‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 114 sur 361 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

pides, et sans recherche ni complication. On y emploie les mois selon leur signiflcalion ordinaire, non dans un sens figuré; les termes y sont corrects, parce qu'on y observe la véritable construction qu'ils ont selon les règles les plus exactes et selon l'usage reçu parmi les personnes intelligentes. Les expressions y sont claires, les phrases courtes et concises, parce que la simplicité des mots etleur disposition nepeuvent produire qu'une grande netteté dans l'expression de la pensée. Ce style renferme donc une simplicité noble, facile, élégante, délicate; et il est la base de tous les autres. On ne doit pas le confondre avec un certain style plat, composé de pensées et d'expressions basses, de tournures vulgaires, et qui est souvent mêlé de mots impropres et de barbarismes.

Le style figuré consiste en des expressions prises dans une signification métaphorique, afin de représenter une chose sous la figure d'une autre, qui a quelque rapport avec la première. Lorsque ces figures se tirent de choses sérieuses, et que le rapport qu'elles ont avec l'idée à exprimer est juste et naturel, c'est un style sérieux, aux périodes concises et coupées. Mais quand les figures se prennent de choses plaisantes et que le rapport qu'elles ont avec le sujet est éloigné, disproportionné ou fictif, c'est un style enjoué et plaisant, composé d'hyperboles, d'allusions piquantes, d'analogies et de métaphores qui excitent la curiosité et provoquent le sourire. Le style figuré sérieux est opposé à un certain mauvais style qui subtilise sur toutes les pensées , met tout en images sans nécessité, et affecte l'emploi de certains mots extraordinaires et de nouvelle fabrique, bons tout au plus pour le langage de la conversation. Le style figuré enjoué est opposô à un certain mauvais style burlesque, qui , ne consiste qu'en des comparaisons fades, en des ironies basses, n'ayant aucun sel, et dont personne ne rit que celui qui les a inventées.

Le style grave se compose du style simple et du style figuré sérieux. Il doit employer des expressions et des figures sobres, tranquilles et modestes; des périodes qui ne soient ni coupées ni concises comme celles des styles précédents;

elles doivent êlre plus longues, plus arrondies, et plus unies ensemble pour s'appuyer et s'éclaircir les unes par les autres.

Le style sublime est formé du style grave et du style figuré sérieux. Il demande des pensées belles, solides et saillantes, des expressions vives, des épithètes énergiques et pleines d'un grand sens, des figures fortes et pathétiques, des- périodes parfois étendues et parfois coupées, selon le besoin du sujet. Ce style a pour opposé, dans son espèce, un certain style enflé et bouffi, qui affecte de dire de grandes choses, et ne dit rien; ou encore une certaine éloquence turbulente et emportée, qui paye le monde d'exclamations au lieu de raisons; qui emploie les antithèses au lieu de preuves; qui étourdit les gens irréfléchis par le son et le nombre des mots, et qui, par l'agitation et les ténèbres qu'elle produit, confond les choses au lieu d'en faciliter l'intelligence.

En quelque genre qu'on écrive, il ne faut jamais sortir de son caractère, ni succomber à l'envie de devenir le copiste des autres. Chacun peut plaire dans sa propre manière de dire, pourvu qu'il la cultive et qu'il la perfectionne. Un homme mélancolique ne réussirait pas en voulant imiter le style d'un esprit enjoué; et un homme enjoué ne pourrait réussir s'il voulait se jeter dans un genre exclusivement sérieux et trop compassé. Lorsqu'un inférieur écrit à quelqu'un de supérieur, il doit se servir du style simple pour exposer la matière, et du style grave pour établir ses preuves. Ce style est plus modeste, et marque davantage le respect dont on est pénétré; au lieu que le style enjoué marque une trop grande familiarité, et le style étudié une vanité mêlée de présomption, ce qui empêche de s'insinuer dans l'esprit de la personne' à qui l'on écrit. Si toutefois le supérieur voulait que Tinférieur agît envers lui familièrement, celui-ci, en lui écrivant sur des matières indifférentes ou agréables , pourrait se servir modérément du style simple et enjoué. Lorsqu'un égal écrit à son égal, le style doit être réglé par le sujet. Il sera grave s'il s'agit de religion, ou d'une consultation, ou d'une lettre de condoléance, de remerciement, etc. Si l'on s'adresse à un ami, le style sera uni et naturel, en sorte qu'en lisant, celui-ci

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