DEUXIÈME PARTIE
dû à ce grand sacrement? ce serait oublier qu'il augmente la charité, et qu'avec elle se développent aussi le respect, la crainte filiale et les autres vertus. Il n'en est pas des biens cé^ lestes comme des biens terrestres. Quand on n'a pas ces derniers, on les désire avec ardeur, et à mesure qu'on les goûte, cette passion diminue. Au contraire , avant d'avoir savouré les biens célestes , on a peu d'attrait pour eux, mais à proportion qu'on les connaît mieux et qu'on en jouit plus intimement, on les désire plus fort et on les goûte plus délicieusement. Si donc il est louable quelquefois, à l'exemple des anciens, de s'éloigner de la communion par crainte et par respect, il est encore meilleur de s'en approcher par affection et avec confiance, puisque les actions qui sont faites par amour valent beaucoup plus que celles où domine la crainte.
L'expérience vient à l'appui de toutes ces raisons, pour nous montrer que les religieux qui s'approchent souvent de la sainte Eucharistie deviennent plus réguliers, et que ceux qui s'en éloignent deviennent négligents et dissipés. C'est un fait qu'il faut bien observer ; car le fruit qu'on retiré de la fréquente communion est une marque évidente qu'il est bon de la continuer. Lors donc qu'après avoir communié on se trouve plus recueilli, plus modeste et plus fervent; lorsqu'on a moins de peine à garder le silence, à pratiquer la douceur envers ses frères, et à vaincre ses autres passions; lorsqu'on fait mieux sa lecture spirituelle, sa méditation et ses autres exercices; lorsqu'on a plus de facilité à surmonter les tentations, à mortifier son esprit propre et tous ses sens, on n'a rien de mieux à faire que de continuer à fréquenter ce sacrement. Il n'est pas même nécessaire qu'on constate positivement des progrès; il suffît de remarquer qu'on ne recule pas. Car, comme on dit que « ne pas avancer dans la perfection c'est reculer » , aussi on peut dire que « ne pas reculer, c'est avancer » ; et le remède qui préserve de tomber malade est aussi utile que celui qui guérit la maladie déjà contractée.
Mais, en inspirant ainsi aux novices de communier souvent, on suppose qu'ils le feront avec les dispositions nécessaires; car ce divin sacrement, aussi bien que tous les autres,
ne produit la grâce et ses autres fruits admirables, que selon l'état des âmes qui le reçoivent ; et la raison pour laquelle bien des chrétiens, tout en communiant souvent, bien des prêtres, tout en disant la messe chaque jour, ne deviennent pas meilleurs, c'est qu'ils n'y apportent pas les dispositions requises.
On doit avoir, pour s'approcher de la sainte table.: 1° Une grande droiture d'intention, c'est-à-dire qu'il ne faut pas communier par contrainte ou par coutume, par respect humain, par vanité, ou par quelque autre vue humaine, mais en s'unissant aux intentions pour lesquelles Notre-Seigneur a institué ce sacrement, c'est-à-dire, afin de nous transformer en lui, d'obtenir de lui quelques grâces pour nous ou pour les autres, ou encore de perpétuer et ressusciter en nous le souvenir de sa Passion , comme il nous l'a recommandé lui-même au Cénacle. 2° Une grande pureté de conscience. Elle consiste d'abord à purifier son âme de tout péché mortel, si on a été assez malheureux que d'en commettre. Communier sans cela serait tomber dans un horrible sacrilège; car celui qui mange ce pain et boit ce calice indignement se rend coupable de la profanation du corps et du sang du Seigneur, et il boit sa propre condamnation. (ï Cor. xi, 29.) Ce n'est donc qu'après s'être éprouvé soi-même par une diligente et entière confession , et s'être purifié au moins de tout poché mortel, qu'on doit s'approcher de la sainte Eucharistie. La pureté de conscience consiste en second lieu à dégager son âme de tout péché véniel. Ce n'est pas que pour communier souvent il soit requis de vivre sans aucun péché. Une telle disposition serait sans doute à souhaiter; car pour recevoir dignement le Pain des anges et le Saint des saints, jamais on n'aura l'âme assez fervente ni le cœur assez pur; mais il n'est pas en notre pouvoir de parvenir si haut : Le juste tombesept fois, et se relève.{VTOY. xxiv,16.) Ce qu'il faut, c'est qu'au moins on n'ait point d'attache au péché véniel, qu'on ne le commette jamais de gaieté de cœur ni de propos délibéré.
On connaît être arrivé à cet heureux état, lorsque les péchés de fragilité dans lesquels on tombe nous déplaisent; lorsqu'on tâche de les éviter soigneusement, d'en décou-