‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 129 sur 361 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

crier à pleine voix, mais à faire des pauses plus marquées, en chantant pourtant toujours sur le ton médiocre et choral qu'il suffit d'élever un peu aux grandes fêtes.

Ceux qui en assistant au chœur disent leur office tout bas, en particulier, soit par nonchalance et par tiédeur, soit pour réciter quelque autre heure qu'ils n'ont pas encore dite, sont coupables, selon saint Antonin, d'un espèce de larcin; car ils emploient leur voix contre la volonté des supérieurs , dont l'intention est qu'ils chantent avec les autres, tous en chœur. Au reste, cet office, récité ainsi tout bas et isolément, ne plaît point non plus à Dieu; car on ne s'en acquitte que tout matériellement et sans fruit, le bruit et le mouvement du chœur formant une source permanente de distractions ; on scandalise , en outre , ses frères qui entendent le murmure de notre voix et s'aperçoivent que nous faisons malles cérémonies communes. Cette récitation est donc loin de compenser, par le peu de minutes qu'elle économise, le tort qu'elle cause, tant à nous qu'aux autres. En vain prétendrait -on qu'on n'a pas assez bonne voix pour être de quelque secours; Dieu ne demande à chacun que de le louer selon ses moyens et ses forces, et celui qui a bonne volonté peut beaucoup plus qu'il ne le pensait d'abord, surtout pour le chant des psaumes, des hymnes et des antiennes communes.

L'office choral est d'une telle dignité que lorsqu'on y arrive après qu'il est commencé , par exemple, un psaume étant déjà dit, l'Église veut que, s'incorporant tout de suite au chœur, à cause de sa noblesse et de sa supériorité, on commence à l'endroit où il en est, au lieu de s'efforcer de dire le commencement de l'office tout bas, pour rejoindre ensuite l'assemblée. C'est seulement après l'office qu'on reprend ce qu'on avait omis au commencement, sans répéter ce qu'on a déjà dit avec le chœur. Pareillement, si la cloche appelle à Sexte, à None, ou à quelque autre heure, et qu'on n'ait pas encore récité Prime et Tierce, quand même on serait en retard par sa faute, on doit, tout en demandant pardon à Dieu de cette négligence, se conformer au chœur; ensuite on dira Prime et Tierce en particulier.

La dignité de la psalmodie demande qu'on soit atlentif à bien observer les cérémonies et les inclinations ; à se tenir à sa place, vis-à-vis de son collatéral, et à empêcher, autant qu'on le peut, toute confusion. Il est rapporté dans les chroniques de l'ordre de Saint-François, qu'un religieux fut puni très sévèrement, dans le purgatoire, pour n'avoir pas été exact pendant sa vie à faire les inclinations de la manière qu'elles étaient marquées. Saint Vincent Ferrier voudrait qu'avant d'aller au chœur chacun eût prévu l'office en son particulier, afin de prévenir, autant que la fragilité humaine le permet, les fautes qu'on est exposé à y commettre. Ceux surtout qui sont chargés de diriger l'office et d'y exercer quelque emploi, ne doivent pas manquer de le préparer très soigneusement , en dehors de la préparation commune , quelque sûrs qu'ils se croient de leur mémoire et de leur science des rubriques, pour éviter tout péril de fautes d'inadvertance, de surprise et d'ignorance, ou pour corriger avec mesure et dextérité celles qui pourront se produire.

En lisant les leçons ou toute autre chose, on aura soin de prononcer d'une voix distincte et intelligible, posément, sans précipitation, s'arrêtant aux points et aux endroits où le sens de la phrase est fini, pour respirer soi-même et permettre aux autres d'entendre mieux ce qu'on lit. Ceux qui écoutent doivent éviter alors plus attentivement de faire le moindre bruit. Quant à ceux qui lisent aivec indolence pour épargner leur voix, ou se pressent de telle manière qu'ils semblent manger une partie des mots, ils sont coupables devant Dieu de ce que les autres n'entendent pas, et de tout le dommage qui en résulte, soit pour l'obligation de l'office, soit pour la fin de cette obligation, qui est l'accroissement de la dévotion dans les âmes.

Lorsqu'il arrive quelque confusion au chœur, si l'on peut y remédier sans bruit par quelque signe ou quelque parole basse, il faut le faire; mais si plusieurs accourent et font du tumulte à cet effet, qu'on se garde de rien dire, de peur d'augmenter le trouble qu'on veut faire cesser. Une faute matérielle est un moindre mal qu'une dispute pleine d'o-

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