‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 155 sur 361 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

L'application à l'étude, qui fait l'honneur et le grand devoir du Frère prêcheur, fait aussi son bonheur. Il ne pourrait ni toujours prier ni toujours étudier : l'esprit humain ne comporte pas cette application exclusive à un seul objet. Il a besoin, pour se reposer, de passer d'une chose à l'autre ; alors, partageant entre la prière et le travail, qui tous les deux sont de très nobles occupations , le temps que les constitutions lui déterminent, il éprouve un bien-être inexprimable; il évite l'activité accablante et l'ennui rongeur; il est heureux de posséder paisiblement la vérité et de sentir qu'il l'aime; la nature et la grâce se concertent pour lui donner une félicité qui ressemble de loin à celle des saints quand ils voient Dieu dans le ciel. Au contraire , le religieux qui n'étudie pas mène la vie du monde la plus triste , car il n'a aucune consolation ni de Dieu ni des hommes. Dieu veut qu'il étudie, puisque cela appartient à la vocation qu'il lui a confiée ; il retire donc à cet infidèle les grâces et les consolations qui lui étaient destinées, et l'infortuné traîne ses jours sans aucun plaisir de l'esprit, sans aucune onction du cœur. Il ne peut non plus, comme dédommagement, trouver de consolations solides dans les amis légers au milieu desquels il vit, son cœur d'homme et de religieux étant fait à la mesure de l'Infini. D'ailleurs les séculiers, même les plus gâtés, n'estiment vraiment le religieux qu'autant qu'ils le connaissent régulier et exact à observer ses obligations, dont l'étude est une des principales. Autrement ils pourront lui faire bon accueil par politesse, par intérêt, parce qu'il partage et autorise leurs vains plaisirs : jamais ils n'auront pour lui cette estime , cette affection , cette reconnaissance qu'on a pour un homme de Dieu , esclave du devoir, absorbé par son travail en vue du bien des âmes.

Toujours les grands religieux de notre ordre ont joint la science à la piété: tels furent saint Dominique, saint Antonin, saint Pierre Martyr, saint Thomas, le bienheureux Albert le Grand, saint Raymond, et tous les autres, sans parler de tant de grands docteurs , prédicateurs, confesseurs et missionnaires zélés, qui ont opéré dans l'Église des choses prodigieuses pour la gloire de Dieu et le salut du prochain. Afin

d'imiter leurs exemples, il ne faut pas seulement étudier tandis qu'on fait son cours de philosophie et de théologie, mais encore davantage après qu'on les a finis. Si les plus jeunes doivent étudier pour apprendre ce qu'ils ne savent pas , les plus âgés le doivent pour ne pas perdre le bienfait de ce qu'ils ont appris. Pendant le cours des classes, on ne fait guère que prendre la manière d'étudier; c'est après avoir terminé qu'on est plus en état de faire des progrès, en repassant attentivement ce qu'on a vu dans une course rapide, en s'assimilant mieux les divers points de doctrine, et en les imprimant plus fortement dans son esprit. D'ailleurs il y a tant de belles choses à savoir, que toute la vie de l'homme est insuffisante pour en acquérir une complète notion. Ce serait même là le tourment des âmes avides de science, si la foi ne leur apprenait à se contenter paisiblement des connaissances relatives aux devoirs de leur état, ou capables d'en faire l'ornement et la joie.

§ II. — Oe qu'il faut étudier.

Nos constitutions nous ordonnent d'étudier surtout trois choses, savoir: la théologie scolastique, l'Écriture sainte et l'histoire ecclésiastique : In tribus libris iheologise... videlicet in sententiis, in bibliis, et in historiis, tam in iextu quam in glossis prœcipue studeant diligenter et intendant , ( N° 1041.) Afin que nous pussions y donner plus de temps , elles nous défendent d'apprendre les sciences purement séculières; et si elles veulent qu'on s'applique à la philosophie, c'est parce qu'elle est nécessaire pour la théologie.

1° Il faut d'abord s'appliquer à la théologie scolastique, de la manière que saint Thomas l'a traitée. Sans la scolastique, le théologien aura peu de profondeur dans l'intelligence des dogmes, et peu d'exactitude dans la manière de les formuler; car c'est elle qui explique les vérités de la foi d'une manière juste, méthodique, et selon la rigueur des termes. Elle est encore nécessaire pour défendre la religion contre les assertions captieuses des hérétiques; car elle saisit avec précision le faux ou le faible de leurs raisonnements. C'est pour-

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