DEUXIEME PARTIE
point s'aller mêler avec elles, de peur de les interrompre. On connaît qu'elles ont un entrelien particulier lorsqu'elles se retirent à l'écart pour parler, ou qu'elles causent tout bas , ou qu'elles changent de discours lorsqu'on s'approche d'elles : alors on se retirera doucement, de peur de les gêner et de les interrompre.
On doit, sur toute chose, éviter chez les séculiers d'être familier avec les personnes du sexe, comme, par exemple, avec leur épouse , leur fille ou des amies de la famille, et de s'entretenir avec elles en particulier, à moins que ce ne soit des personnes si âgées et si vénérables que l'entretien ne puisse être suspect- On doit aussi éviter d'aller dans l'appartement des filles de service, pour écarter l'ombre même de tout soupçon. Il ne faut qu'une démarche inconsidérée, quoique sans malice, ou un mot imprudent, répété et grossi, pour faire perdre toute la bonne estime que les fidèles auraient conçue de nous. Dès qu'on est de retour au couvent, on rend compte au supérieur de sa conduite, des dépenses faites, des choses reçues , et des permissions présumées dont on a fait usage. Le premier soin, ensuite, sera de réparer le dommage que nous a forcément causé l'absence de la vie régulière, et d'utiliser les avantages que l'on est allé chercher loin de sa famille religieuse. Si on l'a quittée à cause de quelque maladie obstinée, il faut employer la santé recouvrée à mieux servir Dieu,
|et à suivre les exercices communs avec plus d'exactitude; ce sera la meilleure pénitence des sensualités , des inq^iiétudes , des impatiences et des autres fautes qu'on pourrait avoir commises pendant la maladie. Tout ce qu'on a vu ou entendu de séculie^ et de dissipant sera gardé sous silence et effacé m?m5''*3u cœur. Si l'on est sorti du couvent pour prêcher quelque avent ou quelque carême, il faut faire une sorte de retraite, afin de se retremper dans l'esprit de sa profession. On se confessera soigneusement des fautes commises dans le saint ministère , et du scandale qu'on pourrait avoir donné au
! prochain, par des paroles inconsidérées , soit par rapport aux séculiers, soit sur les choses de notre communauté religieuse. C'est ainsi que les apôtres furent conduits par Notre-Seigneur
dans la retraite au retour de leur prédication, afin de réparer leurs forces et de vaquer plus particulièrement à l'oraison. (Marc. VI, 30, 31.)
ARTICLE IV i
Manière dont les novices doivent se comporter dans les voyages.
L'ancienne maxime : « Ceux qui voyagent beaucoup se sanctifient rarement, » se vérifie trop souvent dans les religieux qui aiment les voyages. Tel dans le couvent était fervent, modeste, silencieux, fidèle observateur de ses vœux et de ses constitutions, qui revenu du dehors se montre dissipé, paresseux, causeur, murmurateur, sensuel, inquiet, transgresseur de tous ses devoirs , et par là scandaleux.
Aussi les religieux qui changent souvent de maison sans y être amenés par les intérêts du zèle ou par l'obéissance, et sans une indispensable nécessité, s'acquièrent une triste réputation. On raisonne ainsi de leurs déplacements successifs: ou ce sont eux qui demandent de changer de couvent , ou ce sont leurs supérieurs qui réclament leur éloignement. Dans le premier cas, il faut qu'ils soient d'un esprit bien inquiet, changeant et volage. Dans le second, il est clair qu'ils ont un caractère fâcheux, turbulent, fauteur de discordes. Or il est bien triste de passer pour un esprit perturbateur et dangereux dans une société religieuse, où doit, avant tout, f subsister l'union des cœurs en la charité. Ces sortes de reli- / gieux ne sont jamais contents, dans quelque couvent qu'ils / demeurent, et on saurait encore moins être content d'eux. Et comme la source de ce mécontentement est en eux-mêmes, en changeant de monastère ils portent aussi partout, avec leur mauvaise nature, la source de leur inquiétude, au grand détriment des autres.
Pour ne point acquérir cette triste réputation , et pour conserver l'esprit de régularité , il faut donc avoir de la stabilité dans les couvents où les supérieurs nous mettent, et n'en / sortir que par pure obéissance. On appelle pure obéissance celle qui vient des supérieurs seuls , sans qu'on la sollicite