‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 107 sur 361 · DEUXIEME PARTIE 24S · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE 24S

rosaire. Pendant le reste du jour, on prend le temps le plus commode pour achever l'office, et le rosaire ou psautier de Marie. C'est ainsi que saint Dominique , sur le chemin qu'il parcourait, chantait des hymnes et des psaumes, et, de temps en temps, se séparait un peu de ses compagnons pour faire l'oraison mentale.

Durant le voyage, on s'appliquera à contenter et à édifier ses compagnons en tout. 1° Pour les contenter, on cherchera à se conformera leur volonté, à suivre leurs inclinations, à compatir à leur faiblesse, et môme à les prévenir en ce qui pourrait leur faire plaisir. Ainsi , on s'arrêtera quand ils le voudront, et pour les repas on se conformera autant que possible à leurs désirs. 11 n'y a rien de si incommode que de voyager avec un compagnon qui n'est jamais d'accord avec les autres , qui ne veut suivre que son caprice ou son esprit de contradiction , et qui se plaint de tout. Cette sorte de compagnie est plus fâcheuse que les fatigues matérielles de la route.

2° Pour édifier ses compagnons, on pratiquera la régularité, la douceur, l'humilité, la patience, l'honnêteté, la modestie et la charité. On s'efforcera donc d'être gai, quelque fatigue qu'on ressente; ce n'est pas le temps de se laisser aller à la mélancolie, à l'impatience et aux murmures; il faut avoir sur son visage un air doux et calme, pour témoigner par là à Dieu et aux hommes qu'on est content de tout ce qui nous arrive. Si l'on s'impatientait dans les souffrances inséparaibles des voyages, on en perdrait le mérite; mais si on les accepte avec égalité d'humeur pour l'amour de Celui qui^le^ permet, chaque peine ainsi endurée devient une partie de la pénitence que nous méritons pour nos péchés, et une occasion d'acquérir quelques nouveaux degrés de gloire dans le paradis. Il faut aussi éviter la dissipation et la sensualité dans le boire, le manger, le dormir et les autres soulagements dont on a besoin ordinairement en voyage.

Lorsqu'on arrive à quelque maison pour y prendre son repas, en y entrant on dira, au moins intérieurement, selon le conseil de Jésus-Christ : La 'paix du Seigneur soit dans cette

maison.' {Mailh. x, 12.) Il faut laisser le maître apprêter de la manière qu'il voudra ce qu'il doit nous servir, pour ne pas le scandaliser par notre recherche, et pour observer de quelque façon ce que Jésus- Christ disait à ses apôtres : Mangez ce qu'on vous présentera. Que s'il nous faut régler quelque chose à cet égard , l'apprêt le plus simple et le plus pauvre aura la préférence. On peut toutefois demander un peu de vin . et de pain , pour se désaltérer et se soutenir, en attendant le repas. On priera le maître de la maison de nous faire apporter les choses par quelque serviteur, plutôt que par une servante, s'il le peut commodément.

Avant et après le repas, on dit les prières de la même manière qu'au couvent, excepté qu'au lieu du psaume Miserere, on peut réciter le Laudate Dominum omnes gentes. Pendant tout le repas , il faut manger avec la modestie et la décence qu'on a marquées plus haut, et garder le silence que nos constitutions nous commandent expressément d'observer à table, même hors du monastère, soit sur mer, soit sur terre. Si ce qu'on sert n'est pas de notre goût, on évitera de s'en plaindre. Ces sortes de plaintes sont une marque de sensualité , et font dire aux séculiers que certains religieux sont plus difficiles à contenter que les gens du monde. On saura supporter ces répugnances par prudence et par mortification; on prendra de là occasion d'acquérir des mérites , et d'édifier ses frères ou les autres personnes présentes.

Lorsqu'on est en voyage et qu'il se renconlio ui^ jeûne obligatoire même hors du couvent, il faut ménager ses forces et régler si bien sa journée, qu'on soit en état d'accomplir ce der voir. Notre Père saint Dpminique et les autres saints d a^notre Ordre n'y manquaient jamais. S'il paraît rude aux itinéraius' de jeûner, ils s'encourageront en pensant à ce qu'ils ont promis à Dieu dans leur profession. Peut-être mourront- ils avant la fin de leur voyage, et la meilleure préparation qu'ils puissent apporter à la mort, c'est de mourir en gardant leurs constitutions.

Lorsque, pour cause de maladie ou par nécessité, on est obligé d'accepter la voiture d'une personne de distinction, il

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