‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 148 sur 361 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

voir, l'oraison. Il fallait que celte vierge séraphique en eût une bien grande estime, pour la considérer comme un don en quelque sorte meilleur que l'humilité qui est le fondement de toutes les vertus, que la charité qui en est la reine, que le zèle pour le salut des âmes qui est la flamme la plus pure de l'amour de Dieu , et pour qu'elle la crût nécessaire à la conservation de ces vertus et à leur complet développement.

Si l'oraison mentale est si indispensable à tout chrétien qui veut s'appliquer à sa sanctification, elle l'est beaucoup plus au religieux, qui est tenu de tendre à la perfection. Sans elle on parviendra peut-être à avoir l'extérieur assez bien ordonné, mais on ne saura jamais régler le fond de l'âme; or, un religieux qui n'est point intérieur, n'est qu'un fantôme de religieux. C'est ce qui explique pourquoi nos premiers Pères étaient si assidus à faire oraison, qu'à l'exemple de notre patriarche saint Dominique, ils y employaient tout leur temps libre, le jour et la nuit. Ce saint, dans sa bonté, était souvent obligé de visiter l'église et les chapelles, le soir, pour voir si quelqu'un de ses enfants, entraîné par sa ferveur, ne s'y serait pas arrêté afin d'y passer toute la nuit en prière. Quant à lui, il demeurait souvent du soir au malin devant le très saint Sacrement; et lorsque le sommeil, le détournait de sa contemplation, il se contentait de s'appuyer quelque temps la tête contre l'autel. Le Docteur angélique, imbu de ces exemples, avait une si grande estime de l'oraison qu'il la conseillait à tout le monde, surtout aux religieux. Lui-même vivait dans une prière presque continuelle, et elle était si sublime, qu'on l'y voyait souvent élevé en extase. Interrogé un jour comment il avait acquis tant de lumières et de science, il répondit qu'il avait plus appris en méditant aux pieds de son crucifix, qu'en parcourant les livres. Tous les bienheureux de notre ordre ont été également des hommes d'oraison, ainsi qu'il est rapporté dans leur vie, et c'est ce noble exercice qui les a rendus si parfaits. Enfin tous les autres saints de l'Église de Dieu ont pour maxime qu'un religieux sans oraison est un soldat sans armes. Car, comme un soldat désarmé, au jour d'une bataille, est exposé à

toutes sortes de blessures et ne peut presque éviter la mort, de même un religieux , qui doit toujours être en guerre avec les ennemis de son salut, ne peut leur résister et les vaincre s'il ne s'adonne à l'oraison. Il sera blessé et terrassé. Cela n'arrivera peut-être pas aussitôt; mais on, le verra dans la suite.

Les novices doivent donc s'appliquer avec une grande ferveur et une grande fidélité à cet exercice. Us le doivent pour imiter leur glorieux patriarche et tous les bienheureux qui sont leurs frères. Ils le doivent afin de se sanctifier, puisque c'est là la grande affaire pour laquelle ils se sont faits religieux, et que leur avancement dans la perfection dépend de leur avancement dans l'oraison. En effet, lorsqu'on fait bien sa méditation le matin , on s'en ressent presque tout le jour, et on se trouve plus porté à pratiquer le silence, la modestie, le recueillement pendant l'office; à spiritualiser toutes ses actions, et à mortifier tous ses sens. Au contraire, lorsqu'on commence à quitter ce saint exercice, on est tout dissipé, et on tombe insensiblement dans la tiédeur, l'immodestie, la sensualité, l'impatience, le murmure, et dans une transgression presque continuelle de ses constitutions : état qui dispose peu à peu à la transgression des vœux et à la damnation éternelle.

Au contraire, l'expérience fait voir que les jeunes religieux qui continuent de faire l'oraison mentale chaque jour, qui prennent pour la retraite un jour chaque mois, et dix chaque année, avancent de vertus en vertus, et mènent en religion la vie la plus heureuse. Tandis que s'ils commencent à négliger cette pratique essentielle, ils reculent chaque jour, traînent une vie inquiète et languissante; et après plusieurs années de profession, ils sont bien moins fervents qu'ils ne l'étaient dans les premiers temps. C'est pourquoi le grand saint François disait souvent « que la grâce la plus désirable pour un religieux était l'esprit d'oraison , parce que s'il avait ce don, il pouvait se promettre d'arriver à la perfection, et que s'il ne savait pas l'acquérir, il se condamnait forcément à reculer au lieu d'avancer », De là vient qu'on accorde plus de

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