DEUXIEME PARTIE
ses lettres, c'est d'écrire comme l'on parle; car les lettres sont les discours des absents. Gomme donc, dans les entretiens, quoiqu'on se serve toujours d'expressions honnêtes et polies, on choisit pourtant des termes plus sérieux quand on parle de choses graves, et plus respectueux quand on s'adresse à des personnes élevées en dignité : de même, en écrivant, il faut que les termes dont on se sert soient en rapport avec la matière sur laquelle on écrit, et avec la personne à qui l'on s'adresse.
On peut distinguer deux sortes de lettres : les lettres d'affaires et les lettres de politesse. Dans les lettres d'affaires il fautentrer toutdesuite en matière; s'expliquer clairement; user de termes naturels et propres à son sujet, en marquant exactement les circonstances du lieu, du temps, de la personne et de la chose, en sorte que celui qui nous lit s'imagine voir lui-même ce dont nous lui parlons. On doit ne dire que ce qui importe à la question, et éviter les digressions inutiles. Si l'on traite de plusieurs matières, il est bon de les distinguer par articles, pour plus de clarté. Sur chacune d'elles, on expose en premier lieu ce qui peut servir à éclaircir la suite, les points généraux avant les particuliers, les moins importants avant les plus considérables , et on marche ainsi par degrés jusqu'à ce qu'on vienne à la chose qui est la dernière dans l'ordre du temps, ou la plus importante et la plus capable de faire impression sur l'esprit de celui à qui l'on écrit.
Lorsque, dans une lettre d'affaires, on veut établir un fait ou une vérité, on s'appliquera à rendre ce fait ou cette vérité intelligibles, en les exprimant en termes propres, justes et clairs^Après avoir développé le point qu'on a en vue, il faut ""empêcher que la conviction ne soit détruite ou ébranlée , dans l'esprit de celui à qui l'on s'adresse , par des raisons étrangères. Pour cela, il faut : 1° faire en sorte qu'il n'y ait rien de choquant en ce que l'on écrit, de peur de rebuter celui que l'on veut persuader ; 2° s'insinuer au contraire dans son esprit en lui témoignant de l'estime et de la confiance, en lui parlant avec modestie, humilité et respect, ou avec abandon
et affabilité, selon sa condition et les termes dans lesquels on est avec lui; 3° ne laisser paraître aucun entraînement de passion , en sorte que si la passion se montre , on comprenne qu'elle est sainte et juste, et qu'elle ne vient pas du défaut de la personne, mais du sujet qui l'excite avec raison; 4° s'objecter à soi-même intérieurement ce qui peut être dit de plus fort contre ce qu'on exprime, et y répondre en peu de mots pour affermir l'esprit de celui à qui l'on s'adresse ; 5° si l'on passe sous silence des objections grossières et déraisonnables, il faut laisser comprendre que c'est parce qu'on ne les croit pas capables de surprendre ni d'influencer une personne dont on estime le discernement. Quand la lettre qu'on écrit n'est pas la première dans l'affaire, mais sert de réponse à une précédente qu'on a reçue , on doit , avant tout , marquer la date de la lettre reçue , répondre article par article à tous les chefs qu'elle renferme, ajouter ce qu'on a de nouveau à faire savoir, et résumer, s'il en est besoin , les autres réflexions qu'on a pu faire précédemment, afin de corroborer les derniers raisonnements par une vue générale des choses.
Les lettres de civilité sont surtout des lettres de félicitation, de condoléance, de remerciement; ou de protestation de respect, d'obéissance et de fidélité, en considération de l'autorité qui place au-dessus de nous la personne à qui l'on écrit. Ces sortes de lettres doivent être polies, obligeantes, et aussi courtes que les compliments qu'on a coutume de faire de vive voix. Les sentiments exprimés ne doivent pas être vulgaires, ni étudiés et affectés, mais naturels et vrais. Il n'est pas nécessaire que l'esprit y brille par des pensées ingénieuses; tout le monde ne peut se piquer d'avoii^ un bel esprit; mais chacun peut et doit montrer du bon sens, un esprit juste et un cœur sincère.
Afin de mieux se régler dans la manière d'écrire, il faut se rappeler que les anciens distinguaient quatre espèces de style : le style simple, le style figuré, le style grave et le style sublime.
Le style simple est composé d'expressions naturelles , lim-