DEUXIEME PARTIE
jugement, pour avoir voulu éviter celle d'un moment au sacré tribunal, et elle exempte des remords terribles dont sont tourmentés jour et nuit ceux qui font des confessions sacrilèges. Pourquoi craindre d'être méprisé ou rebuté en s'adressant aux confesseurs que l'on a choisis comme étant les plus exacts, les plus vertueux et les plus zélés pour notre bien? Au ^contraire, plus le ministre du sacrement est bon et saint, plus il compatit à des fautes dont il voit qu'on veut se relever par un humble aveu et une sincère pénitence. Étant l'envoyé d'un Dieu mort pour effacer nos péchés , il entrera dans les sentiments de charité et de tendresse de celui qu'il représente; étant l'ange du Seigneur, il se réjouira de notre retour à l'innocence; étant le ministre de l'Église, il gardera inviolablement le secret qu'elle lui ordonne; homme fragile comme nous, et se considérant comme notre père spirituel, il ne sera surpris ni de notre faiblesse ni de nos fautes; il sera,. au contraire, tout consolé de la confession sincère et humble qu'on lui fera» et plus on s'accusera avec humilité, plus il estimera cette conversion précieuse devant Dieu.
L'accusation des fautes vénielles, quoiqu'elle ne soit pas absolument indispensable , est très avantageuse, afin d'obtenir des grâces plus efficaces pour les effacer, en enlever les racines, en guérir les blessures, et satisfaire aux peines qu'elles méritent; mais il faut former une vraie douleur de les avoir commises et un ferme dessein d'y renoncer désormais, afin qu'elles soient remises par l'absolution. Si l'on n'accusait dans sa confession que des péchés véniels, et qu'on n'en eût pas une véritable contrition , la confession serait nulle, faute de matière suffisante. C'est pourquoi l'on conseille à ceux qui se confessent souvent et ne commettent ordinairement que des fautes de ce genre d'accuser, après les péchés ordinaires , quelque faute considérable de la vie passée dont ils ont plus de regret.
Afin de s'exciter à la douleur des péchés véniels, on peut considérer : 1° Que le péché véniel fait injure à Dieu, en déshonorant sa souveraine Majesté, en faisant peu de cas de son autorité souveraine , et en blessant vivement son amour.
2° Qu'il cause de grands dommages à Thomme en arrêtant son avancement dans la perfection, en empêchant l'accroissement do ses mérites , en retardant son entrée dans la béatitude, et en le faisant condamner aux peines du purgatoire. 3° Qu'il dispose au péché mortel par l'obstacle qu'il met à la grâce, par les plaies dont il blesse l'âme, et par le penchant au mal qu'il y augmente d'une manière insensible mais redoutable.
Ce qui embarrasse le plus les personnes à conscience timorée, c'est de s'accuser des péchés de pensées, surtout contre la belle vertu. Elles craignent souvent d'y avoir offensé Dieu mortellement; et pour se mieux expliquer, elles voudraient entrer quelquefois dans des détails inutiles , peutêtre dangereux. Voici ce qu'il est bon d'observer à ce sujet : 1° Lorsqu'il vient une de ces pensées, si on y résiste fortement dès qu'on s'en aperçoit, il n'y a point de péché, mais plutôt du mérite ; et plus la pensée nous a tourmenté longtemps, plus aussi le mérite s'accroît par la continuation de la résistance. 2° Si l'on est négligent à rejeter cette mauvaise pensée, qu'on hésite ou qu'on s'y arrête quelque peu, bien qu'on s'en aperçoive, c'est un péché véniel plus ou moins grand, selon qu'on s'y est plus ou moins arrêté. Pour s'en confesser, on dira : « Je m'accuse qu'ayant eu une mauvaise pensée, je ne l'ai pas rejetée aussitôt et m'y suis arrêté quelque peu ; » ou : « Je m'accuse de la négligence que je pourrais avoir mise à la repousser.» Si l'on avait consenti complètement, on s'en accuserait en toute sincérité, de manière à faire comprendre la gravité et l'espèce du péché.
On ne doit pas oublier qu'il y a beaucoup de différence, entre sentir du plaisir et consentir au plaisir. Il ne dépend pas entièrement de nous de ne pas éprouver quelquefois des impressions sensibles, surtout lorsque la pensée est vive, l'imagination frappée, et la tentation violente; mais il dépend de noire volonté de ne point adhérer à ce plaisir, de le désavouer, et de le rejeter autant que possible, dès qu'elle s'en aperçoit. Si l'on a donné occasion à ces tentations en ne se tenant pas assez sur ses gardes, quoiqu'on les repousse bientôt