‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 115 sur 361 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

reconnaisse notre trempe d'esprit et s'imagine nous entendre parler. Si un supérieur écrit à un inférieur, le style sera simple, car ce style convient naturellement aux personnes élevées, dont la principale force est dans le caractère et l'autorité.

Un religieux qui, dans sa correspondance, s'érige en nouvelliste, fait voir qu'il sait mieux employer son temps à parcourir les journaux et à s'informer de ce qui se passe soit dans son cloître, soit parmi les séculiers, qu'à étudier et à faire oraison, c'est-à-dire à remplir les devoirs de sa vocation.

Mais ce n'est pas assez pour un homme de Dieu de ne rien mettre de mauvais dans ses lettres, il doit aussi y mêler, de temps en temps, quelque chose d'édifiant. Une réflexion spirituelle , un mot de piété et d'édification qu'on fait venir à propos dans une correspondance, et qui ressortent comme naturellement de la matière qu'on traite, sont capables de faire un grand bien dans l'esprit et dans le cœur de ceux qui les lisent. Par ce moyen, on se sanctifie en écrivant, et on contribue à la sanctification des personnes à qui l'on écrit. Il y a aussi des religieux qui mettent à la tête de leurs lettres des initiales rappelant les noms de certains saints de prédilection; et saint Bernard disait qu'il ne lisait point avec plaisir les pages qu'on lui adressait, s'il n'y trouvait le nom de Jésus. Ces usages pieux, quand ils ne sont pas outrés, sont édifiants et bénis du ciel.

Lorsqu'on a reçu une lettre, il ne faut pas témoigner d'empressement pour savoir ce qu'elle contient; il y aurait en cela de la curiosité et de l'immortification. De saints personnage^, dans les siècles de ferveur, affectaient de tarder à .jpoMre connaissance de celles qu'ils recevaient de leurs parents; et quelquefois, au lieu de les lire, ils les brûlaient en disant : Brûlez ainsi et disparaissez, pensées de mon pays.

Lorsque , nous trouvant avec d'autres personnes, on nous porté une lettre qui ne regarde que nos propres affaires, il ne faut point l'ouvrir devant elles, mais continuer tranquillement la conversation. Si cependant la chose presse, on doit s'excuser doucement, se retirer à l'écart, lire celte lettre tout

2o2 L'INSTRUCTION DES NOVICES

bas, et y faire la réponse qu'on trouve à propos. Quand on revient prendre sa place, il est obligeant de dire, s'il y a lieu, ce qu'on peut faire connaître d'intéressant, pour ne point paraître mystérieux ni défiant. Si l'on reçoit au parloir une lettre que l'on présume regarder les intérêts de la personne qui nous visite, il faut lui dire simplement qu'on ne peut l'ouvrir sans permission, et la prier de nous permettre de la confier au frère portier, afin qu'il la donne à notre supérieur. Si le frère n'y était pas, on irait soi - même la montrer. Il serait impoli et désobligeant, après qu'on a commencé de lire une lettre tout haut, de s'arrêter tout court, ou de parler entre les dents, quand on rencontre quelque endroit délicat. Si l'on s'aperçoit que quelqu'un veut lire une lettre en secret, il faut se retirer à part , et ne point s'approcher qu'il ne nous appelle ou qu'il ne vienne à nous.

Page 1