DEUXIEME PARTIE
éprouvent, si longues el violcnles qu'elles soient. Dieu, en nous imposant l'obligation de l'office, n'entend pas qu'elle nous condamne à toutes ces répétitions et à tous ces efforts pénibles. Du reste, voulût -on s'y assujettir par principe de conscience, ce serait sans résultat, car on le dirait encore plus mal la seconde fois que la première, parce que l'imagination déjà troublée, au lieu de s'apaiser, s'irriterait encore davantage, et finirait peut-être par se détraquer pour toujours. La peine que ces religieux ressentent de leurs distractions, et qu'ils ne font que trop paraître au dehors, est une marque que ces distractions ne sont point volontaires. Le désir qu'ils ont d'être plus attentifs et d'être délivrés des pensées qui les fatiguent, est une preuve évidente qu'ils ont au moins l'attention virtuelle, très suffisante pour satisfaire à la loi. C'est pourquoi on ne doit pas les croire quand même ils garantiraient être sûrs qu'ils ont été distraits volontairement, et qu'ils n'ont eu aucune attention. Le mieux peureux, après s'être humiliés en la présence de Dieu à cause de leurs distractions, c'est de ne point examiner si elles sont volontaires, mais de les mépriser, de leur résister plutôt par la patience que par de vains efforts, et de ne répéter quoi que ce soit sans la permission du Père maître. Cette humble soumission les préservera d'une grande perte de temps et de longues peines d'esprit.
Quand on a le bonheur de dire l'office en chœur, il faut faire tout son possible pour qu'il soit bien chanté, avec une mélodie, une décence et une gravité dignes du Seigneur. Lorsqu'un office est ainsi chanté. Dieu en est honoré, les anges en sont réjouis , les hommes édifiés et excités à la dévotion. Saint Augustin rapporte qu'en assistant aux offices de l'Église et en les entendant chanter, il était consolé jusqu'aux larmes. Au contraire, il n'y a rien dont Dieu soit plus déshonoré, les anges plus centristes, et les hommes plus scandalisés, que lorsque les offices sont chantés sans goût, avec confusion et précipitation. La mélodie et l'agrément du plain-chant ne consistent pas à faire des fredons, des éclats de voix, ou des queues, ni à chercher des effets étudiés ou mondains;
la beauté distinctive et la supériorité dé ce chant consistent dans la dévotion, la simplicité, la cadence et l'ensemble, en sorte que tous ceux qui psalmodient en chœur soient tellement unis et d'accord , qu'ils ne semblent faire qu'une seule voix animée par la douce motion de l'Esprit-Saint.
Dieu révéla un jour que, parmi un grand nombre d'ecclésiastiques qui avaient chanté solennellement les louanges de Dieu dans une collégiale, une seule voix lui avait plu or, c'était celle d'un pauvre séculier qui avait un ton peu agréable, mais qui unissait le mieux qu'il pouvait sa prière à celle des clercs, en même temps qu'il unissait parfaitement son cœur au Dieu de toute sainteté. Il n'en est pas du Seigneur comme de Baal, que les prêtres de cette idole croyaient mieux toucher par de grands cris et des hurlements, en sorte qu'elle pût mieux les entendre si elle était éloignée, ou qu'elle pût s'éveiller plus facilement si elle était endormie, comme le prophète Élie le leur reprochait.
Toute nouveauté dans le chant doit être bannie du chœur, ainsi qu'il est ordonné par ces paroles de saint Augustin : Veillez à ne pas chanter autre chose que ce qu'on vous indique comme devant être chanté. (Reg. S. Aug.) La vénérable antiquité, la majestueuse gravité et la noble simplicité de notre plain-chant, le rendent plus respectable et plus propre à donner de la dévotion que tous les chants nouveaux, inventés plutôt pour flatter l'oreille que pour toucher le cœur.
La beauté de la psalmodie consiste dans les pauses qu'on fait au milieu du verset. Elles contribuent à inspirer la ferveur, et, tandis qu'on les fait, l'esprit et le cœur s'élèvent plus facilement à Dieu, en même temps que le corps se soulage par la respiration. Il nous est même recommandé par certains chapitres généraux d'observer un petit repos lorsque nous disons l'office en particulier ; à plus forte raison doit-on le garder en récitant l'office de la sainte Vierge dans le dortoir.
Il faut psalmodier et chanter au chœur d'un ton médiocre, de manière que, chacun se prêtant de son mieux, toutes les voix, les plus basses comme les plus hautes, puissent se réunir facilement. La solennité de l'office ne consiste pas à