‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 127 sur 361 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

entre deux larrons, abreuvé de fiel et de vinaigre, et blasphémé par les Juifs. On demandera d'être délivré de l'envie, qui est un déplaisir du bien de notre prochain et de ses avantages, en ce qu'ils peuvent diminuer notre gloire. On désirera encore la charitu, qui nous fait aimer Dieu par-dessus toutes choses, et nous porte à nous réjouir de tous les avantages de notre prochain, comme des nôtres propres, qu'il s'agisse de ceux de la nature etde la fortune, ou de ceux de la grâce.

A None, on pourra se ressouvenir que Jésus -Christ ayant remis son âme entre les mains de son Père et étant expiré sur la croix, son côté fut ouvert par une lance, et qu'alors la terre trembla, le soleil se couvrit de ténèbres. On demandera d'être délivré du vice de la gourmandise, qui est un amour déréglé du boire et du manger; et on s'excitera à la pratique de la sobriété, qui nous fait garder une juste mesure dans l'usage de ces mêmes choses.

A Vêpres, on considérera que Jésus- Christ étant expiré, son corps fut détaché de la croix et son âme descendit dans les limbes pour en délivrer les âmes des saints patriarches. Il sera bon de demander la force de vaincre la colère, qui est un désir déréglé de vengeance, accompagné de l'émotion du cœur. On désirera la patience, qui nous fait supporter nos maux, en vue de la récompense, avec paix et avec joie; ou encore la douceur, qui nous fait endurer les injures et les contradictions avec une grande tranquillité, sans aigreur et sans emportement.

A Compiles , on considérera comment le corps de Jésus ayant été embaumé et enveloppé d'un linceul, fut enseveli dans un sépulcre nouveau. La grâce à demander sera d'être délivré du péché de paresse, qui est un ennui et un dégoût des exercices spirituels, à cause de la peine qu'on y trouve. On s'excitera à la ferveur, qui nous rend prompts et dévoués au service de Dieu , et à la persévérance ; qui nous affermit dans la pratique du bien, malgré les ennuis attachés à la monotonie et à la durée des efforts qu'il exige.

On ne pourra pas conserver l'attention et la dévotion, si Ton n'a un grand soin de tenir les yeux baissés. Un regard jeté par légèreté ou par curiosité est capable d'enlever tout d'un

coup à l'âme ces dispositions toujours difflciles à conserver. L'objet qu'on regarde se peint d'abord dans l'imagination ; l'esprit, qui a une si grande liaison avec celle-ci , se sépare de la bonne pensée dont il était occupé pour regarder l'objet sensible qui le frappe; et souvent il entraîne pour longtemps la volonté à sa suite. De là viennent tant de distractions qui sont volontaires dans leur cause, et peut-être dans leurs suites, parce qu'on n'a pas soin de les rejeter. C'est pourquoi, pen-^ dant l'office, il faut avoir les yeux si modestement baissés, qu'on ne regarde que la terre ou l'autel, ou le livre sur lequel on suit les prières, ou les cérémonies qui portent à Dieu; jamais les objets qui sont de côté et d'autre, ni les personnes qui entrent dans le chœur ou qui en sortent , ni quoi que ce soit. On excepte le cas où l'on serait chargé de régler le chœur, car alors le dévouement à l'intérêt général excuse des distractions auxquelles on s'expose, pourvu qu'on y renonce et qu'on purifie souvent son intention.

Quand on a des distractions, des mauvaises pensées ou des tentations en disant son office, qu'on se garde bien de se troubler ni de s'en chagriner intérieurement. Ces inquiétudes intérieures, au lieu de calmer la vivacité de l'imagination, qui en est souvent l'unique cause, la dérégleraient encore davantage. Il faut éviter aussi, dans ce cas, toute contraction du visage, toute posture tourmentée, toute parole à demivoix. Ces expédients n'ont aucune force pour arrêter l'égarement de l'imagination, pour fixer la légèreté de l'esprit et mettre en fuite le démon. Il suffit, quand on s'aperçoit qu'on est distrait, de se remettre en la présence de Dieu , à qui on a l'honneur de parler; de s'humilier devant sa majesté infinie, de lui demander pardon de nos misères, et de ramener doucement à lui notre attention. Il est bon de s'accoutumer à la renouveler au commencement de chaque psaume , ou à chaque Gloria Patri, ou à chaque inclination qu'on fait, désirant que la très sainte Trinité soit glorifiée, bénie et adorée par nous et par le monde entier.

Les scrupuleux doivent se faire une loi absolue de ne point répéter l'office à cause des distractions et des tentations qu'ils

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