‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 154 sur 361 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

l'est encore pour sanctifier les autres. Car l'expérience fait voir que les prédicateurs et les confesseurs qui ont beaucoup de connaissances avec peu de vertu, ne font pas de grands fruits; ils ne touchent pas profondément leurs auditeurs, et ils les convertissent rarement : le principal résultat de leur activité, c'est de leur attirer à eux-mêmes les louanges et l'approbation; or c'est là une pure vanité, et il faut être pris d'une sorte de folie pour s'en repaître.

Mais si, pour éviter cet écueil, nos religieux abandonnaient l'élude, sous prétexte de devenir plus vertueux en s'adonnant à des prières de leur choix, ils risqueraient de faire de grandes fautes, soit dans les chaires, en prêchant des doctrines inexactes ou sans substance, soit -dans les classes, en n'instruisant pas assez leurs disciples , soit dans les consultations de conscience, en débitant de fausses maximes et en donnant des décisions ou trop sévères ou trop relâchées. Comme on l'a déjà remarqué, les ignorants sont souvent plus hardis à donner des décisions que les sages. Ce sont des aveugles qui conduisent d'autres aveugles, et, en tombant dans le précipice, ils y font tomber ceux qu'ils dirigent. Aussi Dieu leur fera rendre compte, âme pour âme, de tout le mal qu'ils auront occasionné aux autres.

Pour éviter de si grands malheurs, il faut s'accoutumer dès le jeune âge à beaucoup étudier, tout en restant exact à ses pratiques de piété , et surtout à une observance très fidèle de ses constitutions. Si on prend de bonne heure cette sainte habitude de la constance dans l'étude, on la conservera durant toute sa vie ; et quand même oh aurait quelque difficulté au commencement à s'y astreindre, cette peine se changera dans la suite en plaisir ; car c'est le propre des habitudes que l'on contracte, de faire qu'on parvienne à en produire les actes avec promptitude, facilité et délectation. Au contraire, si l'on s'accoutumait étant jeune à vivre en paresseux, on persévérerait dans cette déplorable habitude le reste de ses jours. C'est pour cela que nos constitutions ordonnent aux novices et aux autres religieux, que, jour et nuit, dans le couvent et en voyage, ils lisent pu méditent quelque chose, et s'ef-

forcent d'apprendre par cœur tout ce qu'ils pourront: In studio taliter sint intenii, ut de die, de nocte, in donio, in itinere legant aliquid vel meditentur; et quidquid poterunt relinere corde tenus nitantur. (N° 1038.)

Le défaut d'étude, non content de rendre un religieux de notre ordre incapable de travailler au salut des âmes, lui devient une source de dissipation. Appliquez- vous à V étude des lettres, dit saint Jérôme, et vous éviterez les vices de la chair. L'expérience fait voir, en effet, que ceux qui travaillent le plus, pourvu qu'ils ne laissent pas, à cause de l'étude, leurs exercices de piété et de mortification, sont plus recueillis et plus exemplaires que les autres; au lieu que ceux qui n'étudient pas dans leur jeunesse deviennent peu à peu dissipés, inquiets, scandaleux. Ne sachant point s'occuper au travail dans la cellule , ils s'y ennuient ; ils en sortent continuellement sans nécessité; ils détournent les autres de leurs occupations, et ils scandalisent tout le couvent. Le temps de leur noviciat fini , ils ne savent que traîner leur fainéantise à travers les corridors et les cloîtres ou par les rues de la ville , scandalisant trop souvent les séculiers par leur légèreté, leur sensualité et leurs plaintes. En résumé, ils vivent et meurent dans une continuelle transgression de leurs constitutions, et ils peuvent arriver à celle de leurs vœux.

Au reste, quand même la gloire de Dieu et le salut de notre âme ne seraient pas intéressés à notre zèle pour la science, il suffirait pour nous y animer d'avoir un peu d'honneur. C'est le caractère d'une âme charnelle, sans noblesse et sans émulation, de ne pas aimer l'étude, surtout l'étude des choses de Dieu et des rapports de l'homme avec son Créateur et son Rédempteur. Dans d'autres ordres , pendant les temps qui ne sont pas absorbés par la prière, il y a le travail des mains qui exerce l'activité des religieux. Quant à nous , nous n'avons que le travail intellectuel et la prière pour appliquer alternativement nos facultés ; il faut donc s'y vouer de tout cœur. Saint Jérôme et saint Bernard conseillent souvent cette heureuse alternative de la prière et de l'étude, de l'étude et de la prière; c'est qu'ils on avaient expérimenté les bienfaits.

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