DEUXIÈME PARTIE
nous ne pouvons guère nous dispenser d'engager quelquefois, pour leur témoigner notre estime et notre reconnaissance.
Mais alors il vaudrait mieux les recevoir au réfectoire , avec les frères, qu'en particulier dans le petit réfectoire. La présence d'une grande communauté dans laquelle on fait Ja lecture spirituelle pendant le repas, où l'on garde un profond silence, et où l'on observe une grande retenue, ne peut que beaucoup édifier les hommes du monde ; au lieu qu'ils sont quelquefois scandalisés de ce qui se passe dans un petit réfectoire, surtout s'il y a de la superfluité dans le boire et dans le manger. Les séculiers qui se font d'ordinaire un honneur et un plaisir de dîner avec la communauté se soucient souvent très peu d'être traités en particulier; car il leur est facile de trouver chez euK ou chez leurs amis une table bien meilleure que la nôtre au point de vue matériel.
Lorsqu'on reçoit quelqu'un, il ne faut pas paraître empressé, inquiet, impatient, ni s'emporter contre ceux qui servent mal : ce serait manquer de respect à la personne invitée, et lui faire présumer qu'on est embari'assé de sa présence. Il suffît de prendre à l'avance toutes les précautions que l'on peuti et ensuite, on laisse aller les choses leur train, ou si quelqu'une va mal, en peu de mots on en demande pardon à ses hôtes : ils excusent volontiers les fautes que l'on fait , quand ils voient la bonne volonté qu'on a de les recevoir dignement et charitablement.
ARTICLE VI
Ce que les novices doivent observer en écrivant et en recevant £ des lettres.
Les novices ne doivent écrire ou envoyer aucune lettre sans permission. Le Père Maître prend soin de les lire toutes avant de les cacheter, non seulement pour voir si l'on n'écrit rien qui soit contraire à la charité, à la vérité, à la prudence, ou à qiielqu'autre vertu , mais encore pour examiner si elles sont écrites avec la correction, la politesse, la bienséance qui conviennent à un religieux. Il lira aussi toutes celles que les
novices reçoivent , car il doit se rendre compte si elles ne renferment rien de dangereux pour leur vocation , ou s'il ne s'y trouverait pas des nouvelles fâcheuses , qu'on doit leur communiquer avec ménagement. Nos constitutions défendent sous une griève peine d'envoyer aucune lettre ou de lire celles qu'on reçoit, sans les avoir auparavant montrées au supérieur. Ce règlement de la religion est très judicieux; et si quelqu'un y manquait en secret, il ferait preuve d'un défaut complet d'obéissance, de régularité , de prudence, et peut-être de charité; car pourquoi écrirait-on sans permission , si on n'avait rien à écrire que de juste, de raisonnable, et de conforme à l'esprit de Dieu ? Il est donc probable qu'on se cache pour être plus libre, pour parler mal de ses frères, et peut-être de ses supérieurs; pour se plaindre des uns, se moquer des autres, et découvrir au dehors ce qui, même à l'intérieur da couvent, devrait être enseveli dans un complet silence.
Il faut êlre extrêmement prudent et réservé dans les lettres, plus même que dans la conversation. Les paroles qu'on dit ne font que passer, et les fautes qui échappent dans le discours peuvent se réparer sur-le-champ; mais celles que l'on commet en écrivant se réparent très difficilement; car les écrits demeurent.
Les lettres doivent aussi être très rares. De même que les novices ne peuvent aller visiter leurs parents que rarement , quand ils sont dans le même pays; ils ne doivent leur écrire que très peu, quand ils sont éloignés d'eux. Une véritable nécessité et d'impérieuses convenances sont les seuls motifs suffisants pour écrire des lettres. Ceux qui écrivent souvent et sans raison grave perdent beaucoup de temps , et donnent à connaître qu'ils sont d'un esprit remuant; que, rie fiachant. s'occuper dans la solitude à se sanctifier par la prière et l'étude, ils aiment à se mêler de plusieurs affaires du dehors sans que Dieu les y appelle , et sans que cela contribue d'une manière sérieuse à la sanctification du prochain. On se repent souvent d'avoir trop parlé et trop écrit; mais on se repent rarement de l'avoir fait avec trop de sobriété.
La méthode la meilleure et la plus naturelle pour rédiger