DEUXIÈME PARTIE
quoi ceux-ci se déchaînent avec tant d'animosité contre elle. Elle a également, sinon pour ennemis déclarés, au moins pour détracteurs, les partisans des nouveautés et des progrès mal entendus de la science sacrée; car elle leur déplaît en faisant peu de cas de leur faux brillant, ou en montrant clairement que, sous ces nouveautés, se cachent des idées dangereuses et suspectes en matière d'enseignement religieux. Enfin, ce qui doit nous recommander la scolastique, c'est que saint Thomas, ce génie si grand, qui avait un goût si sûr dans les sciences sacrées et une si grande modération dans l'appréciation des choses, n'a pas cru pouvoir choisir de meilleure méthode pour traiter les matières de la foi dans les ouvrages qu'il a dédiés aux amis de la bonne doctrine.
On objectera peut-être que la théologie scolastique con» tient beaucoup de chicanes, auxquelles on perd le temps. Mais les meilleures choses, entre les mains des hommes, sont sujettes à l'abus. Si l'on trouve de ces sortes d'inutilités dans certains livres, ce n'est pas une conséquence de la scolastique, c'est le défaut de quelques auteurs, qui, oubliant que la théologie a Dieu pour objet, Sermo de Deo, se vont perdre en des questions chimériques, ou donnent à des points d'utilité secondaire, autant d'importance que s'il s'agissait d'établir, contre les hérétiques, les principaux articles de notre foi. Quant à la véritable théologie scolastique, après avoir établi contre nos adversaires chaque dogme de la religion par l'autorité, elle l'explique ensuite par des arguments bien enchaînés, tirés des principes de la foi, mais propres aussi à convaincre notre raison; et enfin elle éclaircit les subtilités métaphysiques dont les hérétiques tâchent d'obS'^ curcir les dogmes, afin qu'aucune ombre ne reste dans l'esprit. C'est sous ce rapport qu'il y a, dans l'École, beaucoup do questions qui, à première vue, sembleraient inutiles et qui sont pourtant nécessaires pour répondre aux chicanes des ennemis de l'Éghse ou pour établir rationnellement nos dogmes sacrés.
Voilà ce qu'a fait d'une manière inimitable saint Thomas dans sa Somme. Là, chaque article, malgré sa brièveté, rap-
porte des autorités de l'Écrilure, ou des Pères, ou dés Conciles, ou des papes, ou des philosophes. A la suite viennent des raisonnements qui expliquent le point en question d'après ses principes fondamentaux; et la réponse à chaque argument des adversaires achève de mettre la vérité dans une très simple et admirable lumière. Tous ces articles sont traités avec une justesse, une précision, une netteté qui enlèvent l'adhésion et l'admiration de l'esprit. Et il y a entre eux un si bel ordre, un enchaînement de doctrine si admirable, que tous servent à éclaircir quelque point important de la foi ou de la morale, même quand ils semblent ne traiter que des questions de philosophie.
Nous devons donc, nous surtout, Frères Prêcheurs, sans méconnaître de parti pris les services que rend la théologie positive, nous attacher avant tout à la scolastique. Que si nous entendons certains vanter la première et déprécier la seconde, il faut considérer que la positive, outre qu'elle n'a pas les avantages de la scolastique exposés plus haut, peut tomber dans les inconvénients reprochés à sa rivale : car souvent plusieurs de ceux qui s'y consacrent, eux aussi agitent beaucoup de questions inutiles, comme des faits d'histoire qui n'ont aucun rapport avec le dogme, la morale, la discipline ecclésiastiques; traitent ces questions trop longuement; font perdre de vue, au milieu de beaucoup de citations et d'incidents, le centre de la question; ou même, au lieu de l'éclaircir, n'y jettent que de l'incertitude, par une foule d'inductions contradictoires entre lesquelles l'esprit reste déconcerté. En résumé, il faut avoir du discernement en étudiant la théologie, soit scolastique, soit positive, et savoir profiter de l'une comme de l'autre. C'est pour cela qu'il nous est ordonné aussi d'étudier l'Écriture sainte et l'histoire ecclésiastique.
Il" Il faut s'adonner à l'étude de l'Écriture sainte pendant toute sa vie , soit pour sa propre utilité , soit pour l'utilité du prochain. Les Livres saints sont notre consolation, comme ils étaient celle des Juifs , pendant le temps de leurs afflictions. C'est dans l'Écriture qu'on connaît la volonté de Dieu ,