DEUXIÈME PARTIE
temps aux novices pour la méditation; et quoiqu'ils y vaquent deux fois avec la communauté, ils s'y appliquent encore une autre fois au noviciat, afin que s'étant pénétrés de l'esprit d'oraison, ils aient plus de fidélité et de facilité à en faire l'âme de toute leur vie.
Bien que la nécessité de corriger ses défauts et d'acquérir la vie intérieure soient des raisons plus que suffisantes pour recommander l'oraison, un autre motif a obligé notre Père saint Dominique et les premiers religieux de notre ordre à s'y adonner avec tant d'assiduité et de ferveur, à la recommander aux autres avec tant d'instance. C'est qu'ils savaient que , dans notre institut, on est obligé de travailler, non seulement à sa sanctification , mais aussi à celle du prochain , par un grand zèle pour le salut des âmes. Ce zèle ardent est , en effet , le propre caractère de notre ordre; c'est pour cela que les Souverains Pontifes l'ont nommé V Ordre des Prêcheurs. Or, pour travailler utilement à la sanctification du prochain, il faut s'appliquer beaucoup à l'oraison.
Dans l'oraison, en effet, on se remplit l'esprit de pures et vives lumières pour les transmettre aux autres ; on excite dans son cœur de saintes affections et on se rend capable d'en embraser le cœur des hommes. Car c'est en se portant soi-même à haïr tous les péchés et à pratiquer toutes les vertus qu'on devient plus apte à persuader au prochain de détester les uns et d'aimer les autres. Dans l'oraison, on comprend mieux que la conversion des pécheurs ne dépend pas de la faible parole de l'apôtre, mais de la bonté et de la miséricorde de Dieu, et on les obtient de Notre- Seigneur à force de supplications. C'est pourquoi saint Dominique disait souvent à Dieu , avec des gémissements et des sanglots : Mcm Dieu, faites miséricorde à votre 'peuple. Que deviendront Wis pécheurs! Pardon, grâce et miséricorde pour eux. Afin que les novices se disposent à exercer plus tard les fonctions apostoliques, ils doivent donc se plonger sans réserve dans l'oraison, à l'exemple des saints missionnaires de notre ordre. Ils imiteront surtout, en cela, l'exemple des exemples, celui de Jésus-Christ, qui se retira dans le désert pour y vaquer à la prière et au jeûne
pendant quarante jours, avant de commencer sa vie publique, et qui, après avoir prêché durant le jour, passait les nuits à prier. Les Apôtres, étant de retour de la mission où le divin Maître les avait envoyés, se retirèrent aussi dans un lieu écarté pour s'y recueillir; et, dans la suite, ils se déchargèrent du soin des pauvres sur les diacres, afin de s'employer plus librement à la prédication et à la prière. De toutes ces réflexions il résulte assez clairement qu'afin d'être bon religieux, et de bien travailler au salut du prochain, il faut être homme d'oraison.
Mais pour être homme d'oraison, il faut être homme de morlification , surtout par rapport aux passions et aux sens , qui mettent obstacle à la véritable contemplation, comme l'enseigne saint Thomas. Ces deux vertus sont donc liées l'une à l'autre. La mortification nous aide à bien faire oraison, et l'oraison, à son tour, contribue à nous faciliter la mortification. Quand les passions sont calmes et les sens bien soumis, l'âme jouit d'une grande paix; or. Dieu se plaît dans la paix et ne peut demeurer dans le trouble. Puis, l'oraison est un saint commerce de notre âme avec Dieu; or Dieu aime à converser familièrement avec les âmes pures et mortifiées, non pas avec Jes âmes esclaves de la chair et du sang, qui cherchent à contenter en toutes choses leur volonté, leur jugement et leur sensualité. Il faut s'attacher surtout au genre de morlification qui nous aide à marcher en la présence de Dieu , à garder le silence et à être modeste. Car la présence de Dieu est une espèce de prière continuelle; et quand on s'y applique, il devient très facile de se recueillir au moment de l'oraison proprement dite. Le silence, de son côté, conserve le recueillement intérieur qui est si nécessaire pour cet exercice , car il empêche de se répandre en paroles oiseuses et en entretiens inutiles qui feraient perdre toute la dévotion.
§ II. —. Méthode abrégée pour bien faire oraison.
On peut considérer dans l'oraison mentale trois parties : la préparation, le corps de l'oraison et la conclusion. 1° La préparation renferme les trois choses suivantes :