DEUXIEME PARTIE
faut observer les règles de la convenance pour y monter, s'y placer, y demeurer et en descendre. Si c'était une femme et qu'elle voulût faire voyage avec nous, il faudrait la remercier, avec beaucoup de respect, de la bonté qu'elle nous témoigne et de l'honneur qu'elle nous fait; mais ensuite on s'en excuserait, soit afin de ne pas donner mauvais exemple, ni occasion de parler à ceux qui nous verraient voyager en pareille compagnie, soit afin de ne pas s'exposer soi-même à quelque danger. A plus forte raison, ne faut-il pas se joindre en voyage avec des personnes indiscrètes, comme sont certaines dévotes. Les personnes de haut rang ont facilement, par leur naissance et leur éducation , le sentiment de l'honneur, et inspirent autour d'elles une certaine retenue. Mais celles d'une classe inférieure, au lieu de tenir à ce qu'on leur témoigne du respect, entraînent, parleurs manières , à contracter peu à peu envers elles une certaine familiarité. Il faut être sévère et ferme sur ce point; et, pour y avoir manqué, plusieurs sont tombés en de très grandes fautes. Celui qui s'expose au danger y périra. (Eccli. m, 27.)
Lorsqu'on voyage dans quelque voiture publique ou sur quelque bateau accessible à toutes sortes de gens, en y entrant il faut se placer à l'endroit qui nous convient, et si l'on ne connaît particulièrement personne, on ne se pressera pas de parler, mais on se tiendra recueilli et silencieux. Cependant on observera les autres, afin de connaître leur caractère et leurs idées. Si l'on remarque qu'il y a quelque grand parleur,, quelque étourdi et quelque dissipé , on se gardera d'avoir rien à faire avec eux, et s'ils voulaient nous attaquer par le, moyen de discussions ou d'injures, on ne se mettrait pas en peine de ce qu'ils disent; mais on leur ferait connaître par un silence affecté , ou par quelques paroles honnêtes, modestes et religieuses, qu'on ne veut engager avec eux ni contestation ni entretien quelconque. On ne doit pas non plus disputer avec les hérétiques sur des points de controverse, à moins qu'on n'en soit très instruit, et que cela ne paraisse devoir certainement contribuer au bien soit de ces hérétiques, soit des assistants. Il ne faut pas se joindre ni
s'entretenir en particulier avec aucune personne du sexe. S'il y a là quelques religieux, quelques ecclésiastiques, ou quelques séculiers judicieux, c'est avec eux qu'on préférera lier conversation.
Durant le voyage, il faut édifier ceux avec qui l'on se rencontre et surtout pratiquer, à l'égard de tout le monde, une inépuisable charité. Si l'on trouve quelque malade dans la maison où l'on est descendu, on se fera un bonheur de le visiter, de le consoler et de l'exhorter à accepter ses souffrances avec reconnaissance ou du moins avec résignation, comme des visites que Dieu lui fait, et avec un esprit de pénitence en réparation des péchés commis, ou en union avec Notre- Seigneur Jésus -Christ, qui a enduré de si grandes douleurs pour l'amour de nous. Il est bon aussi, quand la maladie est dangereuse, après avoir consolé le patient, de lui persuader de recourir aux sacrements , comme à une source de consolation et même à un moyen de guérison s'il plaît à Dieu. On ne partira pas sans faire pour lui, et avec lui, s'il y est disposé, quelques prières, comme celles de saint Vincent Ferrier, marquées à la fin du bréviaire.
S'il se présente des pauvres qui demandent l'aumône, il faut leur faire l'aumône corporelle , autant qu'on le peut, avec ce qu'on a , et l'on doit donner à tous l'aumône spirituelle, en priant Dieu de les combler de ses grâces, ou en les exhortant à souffrir avec patience leur pauvreté, puisque le royaume des cieux est pour les pauvres ; ou en leur apprenant la manière de faire la prière du soir et du matin , et de dire le chapelet; ou en les exhortant à fréquenter les sacrements et à se tenir toujours prêts à bien mourir, afin de passer des afflictions de cette vie aux consolations du ciel.
Enfin, avec tout le monde, il faut montrer autant d'éloignement des conversations séculières que d'inclination à s'entretenir des maximes du salut. On doit se faire gloire de ne savoir que Jésus crucifié, parler volontiers des perfections du Sauveur, des vertus aimables de la samte Vierge et des autres saints, en particulier de ceux de notre Ordre. Il sera surtout facile et salutaire d'apprendre aux autres à dire le rosaire, à