DEUXIEME PARTIE
En vain prendrait- on , pour avoir la facilité de se rcptindre dans le monde, le prétexte d'aller voir ses parents. Un véritable religieux est un autre Abraham, à qui Dieu dit : « Sors de ta maison et du milieu de ta parenté; » ou comme un autre Melchisédech, que saint Paul nous montre sans père, sans mère et sans généalogie (Hebr. vu, 3); ou comme la fille de Sion, figure de l'âme religieuse, que le Saint-Esprit exhorte ainsi, par la bouche de David : Oubliez voire peuple et la maison de votre père. (Ps. xliv, 11.) On se dissipe chez ses parents non moins que chez les autres séculiers, et on peut également dire de ceux qui se plaisent à fréquenter trop souvent les uns ou les autres, ce que David raconte des Israélites : S'ctant mêlés parmi les gentils, ils apprirent leurs œuvres et servirent leurs idoles, ce qui fut pour eux une occasion de chute. (Ps. cv, 35.)
Il n'y a donc que des cas très extraordinaires ou l'on puisse accorder aux religieux la permission de séjourner chez les séculiers; comme lorsqu'on a une santé entièrement et depuis longtemps délabrée, qu'on a épuisé tous les remèdes, et que les médecins croient l'air natal ou celui de la campagne indispensable pour guérir. Ou bien, lorsque étant appliqué aux confessions et aux prédications, on est obligé d'aller hors ville assister quelque malade ou faire quelque autre œuvre de charité, et qu'on ne peut loger ni chez des ecclésiastiques, ni chez des religieux.
Quand on a la permission ou l'ordre de demeurer quelque temps à la campagne, chez un parent, un ami ou quelque autre personne, il faut se souvenir qu'on a toujours, et plus que jaTOâis, a cause de l'édification, le devoir d'être vrai religieux, avec moins de facilité de le demeurer en pratique. Afin d'y réussir, dès qu'on sera arrivé, on se formera un plan de vie où seront réglés l'office, l'oraison, la lecture spirituelle, le rosaire, les repas, les récréations et le coucher. Qu'on s'accoutume surtout à se lever matin, et à ne point veiller le soir. Les veilles nuisent beaucoup à la santé; et en se levant de bonne heure on a plus de temps et de solitude pour s'acquitter de ce qu'on a à faire.
Le matin, aussitôt qu'on est levé, il faut faire oraison, et dire une partie de son office. Ensuite on peut sortir de sa chambre pour aller saluer ses parents ou les principaux de la maison, et les entretenir pendant quelque temps si cela leur fait plaisir.
Avant de s'aller coucher, il faut aussi leur souhaiter le bonsoir, à eux et à tous ceux avec qui on se trouve. Si c'est l'usage de la famille de faire la prière en commun, comme cela se pratique dans les maisons bien réglées, on y assistera avec les autres, et, au besoin, on la récitera soimême.
Lorsque l'heure désignée pour dire l'office est venue, s'il n'y a dans la compagnie que des personnes de la parenté, ou des égaux et des amis, il faut les saluer, prendre son bréviaire, et se retirer sans autre compliment. Les séculiers sont édifiés de voir qu'un ministre de Dieu s'applique de temps en temps à prier, car c'est sa vocation. Ils sont scandalisés , au contraire , lorsqu'ils voient des religieux qui ont beaucoup de prières d'obligation, et qui en devraient faire d'autres par dévotion, demeurer tout le jour en société, sans qu'on puisse comprendre quand ils ont le temps de dire le bréviaire, le rosaire et de faire l'oraison. Lorsqu'on prévoit le matin qu'on sera occupé, pendant la journée, par quelque visite ou par quelque autre affaire nécessaire , il vaut mieux avancer ces divers exercices que de les différer trop tard, pour ne point s'exposer à les faire avec précipitation et sans recueillement, ou à les manquer tout à fait.
Chaque jour, on doit aller à la messe, ou la dire quand on est prêtre, à moins d'une complète impossibilité. En entrant dans l'église on se mettra à genoux, pour adorer le très saint Sacrement, et faire ses prières avec beaucoup de respect et de dévotion , se tenant toujours découvert durant toute la messe, et évitant de regarder de côté et d'autre, de peur de choquer les assistants par ces immodesties. S'entretenir, ou parler avec qui que ce soit dans l'église, serait profaner un lieu si saint, et scandaliser ou troubler ceux qui se-