‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 130 sur 361 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

piniâtreté et d'aigreur. S'il arrive qu'un frère commelle quelque erreur, ce n'est point aux particuliers à la reprendre, mais aux seuls chantres qui ont autorité pour cela. Quand quelqu'un prononce mal un mot ou un accent, ce serait un abus, une impatience et une inquiétude blâmables dans les simples religieux, de corriger tout haut ceux qui manquent. Rire, lorsqu'il arrive quelque faute ou quelque méprise, ou quand on en commet soi-même, ce serait manquer de respect à Dieu.

Lorsqu'il arrive un de ces désordres regrettables, il faut rentrer en son âme, se mettre en la présence de Dieu, lui demander pardon de ces erreurs, penser que peut-être nous en sommes la cause, ou que du moins nous en commettons de plus grandes à son service. Par ce moyen, au lieu d'avoir des mouvements d'impatience et d'indignation contre celui qui se trompe, on en profitera pour se tenir dans une grande tranquillité, tout couvert de confusion pour soi-même, et rempli de compassion pour les autres. Lorsque, durant l'office, les pauvres ou les enfants font du bruit, il ne faut pas les faire taire avec aigreur et emportement, mais avec beaucoup de douceur et de modération, pensant intérieurement que bienheureux sont les pauvres d'esprit, puisque le royaume des deux est pour eux (Matth. v, 3); queles cris que jettent les mendiants en sollicitant l'aumône, nous donnent une leçon d'ardeur et de persévérance dans la prière ; que si nous ne devenons pas semblables aux enfants par la simplicité et l'innocence de nos mœurs, nous n'entrerons jamais dans le royaume des cieux; et que les pleurs de ces petites créatures répandus pour une souffrance corporelle, nous apprennent comment nous devons gémir et pleurer devant Dieu pour nos infirmités spirituelles.

Après avoir achevé le saint office, remercions le Seigneur de l'honneur qu'il nous a fait en nous supportant en sa divine présence, et demandons -lui pardon de toutes les iautes que nous avons commises par nos distractions et nos négligences. Après même que nous aurons quitté le chœur, pendant quelque temps encore nous nous tiendrons recueillis, en

nous rappelant quelque chose de touchant que nous aurons remarqué, soit dans les psaumes, soit dans les leçons de l'Écriture, soit dans les homélies des saints Pères, soit dans l'exposé du mystère et la vie du saint dont on fait la fête. Quel malheur serait-ce de consacrer chaque jour à la prière publique tant d'heures; d'y réciter tant de psaumes, d'hymnes et de cantiques ; de lire tant de leçons de la sainte Ecriture et de la vie des saints, sans autre résultat que de se décharger d'une manière médiocre et douteuse d'une obligation grave; et sans en retirer presque aucun fruit, pour éclairer l'esprit et toucher le cœur, quand ces fruits sont sous notre main, et qu'il suffirait de la bonne volonté pour y trouver la vie!

ARTICLE IV De la Confession.

§ I. — Importance de la confession et ses conditions.

La confession est une des plus essentielles actions du Christianisme. C'est par elle que les péchés sont effacés, et que la peine qu'ils méritent est remise, ou entièrement, ou en partie. C'est par elle que nous sommes réconciliés avec Dieu, que nous apaisons sa colère, que nous satisfaisons à sa justice. C'est par elle que les portes de l'enfer sont fermées, et que les portes du ciel sont rouvertes. Par elle, notre âme est lavée de ses péchés, reprend sa première beauté, recouvre la grâce sanctifiante, et le mérite de toutes les bonnes actions , qui était suspendu et comme anéanti par le péché mortel. Par elle enfin, nous recevons une augmentation précieuse de la grâce, si nous avons le bonheur de l'avoir conservée, n'ayant commis aucun péché mortel.

Les novices doivent se confesser fort souvent, ainsi que nos constitutions l'ordonnent, et que nos premiers religieux l'ont pratiqué; et ils mettront une grande application à s'acquitter de ce devoir. Car les fruits que peut produire une bonne confession soni: merveilleux; et, au contraire, il arrive qu'après avoir pratiqué la confession fréquente pendant plusieurs années, on est aussi indévol, immortifié, orgueilleux, pares-

Page 1