelqu'un d'un rang plus élevé, ou à traiter quelque affaire indispensable; mais alors il faut faire prévenir la personne qui attend; il serait même bon, dans ce cas, de prier l'un de nos frères de lui tenir compagnie, si on le pouvait faire commodément.

Lorsque celui qui nous a visités prend congé pour se retirer, il faut le reconduire, quand même il nous serait égal. Si c'est une personne de qualité, on doit la reconduire et l'accompagner plus loin, en la remerciant de son souvenir et de l'honneur qu'elle nous a fait par sa visite. Si c'était un étranger, et qu'on ne sût point son adresse pour lui rendre sa politesse, au lieu de la lui demander, il vaudrait mieux s'en informer secrètement à quelqu'un de sa suite.

Après que la visite est finie et qu'on est de retour à sa cellule, on se mettra à genoux à son oratoire, demandant pardon à Dieu des fautes qu'on peut y avoir commises, et le priant de faire que ce qu'on y a entendu ne nous cause ni distractions ni dissipation. Loin de parler aux autres novices des nouvelles et des autres choses qu'on aura apprises, il faut lâcher de les oublier soi-même, n'en gardant qu'une impression de reconnaissance de ce que Dieu nous a tirés du monde, et un plus grand désir de pratiquer le recueillement "intérieur.

ARTICLE III

Manière dont les novices doivent se comporter lorsqu'ils demeurent quelque temps à la campagne chez leurs parents et chez d'autres personnes.

Quelque préjudiciable qu'il soit aux religieux de faire de simples visites et d'en recevoir, il leiir est beaucoup plus nuisible de demeurer chez les séculiers. L'esprit religieux est un esprit de recueilleriient intérieur, de silence, d'oraison, de mortification, de pénitence, d'humilité et de pauvreté évangélique; or, dans le monde, tous les objets qu'on voit portent à la dissipation; on n'y entend que des discours mauvais ou inutiles; tout ce qui s'y passe n'est bon qu'à distraire pendant les prières et les oraisons. Aussi voit- on par expérience que les religieux qui ont le plus de commerce avec le monde sont ordinairement les plus dissipés. Gomment en serait-on surpris, le monde étant l'ennemi de Dieu , ayant été maudit par Jésus- Christ à cause de ses scandales, et faisant presque nécessairement contracter à ceux qui s'y répandent un esprit opposé à celui du divin Maître.

Les séculiers méprisent les religieux qui se répandent facilement dans le monde. Car ce qui fait qu'ils estiment et respectent ceux-ci, c'est qu'ils se forment d'eux une idée avantageuse, comme de gens occupés dans la solitude à des pensées célestes, appliqués à l'étude, et pratiquant continuellement des exercices de mortification et d'humilité. Mais ils ont bientôt perdu cette idée avantageuse, et ils s'en forment une toute contraire, si, conversant pendant quelque temps avec iîo«-'?-j.. ils observent que nous aimons à parler de nouvelles et de gazettes, presque jamais de Dieu; et que nous sommes vaniteux, sensuels, dissipés, médisants, murmurateurs. De là vient que les séculiers n'ont que du mépris pour certains religieux et quelquefois pour leur communauté, et qu'ils prennent plaisir à raconter à leur sujet des histoires ridicules ou désavantageuses; tandis qu'ils estiment et louent les religieux et les couvents renommés par leur amour de la retraite et du silence.

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