DEUXIEME PARTIE
mour-propre, de faiblesse, d'imperfections et de misères. Que si elles ne les remarquent pas en si grand nombre, elles l'attribueront à leur peu de clairvoyance et se persuaderont qu'il est urgent pour elles de travailler sérieusement à leur salut et à leur perfection par tous les moyens possibles , mais plus spécialement en faisant de très bonnes confessions.
ARTICLE V De la sainte Gommuniou.
C'est principalement pour faire noire salut que nous avons quitté le monde; or nous trouvons dans la communion les grâces nécessaires pour nous sauver. Car lorsque nous recevons Jésus- Christ, la source de toutes les grâces est en nous. Dans la communion, notre âme est nourrie du pain de vie, ses forces s'augmentent, ses infirmités se guérissent, ses taches sont effacées , elle s'enrichit de toutes sortes de vertus ; la concupiscence s'affaiblit en elle, et elle reçoit un germe de vie , un préservatif contre la mort du péché , un gage de son salut, les arrhes de sa béatitude.
Ces fruits merveilleux qu'on reçoit de la sainte Eucharistie doivent inspirer aux novices le désir de s'en approcher souvent, et non seulement d'être exacts aux communions générales, . mais d'en mériter de particulières. Beaucoup des premiers chrétiens communiaient chaque jour, et c'est cette fréquentation de la communion qui les rendait si patients dans les afflictions, si fervents dans la prière, si zélés pour la gloire de Dieu, si résignés à sa volonté, si charitables envers le prochain, si détachés des biens de ce monde, toujours prêts à marcher au martyre. L'enseignement des saints Pères confirme cet usage primitif ; car ils nous indiquent la sainte communion comme étant ce pain supersubstantiel et quotidien que Notre- Seigneur nous encourage à demander dans l'Oraison dominicale. Et même dans nos derniers siècles, le concile de Trente forme le vœu qu'à toutes les messes les fidèles s'approchent de la sainte table. Or les religieux sont entrés dans le cloître pour imiter la vie des Apôtres et reproduire la ferveur des
premiers chrétiens; ils doivent donc aussi s'approcher de ce sacreaient le plus souvent qu'il leur sera permis. Gomme les Israélites dans le désert avaient soin chaque jour de recueillir la manne, qui figurait l'Eucharistie, ainsi, renfermés dans leur chère solitude qui ressemble au désert des hébreux, ils aimeront à recueillir fréquemment dans leur âme cette manne céleste, pour pouvoir mieux soutenir les travaux de leur vie pénitente, et diriger leur marche vers la sainteté.
En vain voudrait-on justifier son éloignement de la sainio communion par de vains prétextes : ces excuses se tournent contre nous et servent à prouver qu'il faut communier souvent. Gémit-on, par exemple, de n'avoir pas beaucoup de dévotion? il faut s'approcher delà divine Eucharistie, puisqu'elle est un feu consumant, capable d'embraser les cœurs les plus tièdes. Se sent-on rempli de faiblesses et d'imperfections? qu'on ait recours à la sainte communion; c'est le pain des forts, le lait des faibles, le remède des malades, l'énergie du voyageur qui s'élève dans les voies de la perfection jusqu'à la montagne de Dieu. A-t-on des tentations, surtout contre la pureté? ressent-on les autres passions se soulever dans l'âme? le froment des élus et le vin qui fait germer les Vierges, produiront en nous des pensées chastes, des désirs réglés, des affections toutes spirituelles et angéliques. Éprouve-t-on trop d'attache à soi-même et aux choses de ce monde? l'Eucharistie, qui est un pain descendu du ciel, nous inspirera un grand détachement de la créature, et un désir toujours croissant de la vie éternelle.
Craint-on de n'être pas assez préparé pour communier? c'est précisément pour être mieux préparé qu'il faut communier souvent; car une communion dispose à une autre communion. Quand on attendrait une année entière sous prétexte de se mieux disposer, on serait moins préparé à la fin de l'année qu'on ne l'était au commencement. La principale préparation doit venir de Dieu même, qui, lui seul, peut orner la demeure qu'il s'est choisie ; or, plus il entre dans une âme par la communion, plus il la dispose à le recevoir dignement. Redouter ait- on, en communiant souvent, de perdre le respect