DEUXIEME PARTIE
tie extérieure repose dans un grand respect intérieur envers Dieu, à qui l'on parle. Si nous étions bien pénétrés de sa souveraine et infinie majesté, de la sublimité des fonctions que nous remplissons envers Lui, et de notre grande bassesse, nous qui ne sommes que vers de terre, poussière et cendre, nous nous tiendrions en sa présence dans un complet anéantissement et une sainte frayeur. Nous devons, pour entrer dans cette disposition , nous regarder, eu égard à nos propres personnes, comme des criminels de lèse- majesté, indignes d'obtenir grâce; et cette conviction nous maintiendra dans l'humilité, la crainte et la confusion d'un misérable qui demande grâce à son souverain, après l'avoir outragé. Nous pouvons aussi nous regarder comme de pauvres mendiants, qui manquent de tout; et à ce titre demeurer devant notre céleste Bienfaiteur dans une posture suppliante, afin de toucher son cœur, et d'attirer ses bienfaits sur nous et sur ceux que nous représentons.
L'attention de l'esprit est nécessaire, comme l'intention de la volonté, pour satisfaire au précepte de l'office; car la prière est essentiellement une élévation de l'âme vers Dieu ; or, cette élévation ne se fait que par l'attention ou application de l'intelligence. Dieu étant un esprit très pur, veut que ceux qui le prient l'adorent non seulement de corps, mais surtout en esprit et en vérité. 11 rejette donc les prières de ceux qui ne l'honorent que des lèvres , et laissent leur cœur bien loin de lui. Gomment, en effet, prétendrait- on le rendre atleatif à des paroles auxquelles on ne fait pas soi-même attention? On n'oserait pas adresser une supplique à un prince, ni à un homme respectable, sans bien penser à ce qu'on lui demande et à ce qu'il répondra. Comment se dispenserait-on d'avoir le même égard pour Celui qui est le Roi des rois? Aussi ce n'est pas prier Dieu, c'est se moquer de lui , que de réciter machinalement des formules qui , au lieu d'obtenir des bénédictions à celui qui les prononce, lui attirent, au contraire, des châtiments et des malédictions. Car la prière n'est jamais vide et sans effet; si elle ne, s'élève pas jusqu'à Dieu pour mériter ses faveurs, elle attire son
courroux; au lieu de contribuer à effacer les péchés déjà commis, elle devient elle-même un nouveau péché; l'Esprit-Saint nous en prévient : Maudit celui qui fait l'œuvre de Dieu avec négligence. (Jérém. xlviii, 10.)
11 y a trois sortes d'attentions qu'on peut avoir à la prière vocale, selon saint Thomas : 1° Attention aux paroles qu'on profère. 2° Attention au sens des paroles. 3° Attention au but de la prière, c'est-à-dire à la pensée de Dieu et à la grâce pour laquelle on l'invoque.
Vaitention aux paroles est nécessaire; mais elle ne suffit pas. Elle est nécessaire, afin que celui qui prie vocalement ne s'expose pas au danger de ne pas dire ce qui est prescrit, ou de ne pas prononcer distinctement les mots, ou d'empiéter sur l'autre chœur. Cette attention aux paroles ne suffît pourtant pas, car elle n'implique pas une élévation de l'âme vers Dieu; il faut, sans la négliger, faire attention en outre au sens particulier des mots, ou en général à nous tenir unis à Noire-Seigneur. L'application constante aux paroles, poussée à l'excès, peut même devenir nuisible, ainsi qu'il arrive quelquefois aux scrupuleux; car, étant excessive, elle nous empêche de penser au sens des mots, ou aux choses saintes, et de nous livrer à la ferveur. Il suffît donc qu'elle soit assez grande pour nous empêcher de dire une chose au lieu d'une autre, et nous faire prononcer distinctement les paroles.
V attention au sens des iparoUs est utile, sans être absolument nécessaire. Elle est utile, car elle excite la dévotion dans le cœur, empêche qu'on ne s'ennuie en priant, et facilite les autres espèces d'attentions. C'est elle dont il est ainsi parlé dans la Règle de saint Augustin : Lorsque vous priez Dieu en chantant des psaumes et des hymnes, que votre cœur soit attentif à ce que votre bouche prononce. Pour accomplir cette recommandation, il faut entrer dans les sentiments des psaumes et exciter dans son cœur des mouvements et des affections conformes aux différents versets. S'agit- il d'un psaume de la pénitence, il faut s'exciter à la douleur et à la contrition de ses péchés. Le psaume contient -il des supplications, il faut se faire suppliant. Lorsqu'il se réjouit dans le Seigneur,