DEUXIEME PARTIE
en méditer les mystères; à connaître les avantages de la
confrérie, ses privilèges, ses indulgences; et de les amener à
s réciter une partie du chapelet , tous ensemble , dans le voyage ;
î' ils s'en trouveront si édifiés qu'il recommenceront volontiers
) et d'eux-mêmes, une autre fois.
Lorsqu'on voyage avec quelque religieux de l'Ordre, il est louable de vaquer ensemble à l'oraison, de dire le grand et le petit office et le rosaire; ainsi on s'édifie mutuellement et on médite avec plus de fruit. Si l'on voyage avec des séculiers, de temps en temps on se séparera d'eux afin de prier plus librement. On peut s'exciter à la prière en contemplant la grandeur, la beauté et la puissance de Dieu, qui a fait d'une seule parole toute cette nature qu'on admire le long du chemin; ou en pensant que cette vie est un pèlerinage et un exil; ou en considérant que le ciel placé sur notre tête nous rappelle le séjour de la paix que nous cherchons. Quand on rencontrera sur la route quelque église, on s'empressera d'y entrer pour y adorer le très saint Sacrement; si les portes sont fermées, on l'adorera du dehors et on dira avec David les versets : Domwm tuam, Domine, decetsanctitudo, ou Quam dilecta tàbemacula tua, ou d'autres semblables. Lorsqu'on passe devant quelque croix, il faut la saluer religieusement en se découvrant et en disant quelques prières, comme crux ave, etc.
On a besoin de se bien surveiller en voyage pour ne rien faire contre ses vœux : ce serait agir contre le vœu de pauvreté d'employer une partie de son viatique à acheter des choses qui ne seraient que pour la commodité ou la curiosité, surt^it si c'était par crainte que le supérieur ne refusât la permission : il faut attendre, pour ces achats, qu'on soit arrivé à son couvent. Alors, si l'on a quelque argent de reste, on le remettra entre les mains du supérieur, qui l'emploiera avec plaisir à procurer non seulement ce qui sera indispensable, mais encore ce qui pourra être vraiment utile.
Lorsqu'on approche d'une ville ou d'un bourg, il faut se mettre dans un état plus décent et plus religieux, à l'exemple de notre Père saint Dominique; car avant d'entrer dans un
pays il priait Dieu de ne pas le châtier à cause du pécheur qui y venait; et il avait toujours les yeux baissés, gardant le silence dans les rues. Arrivé au couvent, on doit présenter son obédience au frère portier, ou au père hôtelier, afln qu'il la montre au supérieur; on fait ensuite la venia à ce dernier, quand on paraît devant lui, et on lui obéît en toutes choses tant qu'on demeure sous son autorité.
Quand même le couvent où Ton arrive ne serait point de la province, cela ne dispenserait pas d'y aller loger, comme nos constitutions le prescrivent formellement. Les hommes du monde, quand ils voient que des religieux ne descendent pas chez leurs frères, en concluent qu'il n'y a point d'union et de charité entre eux. Les religieux d'une autre observance que nous nous reçoivent ordinairement fort bien; et si quelquefois, par hasard , il s'en trouve qui agissent autrement , on ne doit pas en murmurer, mais pratiquer la patience et la mortification. Notre Père saint Dominique était ravi lorsque, dans ses voyages, il manquait de tout et ne trouvait ni nourriture ni logement. Quelque grand que fût le repas qu'on lui servait, il ne prenait qu'un peu de pain, un œuf et un verre de vin, dans lequel, comme on l'a dit déjà, il mettait les deux tiers d'eau. Si nous n'avons pas les mêmes sentiments que ce grand saint, c'est parce que nous sommes très loin de son esprit de mortification et de pénitence, ainsi que de ses autres vertus. Du moins devons- nous éviter de nous plaindre et de murmurer lorsque, dans quelque monastère ou dans tout autre endroit, nous ne trouvons pas tout ce que nous pourrions souhaiter.
Il ne faut pas oublier j chaque semaine, de se confesser, et, si l'on n'est pas prêtre, de communier les jours de communion générale; on sera attentif aussi à dire l'office des morts; et, pour ne pas s'exposer à l'omettre ou à le réciter avec lassitude et sans piété, on le dira de préférence dès les premiers jours de la semaine, au lieu de le renvoyer à la fin. Lorsqu'on voyage la veille des fêtes , il faut tâcher d'arriver de bonne heure , afin de se préparer à entendre la messe et à communier le lendemain de bon matin, pour continuer ensuite son