DEUXIEME PARTIE
qu'on doive retirer de la communion, c'est de mener une vie conforme à celle de Jésus- Christ et de ne respirer que pour lui. Afin d'acquérir cotte divine conformité, c'est une sainte pratique, comme supplément à ce qui nous manque, de nous revêtir des dispositions des saints qui ont le plus ressemblé au divin Maître et ont le mieux honoré son Eucharistie. On pourra aussi offrir à Notre -Seigneur, en action de grâces à chaque communion, l'imitation d'une de ses vertus et l'extirpation d'un de nos défauts, surtout de celui dans lequel nous tombons plus souvent, ou qui déplaît davantage à ses regards et qui scandalise plus fâcheusement nos frères. Quand on a promis ainsi d'imiter quelques dispositions de Jésus, pour vivre de sa vie et se transformer ea lui, il faut être fidèle à se rappeler cette bonne résolution, et former tous les jours plusieurs actes qui s'y rapportent, pour mieux se disposer à la communion suivante. Par ce moyen, on vivra dans une continuelle action do grâces de celle qu'on a faite, et dans une continuelle préparation à celle qui doit bientôt la suivre; et on pourra dire avec l'Apôtre : Je vis, mais non, ce n'est pas moi qui vis y c'est Jésus-Christ qui vit en moi. (Galat. ii, 20.)
Quoique la dévotion actuelle envers la sainte Eucharistie et la faim spirituelle du pain de vie soient des dispositions bien utiles pour communier souvent, on ne doit pourtant pas s'éloigner de ce sacrement parce qu'on ne sent pas cette dévotion sensible et ces douceurs spirituelles que Dieu nous a peut-être fait goûter autrefois. Gela peut arriver, il est vrai, par notre faute, comme lorsqu'on ne se prépare pas assez avant la communion, ou lorsque après on ne se tient pas assez recueilli. Mais quelquefois c'est Dieu qui de lui-même refuse à notre âme, sans qu'il y ait de sa faute, cette consolation spirituelle, afin de l'humilier et de l'éprouver davantage. Il arrive aussi, d'autres fois, que précisément aux grandes fêtes on éprouve moins de ferveur sensible, soit parce que pour se la procurer on fait de trop grands efforts qui dessèchent le cœur et ôtent à notre âme sa sainte liberté; soit parce que, ces jours-là, on donne une plus grande application à l'office divin, et qu'ainsi on ne ressent que plus tard les effets
bienfaisants de la visite de Dieu ; soit parce que l'effusion de la grâce, au lieu de se répandre sur notre sensibilité, se concentre dans le fond de notre être en habitudes imperceptibles de lumière, de courage et de recueillement. Lorsqu'on se trouve dans cette sécheresse, quelle qu'en soit la cause, il ne faut point se laisser abattre ni troubler, mais s'anéantir profondément devant Notre -Seigneur. Cette grande humilité aura la puissance de suppléer à tous nos défauts , nous rendra agréables à Dieu, et attirera sur nous des grâces probablement meilleures que celles dont la privation nous a tant fait gémir.
Loué soit Jésus au très saint Sacrement.
ARTICLE VI De l'oraison mentale.
§ I. — Importance de l'oraison mentale.
L'oraison mentale, qu'on appelle aussi, du nom d'un de ses actes principaux, la méditation, est une élévation de notre esprit et un mouvement de notre cœur vers Dieu, pour nous unir à lui, demander ses grâces, et prendre les moyens de travailler à notre progrès par l'acquisition des vertus. L'oraison mentale est moralement indispensable pour avancer dans la perfection; car c'est elle, comme le dit saint François de Sales, qui éclaire l'entendement par une lumière divine, et embrase notre volonté de l'amour céleste. Rien n'est plus efQcace pour purifier notre esprit de ses ignorances, et guérir notre cœur de ses inclinations dépravées. C'est une eau de bénédiction, qui, en arrosant l'âme, y fait naître et mûrir les bons désirs, lave ses imperfections, et la désaltère au milieu de l'ardeur des passions.
Sainte Thérèse faisait une très grande estime de l'oraison mentale. Aussi, écrivante l'évêque d'Osma, elle ose lui dire que s'il avait déjà reçu du ciel l'humilité, la charité, le zèle des âmes et de l'honneur de Dieu, il lui manquait pourtant le principal, ce qui est nécessaire pour conserver les vertus, à sa-