‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 111 sur 361 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

vent, que n'est-il pas capable de dire contre le prochain, contre ses propres frères, et peut-être contre la modestie I Et si par malheur, pour ne pas s'être défié de lui, il donne visiblement dans l'intempérance, quel scandale pour la compagnie, et peut-être pour un pays entier!

Toutefois on peut se trouver dans l'obligation d'accepter une invitation au dehors: par exemple, lorsqu'on est invité par quelque évêque, ou lorsqu'on va prêcher, ou lorsqu'on est en voyage. Nous marquerons donc ici la mesure qu'il faut garder dans ces sortes de rencontres.

Avant le repas, dès qu'on s'est lavé les mains, si c'est l'usage du pays, il faut dire le Benedicite, tout bas, debout et découvert. Si l'on nous prie, par honneur, debénir la table, il ne faut pas l'accepter tout de suite, lorsqu'il y a quelques ecclésiastiques séculiers ou réguliers qui soient présents , et à qui cela revienne aussi bien qu'à nous. Mais s'il n'y en a aucun , ou si le maître de la maison insiste pour que ce soit nous qui donnions cette bénédiction, il faut le faire avec beaucoup de piété, et d'un ton de voix modéré. Si l'on voit que cela doive faire des cérémonies interminables, le plus simple est que chacun dise son Benedicite en particulier et tout bas.

Étant assis, il faut se tenir le corps droit sur son siège, sans appuyer jamais les coudes sur la table. Il ne faut pas être le premier à déplier sa serviette, mais suivre l'exemple des personnes les plus dignes. On doit l'étendre proprement sur ses habits, pour ne point les salir en mangeant, mais sans l'étaler aussi librement qu'au couvent, où il est permis d'agir avec plus de familiarité.

Lorsque le repas est commencé, on s'abstiendra de demander d^s entremets qui sont sous nos yeux, particulièrement s'il y a quelques friandises : cela ressentirait la sensualité ; il faut attendre qu'on nous présente quelque chose. Si l'on nous offre le choix de ce qu'il y a sur le table, il ne faut point demander ce qui convient le plus à notre goût, ni dire : « Je ne mange point de ceci ; je ne saurais souffrir cela. » Gomme ces aversions sont souvent imaginaires et marquent quelque [délicatesse, au lieu de les donner à connaître, on doit recevoir

poliment ce qui nous est donné, et s'imposer quelque effort pour en manger un peu, à moins d'une répugnance invincible.

Si celui qui préside, en nous servant, passait quelque personne plus élevée que nous, il faudrait s'excuser de prendre ce qu'il nous présente, ou l'offrir aussitôt à là personne qu'on veut honorer. Si toutefois celle-ci nous présentait elle-même cette portion, il ne faudrait pas la faire passer à un autre, mais la recevoir avec respect pour montrer qu'on est touché de son attention.

En se servant à son rang, on évitera de choisir les meilleurs morceaux ou les plus éloignés , quoiqu'on soit le dernier à se servir. On boira posément et proprement, en évitant de sembler déguster le vin comme un connaisseur, et en observant autant qu'on le peut ce que dit la constitution , de boire à deux mains.

Étant avec des personnes à qui l'on doit du respect, il faut faire en sorte de finir avant elles. Quand, au contraire, on a invité les personnes qui mangent à notre table, on ne doit point finir ni faire desservir, que toutes n'aient achevé sans se presser, et qu'on ne les ait invitées à continuer encore. Si après qu'on a pris suffisamment de nourriture on nous offre quelque autre chose, il faut remercier.

Il est inconvenant, pendant le repas, déparier incessamment de ce que l'on mange , et de témoigner qu'on y prend trop de plaisir. Lorsque le maître de la iiiaison nous demande notre sentiment touchant les mets qu'il nous sert, il faut en louer la bonté ci général. Gela lui fait plaisir aussi bien qu'à ceux qui les ont préparés, sans nous obliger à entrer dans des détails qui ne conviennent point à un homme mortifié. Ouailcr on se lève de table avec les autres, il faut se découvrir et dire ses grâces avec respect.

On doit très rarement inviter les séculiers à prendre leur repas dans nos couvents. Ils plaisantent parfois sur nous, après que nous avons fait tout notre possible pour les bien recevoir. 11 y a pourtant certaines personnes de qualité qui s'invitent d'elles - mêmes , et certains amis de notre ordre que

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