DEUXIÈME PARTIE
Elle doit aussi être universelle, c'est-à-dire s'étendre généralement à tous les péchés mortels qu'on a commis ; surnaturelle, afin de disposer l'âme à recevoir la grâce, qui est un don supérieur à la nature. Pour cela, il faut qu'elle vienne de Dieu par un mouvement du Saint-Esprit, et qu'elle retourne à Dieu , ayant pour motif quelque chose de divin , tiré de la vérité révélée, comme d'avoir offensé un Dieu parfaitement bon, et d'avoir risqué la perte d'une éternité. La contrition doit être souveraine, c'est-à-dire supérieure aux autres douleurs, en ce sens que le péché doit nous déplaire plus que tout autre mal temporel que nous eussions pu encourir, puisqu'il est, en effet, le plus grand de tous les maux, pour ne pas dire l'unique mal.
Il n'est pourtant pas nécessaire que la contrition nous cause la douleur la plus sensible et la plus vive. C'est un acte de la volonté, et la volonté est une puissance spirituelle élevée au-dessus des sens, il ne faut donc pas s'étonner si les sens n'éprouvent pas le regret et la peine qui sont dans la volonté. D'ailleurs, l'union étroite de l'âme avec le corps fait qu'elle ressent plus vivement l'impression des objets corporels que celle des choses spirituelles. Cette remarque est nécessaire pour rassurer ceux qui ont une conscience trop timorée, et les scrupuleux qui craignent toujoars de faire une mauvaise confession par défaut de contrition suffisante. Il suffît que la contrition les décide, en pratique, à détester et à fuir le péché plus que tout autre mal temporel. Il n'est pas même nécessaire, pour s'exciter à ce degré de contrition, de descendre à considérer tel ou tel mal temporel en particulier, comme le remarque saint Thomas. Cette comparaison, au lieu de confirmer en nous la contrition, pourrait, au contraire, nous la faire perdre; car la considération des maux en particulier touche plus fortement que leur considération générale, et la supposition imaginaire de certains sacrifices que Dieu n'exige pas présentement, et que peut-être il ne demandera jamais, pourrait produire la volonté réelle de préférer le péché à l'acceptation de ce sacrifice, sur lequel on a arrêté sa pensée,
Pour avoir une véritable contrition, il faut la demander à Dieu avec beaucoup d'humilité et de confiance, et s'y exciter soi-même par le secours de la grâce. Afin de le mieux faire, il est bon de considérer : 1° Les principaux motifs qui peuvent produire en nous l'amour de Dieu, tels que sa souveraine bonté, son amour immense pour nous, ses bienfaits inestimables, et la passion cruelle que Jésus-Christ a endurée pour notre salut. 2° On considérera l'injure horrible que le péché fait à Dieu, en l'offensant et le déshonorant pour un chétif plaisir, pour une misérable créature, pour un petit intérêt, pour un vain respect humain, pour une pensée mauvaise, un désir criminel, etc. 3° On considérera ce que l'on perd par le péché, à savoir : Dieu, sa grâce, son amour et les vertus infuses qui l'accompagnent, le droit au royaume des cieux, les consolations du Saint-Esprit; au lieu de tout cela, on devient l'esclave du démon et on mérite l'enfer pour toute l'éternité. Quel malheur!
III. Le ferme propos est une forte résolution de ne plus retomber dans le péché et d'en fuir les occasions. Cette résolution est aussi nécessaire pour faire une bonne confession que le regret d'avoir commis le mal dans le passé; car les raisons qui rendent le péché digne de détestation sont immuables et éternelles. De même donc qu'elles nous portent à haïr et à expier celui que nous avons commis, elles doivent aussi nous le faire détester et fuir pour l'avenir. Ce ferme propos ne sera pas seulement dans la bouche, mais dans l'intérieur de l'âme. Caria véritable conversion doit avoir lieu là où est le vrai désordre et son premier auteur; or le coupable c'est le cœur. Le ferme propos doit encore être universel , s'élendant à tous les péchés , au moins mortels , puisque chacun d'eux, en particulier et par lui seul, offense Dieu et fait mourir l'âme. Il doit être constant et formé pour toujours, nous mettant dans la résolution de plutôt perdre toute sorte de biens et de plutôt mourir que d'offenser le Seigneur. Il n'est pourtant pas à propos de considérer en particulier la perte de tel bien, ni la perspective de tel genre de mort, ainsi qu'on l'a remarqué tout à l'heure pour la contrition.
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AOii de persévérer dans le ferme propos, on se gardera de s'appuyer sur ses propres forces; on ne comptera que sur la grâce de Dieu ; il ne peut la refuser si notre prière est pleine de confiance en sa bonté et de défiance de nous -même. Pour que le bon propos soit sincère et efficace, il doit encore, par une juste conséquence, renfermer la volonté de fuir les occasions prochaines du péché; car on est censé consentir à retomber dans le mal quand on ne veut pas éviter tout ce qui y porte, et met en danger probable de le commettre. Il doit enfin renfermer la résolution de prendre les moyens nécessaires pour éviter le péché ; car le désir sincère de parvenir à un but renferme la volonté de prendre les moyens convenables pour y réussir.
IV. La confession est une accusation de nos fautes à un prêtre approuvé, en vue d'en obtenir l'absolution et la rémission. Afin que la confession soit bonne, cette déclaration des péchés doit être : 1° Simple, c'est-à-dire faite en des termes clairs, sincères, et sans prolixité. On doit donc éviter d'y mêler des choses inutiles, d'y raconter ses ennuis, d'y découvrir les complices de ses fautes ou les péchés des autres, et d'y solliciter des conseils intempestifs. Si l'on a quelque avis ou quelque consolation à demander, il convient d'attendre après la confession, ou de différer à un autre temps, si le besoin qu'on a n'est pas pressant, et s'il y a d'autres personnes qui veuillent se confesser à leur tour, en particulier les veilles.de fête. 2° La confession doit être humble. Pour cela, il faut s'accuser de ses péchés, non pas comme si l'on faisait un simple récit, mais avec des sentiments d'anéantissement de soi-même et de confusion d'avoir offensé un Dieu si grand et si bon. On évitera donc de les diminuer, de les excuser et d'en rejeter la faute sur la violence de la tentation, ou sur la malice du démon , ou sur l'occasion donnée par le prochain , ou sur quelque autre cause de ce genre qui serait une vaine excuse de l'orgueil. Au contraire, pour s'humilier et se confondre, il ne faut attribuer ses chutes qu'à son défaut de bonne volonté et à sa propre malice, et faire ressortir autant qu'on le peut, sans pourtant rien dénaturer,
les circonstances aggravantes qui proviennent du temps, du lieu, des bonnes inspirations reçues du ciel, et de l'opiniâtreté avec laquelle on y a résisté. Cette humilité dans l'accusation résultera principalement de la honte d'avoir offensé son Dieu, son bienfaiteur, son Roi, son Père et l'Époux de son âme. Avec quelle confusion et quel tremblement un sujet coupable de lèse-majesté ne se présenterait-il pas devant son Souverain pour lui demander grâce 1 C'est dans ce sentiment que les pénitents des premiers siècles du christianisme se tenaient longtemps à l'entrée de l'église, revêtus de sacs, couverts de cendre, la tête rasée, le visage pâle, les yeux bas et trempés de larmes, demandant pardon à Dieu, aux prêtres et aux fidèles. 3° La confession doit être entière, c'est-à-dire qu'il faut déclarer le nombre des péchés mortels, autant qu'on le connaît; quand on ne le sait pas exactement, il suffit de le dire à peu près. Si l'on a croupi au milieu du monde dans une mauvaise habitude, il faut dire environ combien de fois on y esttombé par jour, ou par semaine, ou par mois, ou par année. Un des avis les plus importants qu'on puisse donner ici, pour toutes les personnes et pour toute la vie, c'est que, quelque parfait et quelque saint que l'on soit, si l'on avait le malheur de tomber dans une faute considérable, il ne faudrait pour rien au monde la cacher en confession. Nous lisons dans la vie des Pères du désert que des solitaires, presque thaumaturges, ont eu le malheur de commettre des péchés horribles; ce qui est arrivé alors peut arriver encore aujourd'hui, ou pour s'être exposé à l'occasion prochaine, ou pour avoir eu quelque vanité et présomption secrète. Le démon cherche à inspirer aussitôt une mauvaise honte pour empêcher de déclarer ces sortes de fautes ; mais on se gardera de l'écouter; ce serait tomber dans un horrible sacrilège. Il est juste d'avoir honte de l'acte du péché commis devant Dieu; non pas de dévoiler ce mal et d'exprimer son repentir devant celui qui a mission pour nous le pardonner. Du reste, la honte passagère qu'on peut éprouver à se confesser de ses fautes est une partie de la pénitence qu'on en doit faire; elle délivre de la confusion épouvantable qu'on aurait au jour du