‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 118 sur 361 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Mais afin que cette méditation soit plus utile, il faut, en même temps que l'on considère ce que Jésus-Christ a souffert pour les hommes, exciter dans son cœur de saintes et pieuses affections. Par exemple, on peut réveiller en soi : 1° Des sentiments de compassion, car les douleurs que Jésus a supportées durant sa Passion, soit dans son corps, soit dans son âme, sont plus grandes que celles qu'a endurées et que pourra jamais endurer créature humaine. Quoi de plus pieux que de compatir à de si grandes afflictions, et de désirer les partager avec lui? ,2° D'amour, car l'amour mérite et réclame un autre amour; or, c'est par amour pour nous que Jésus- Christ a tant souffert. Comment ne pas souhaiter de participer à ses souffrances, pour lui témoigner, par des fails, combien nous l'aimons? 3° De contrition, car puisque le péché est si énorme qu'il a fallu , pour l'expier, qu'un Dieu se fît homme et souffrît les douleurs de la passion, rien de plus juste que d'en concevoir une grande horreur, détestant toutes les fautes qu'on a commises pendant sa vie et formant une forte résolution de n'en plus commettre. 4° De confiance, car Jésus ayant daigné souffrir de si grandes douleurs pour l'amour de nous, et pour l'expiation de nos péchés, il est impossible de douter de lui et de ne pas attendre fermement de sa miséricorde infinie toutes les grâces nécessaires et surabondantes. 5° De reconnaissance, car où est le cœur assez endurci pour demeurer insensible à tant de bienfaits?

Mais la principale disposition qu'il importe d'exciter dans son âme, en méditant la Passion de Notre-Seigneur Jésus- Christ, c'est la volonté d'imiter ses vertus. Carie Fils de Dieu s'est fait homme et a souffert dans sa Passion, non seulem^t pour nous racheter par ses mérites, mais aussi pour nous donner l'exemple de toutes les vertus religieuses, et nous en faciliter la pratique. D'abord l'on considérera son humilité. Quoiqu'il fût Dieu, il a enduré les traitements les plus outrageants, et a voulu être regardé comme l'opprobre des hommes : cette considération nous excitera à mépriser les honneurs, l'applaudissement des créatures, et à souhaiter d'être rejeté de tout le monde. 2° On considérera ensuite sa patience et sa

douceur. II pouvait, par une seule parole, anéantir tous les juges qui le condamnèrent à mort, et tous les barbares qui le firent tant souffrir. Cependant il supporta tout sans se plaindre. Quelle leçon de douceur et de résignation, toutes les fois que nous aurons quelque occasion d'éprouver de la peine! f 3° On peut considérer encore son obéissance. Il se soumet, non seulement à son Père, mais à ses bourreaux, lorsqu'ils l'accablent de souffrances dans la flagellation, le couronnement d'épines, le portement de la croix, le crucifiement; et qu'il élend les bras, les mains et les pieds, selon leur volonté. Cet exemple nous portera à obéir à tout le monde en toutes choses, et surtout à pratiquer par obéissance nos constitutions et les avis de nos supérieurs. 4" Si l'on considère enfin sa charité, elle a été consommée sur le calvaire. Car il n'y a point de plus grande charité que de donner sa vie pour ses amis. Notre-Seigneur ne pouvait donc offrir une marque plus éclatante de son amour pour les hommes, et de son zèle pour la gloire de son Père, que de répandre jusqu'à la dernière goutte de son sang. Combien cette pensée doit-elle nous animer à tout faire •et à tout souffrir, pour travailler à la gloire de Dieu, à notre propre perfection, et à la sanctification de notre prochain, comme ce divin Maître le demande!

Il est facile d'exciter en nous d'autres semblables affections, et de considérer toutes les autres vertus que Jésus- Christ a pratiquées, afin de nous animer à les imiter. Mais pour faciliter encore davantage les considérations de notre esprit et exciter les affections de notre cœur, nous pouvons, sur chaque mystère de la Passion, considérer les six points suivants : d° Quel est celui qui souffre? C'est Dieu. — 2° Qu'estce qu'il souffre? Les tourments les plus cruels qui furent ja-^ mais. — 3° Pour qui souffre-t-il? Pour de misérables créatures, pour ses ennemis et ses bourreaux. — 4" Comment est-ce qu'il souffre? Avec douceur, patience, humilité, obéissance et charité. — 5° Quels sont ceux qui le font souffrir? Ses propres sujets, qu'il a comblés de bienfaits et qui lui ont répondu par l'ingratitude. — 6° Dans quelle vue est-ce qu'il souffre? Pour procurer la gloire de son Père, et pour opérer notre salut. —

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