PREMIERE PARTIE
veur à l'oraison, pour pratiquer certaines vertus spéciales dont la beauté vous ravit, par exemple, la chasteté, l'obéissance, la charité fraternelle; et surtout pour témoigner à Notre- Seigneur un plus grand amour, en embrassant d'une manière irrévocable un état de perfection qui lui plaît, et en travaillant à la sanctification des âmes pour lesquelles il a daigné mourir.
« 2° Si après avoir ainsi prié Dieu de vous éclairer, vous vous sentez de plus en plus fortement porté à embrasser l'état religieux par quelques-uns de ces bons motifs, n'attendez pas que le ciel vous envoie un ange vous signifier sa volonté ; allez trouver le supérieur de la communauté, le Père maître des novices, ou quelque autre, et découvrez -leur votre dessein. Ils examineront, non seulement si vous êtes conduit, en général, par de bons motifs, mais encore si vous avez les dispositions particulièrement nécessaires pour réussir dans l'Ordre qui vous sourit. Car tel est propre à embrasser une religion exclusivement consacrée à la vie solitaire, qui pourrait très bien n'être pas apte à entrer dans un Ordre apostolique, soit parce qu'il n'a pas les qualités requises pour le ministère des âmes , soit parce que certains de ses défauts et de ses penchants qui, dans la complète solitude, se corrigeront, ou du moins resteront sans des conséquences graves, seraient pour lui, dans le ministère apostolique, une cause de ruine, et pour les âmes une occasion de scandale. C'est pourquoi , dans les différentes visites que vous ferez à ces Pères, vous apporterez une grande simplicité et ingénuité ; vous permettrez qu'on vous interroge sur toute votre vie, qu'on examine votre genre d'esprit et vos aptitudes, afin de pouvoir vous donner une solution plus prompte et plus sûre. On est obligé de rechercher : i° si vous avez un naturel doux, gai, posé et docile; 2° si vous êtes doué d'un esprit ouvert à l'étude des sciences et des lettres, solide et judicieux; 3° si vous jouissez d'une santé assez forte pour suivre la vie de communauté ; 4° si vous avez d'heureuses inclinations à la vertu, et une certaine facilité aux choses de la piété.
« Après que vous vous serez fait connaître et aurez réfléchi
sur les points qu'on vous aura exposés, si vos attraits continuent , et si les Pères consentent à vous recevoir dans leur communauté, vos désirs dévie plus parfaite viennentde Dieu ; vous avez des marques suffisantes de vocation, et il y a tout lieu d'espérer que vous trouverez dans l'état religieux de grands avantages durant la vie, à l'heure de la mort et après la mort. Saint Bernard a renfermé presque tous ces avantages dans les paroles suivantes : « Celui qui embrasse la vie religieuse vit plus purement et plus saintement que dans le monde ; il tombe plus rarement dans le péché ; il se relève plus promptement de ses fautes ; il marche avec plus de précaution dans la voie du salut ; il reçoit plus de grâces et de consolations célestes ; il se repose en Dieu avec une plus grande sécurité ; il meurt avec plus de confiance ; il est plus tôt purifié de ses fautes dans le purgatoire , et il reçoit une récompense plus abondante dans le Ciel. » Nonne haec est religio vera et immaculata, in qua homo vivit puriùs, cadit rariùs, surgit velociùs , incedit cauiiùs, irroralur frequentiùs, quiescit securiîis, moritur fiduciùs, purgatur ciliùs, prsemiatur copiosiùs.
« Voilà les avis que j'ai cru devoir vous donner tout d'abord sur la vocation à l'état religieux en général. Je prie le Seigneur de vous éclairer sur sa volonté très sainte. S'il vous fait entendre sa voix, ne fermez pas les oreilles de votre cœur; mais suivez les lumières et les mouvements du Saint-Esprit, malgré les répugnances de la nature. Dites-vous bien sérieusement : Que voudrais -je avoir fait à l'heure de ma mort; au jour de mon jugement? Faites, dès à présent, ce que vous voudriez pour lors avoir accompli. Il s'agit d'une éternité bienheureuse ou malheureuse ; à tout moment vous pouvez mourir et paraître devant le souverain Juge I Ne différez pas trop longtemps, et n'épargnez rien pour votre âme.
« Je suis, etc. »
PREMIÈIŒ PARTIE 21
DEUXIÈME LETTRE Sur les observances parlicuHères de V ordre de Saint-Dominique.
« Déjà j'ai répondu à une partie de vos demandes , en vous soumettant quelques considérations générales sur les marques d'une véritable vocation à l'état religieux. Je réponds maintenant au désir que vous avez de connaître plus particulièrement ce qui s'observe dans l'ordre de Saint- Dominique. Je serai heureux si les détails qui vont suivre peuvent vous intéresser et vous éclairer. Ils résument ce qui regarde l'institution de cet Ordre, sa fin essentielle, et les pratiques ou moyens qui sont ordonnés à cette fin.
« L'ordre de Saint -Dominique (que les Papes appellent l'ordre des Frères prêcheurs et que le peuple appelle l'ordre des Dominicains, à cause du S. Patriarche son fondateur), a été établi dans l'Église pour travailler au salut des âmes. Les religieux qui le composent ne quittent pas le monde dans le but de s'occuper exclusivement à leur salut et à leur perfection, mais aussi pour s'employer, par le mouvement de la charité, au salut et à la perfection du prochain. Cette fin est très noble, puisque c'est pour sauver des âmes que Dieu est descendu du ciel, s'est fait homme, a enduré de grands travaux pendant sa vie, a répandu son sang sur la croix, et a envoyé ses apôtres prêcher l'Évangile dans tout le monde. C'est pourquoi cet Ordre est regardé dans l'Église comme tout apostolique, parce que ses religieux, à l'imitation des premiers apôtres, sont les coopérateurs de Jésus-Christ et les dispensateurs de ses mystères.
« Parmi les mille différents moyens qui s'offrent aux ministres de Jésus-Christ pour le salut des âmes, les fils de S. Dominique s'attachent à ceux qui leur sont tracés par les exemples et les préceptes de leur saint fondateur. Ils s'appliquent donc durant toute leur vie à la pénitence, à la prière et à l'étude. 1° Par l'étude, ils cherchent à se rendre capables de connaître Dieu plus clairement, afin que, le connaissant
mieux , ils l'aiment plus ardemment et le servent plus généreusement. Cette science les dispose à instruire le prochain par la prédication, la confession, l'enseignement de la théologie et de la philosophie, les entretiens spirituels, les conseils et les décisions de conscience, etc. 2" La prière les aide puissamment à se sanctifier et obtient aussi pour le prochain des grâces de docilité à l'enseignement de la prédication et aux exhortations du saint Tribunal. 3° Par la pénitence, ils expient leurs propres péchés , satisfont à la justice de Dieu pour les péchés de leurs frères , méritent une augmentation de secours célestes , et attirent de nouvelles bénédictions sur •leur apostolat.
« La pénitence, que pratiquent les religieux de Saint-Dominique, consiste principalement à faire maigre pendant toute leur vie, sauf le cas d'infirmité; à jeûner pendant sept ou huit mois de l'année ; à garder la solitude et un silence rigoureux^ quand ils ne sont pas dans les fonctions apostoliques ; à porter . la laine au lieu de linge , même dans les maladies ; à faire les voyages à pied , hors le cas de dispense ; à se lever la nuit pendant dix mois de l'année pour dire Matines et Laudes de l'office. Ces pénitences paraîtront dures; elles n'ont pourtant aucune proportion ni avec les péchés que nous avons commis, ni avec les souffrances que Jésus a endurées pour notre amour, ni avec les récompenses éternelles qu'elles préparent, ni avec les grâces qu'elles attirent sur le prochain, ni avec les consolations intérieures qui les accompagnent.
« La principale prière du religieux de Saint-Dominique est la prière publique ou le chœur. Sa durée est de cinq à six heures par jour, mais à différentes reprises. Ce temps est employé à chanter ou réciter l'office canonial, à chanter lagrand'messe, et à faire ensemble deux méditations d'une demi -heure chacune. Le petit office de la B. Vierge s'ajoute au grand office, à certains jours; et, une fois par semaine, on récite l'office des morts. Les religieux peuvent ajouter à ces charges communes des prières facultatives , selon leur dévotion et avec permission, comme, v. g., une troisième oraison mentale, et surtout le rosaire de Marie. Quelle consolation,