DEUXIÈME PARTIE
réjouissons- nous; lorsqu'il gérait, gémissons; lorsqu'il renferme des actions de grâces, remercions; lorsqu'il contient des sujets de consolation et de confiance, livrons-nous à la consolation et à la confiance dans le Père des miséricordes, etc. Nous avons dit que cette attention au sens des paroles n'est pourtant pas absolument nécessaire; en effet, sans elle, l'âme peut être suffisamment appliquée à Dieu, et c'est pourquoi plusieurs ecclésiastiques, des religieux et des religieuses satisfont au précepte de dire l'office, quoiqu'ils ne pénètrent pas constamment le sens des mots et des versets qu'ils prononcent. Elle peut même être quelquefois nuisible, quoique rarement, comme il arriverait si un scrupuleux voulait, sous prétexte de devoir ou de perfection, pénétrer le sens littéral de tout ce qu'il récite, et faisait, dans ce but, des efforts capables de lui ôter la dévotion ou de lui rendre impossible toute pensée pieuse.
L'altenlion au but de la prière est la meilleure, et c'est à elle que tendent toutes les autres. Elle consiste à dire l'office avec l'intention et le désir de louer Dieu , de l'adorer et de le bénir. Cette attention suffit pour satisfaire à l'office, puisque par elle l'âme, étant élevée au Seigneur, est dans une vraie oraison; et elle est en quelque manière nécessaire, car sans elle la prière n'est pas un acte de religion, la pensée de Dieu n'y entrant pour rien. Lors donc qu'on dit l'office ou qu'on fait quelque autre prière vocale, si l'on ne s'applique pas à pénétrer le sens des paroles, il faut du moins les prononcer dans le but de louer Dieu, en pensant à la fête du jour, ou à la grâce qu'on demande avec instance, ou à quelque autre chose pieuse, et surtout à Notre -Seigneur Jésus- Christ.
Cette attention est de deux sortes selon saint Thomas , l'une actuelle, l'autre virtuelle.
Elle est actuelle lorsqu'on pense présentement à Dieu, ou au sens des paroles, ou à quelque mystère. Il serait à souhaiter qu'on pût avoir sans interruption cette attention actuelle, à cause des fruits merveilleux qu'elle produit dans l'âme, et surtout d'une certaine dévotion, douceur et consola-
tion spirituelle qu'elle répand dans le cœur. Mais il n'est pas en notre pouvoir de jouir, quand nous le désirons, de ce bonheur; et il arrive même quelquefois que, lorsqu'on fait trop d'efforts pour y arriver, c'est alors qu'on a plus de sécheresses et de distractions. Il faut donc se résigner à la perdre souvent, et s'en consoler en pensant que l'intention virtuelle supplée à ce défaut et se maintient au milieu des distractions de l'esprit et des sécheresses du cœur, quelque longues et violentes qu'elles puissent être, pourvu qu'elles ne soient pas volontaires. L'intention virtuelle, en effet, est celle qui subsiste implicitement dans la série des actes opérés en vertu de l'intention actuelle formée au commencement de la prière. Cette intention se maintient, quoique non réfléchie, dans les actes sur lesquels elle influe, jusqu'à ce qu'elle soit interrompue et rétractée par un acte positif. Que si, loin de former cet acte positif, on renouvelle de temps en temps l'intention primitive, on a bien plus lieu encore d'être en repos sur l'accomplissement de son obligation. Ce serait être volontairement distrait de rouler dans son esprit , de propos délibéré, des pensées étrangères, ou de ne pas les chasser lorsqu'on les remarque, ou de s'occuper en disant l'offlce à quelque action extérieure qui demande une attention particulière, comme d'écrire , de lire, de parler, de s'entretenir avec quelqu'un. En admettant ces distractions volontaires, on ne satisferait point au précepte de l'office; et on pécherait mortellement si cette distraction volontaire durait pendant un temps assez notable.
Il faut aussi dire l'office avec la dévotion du comr. La dévotion , selon saint Thomas, consiste à faire avec une volonté prompte ce qui est du service de Dieu. C'est pourquoi , avoir de la dévotion en disant l'office, c'est le dire avec une sainte promptitude, un ardent désir et une grande ardeur de louer Dieu , de le bénir, de l'honorer et de l'adorer. C'est encore exciter dans son cœur de saintes affections d'amour, ou de contrition , ou de confiance, ou de crainte, ou de demande , conformément au sens des psaumes et des hymnes que l'on récite, ou selon la nature des grâces et des vertus dont on a besoia.