PREMIERE PARTIE
très sur lesquels on a commencé des informations juridiques, afin de pouvoir les honorer publiquement un jour. II a donné à l'Église quatre papes et un très grand nombre de cardinaux, d'évôques, d'archevêques et de patriarches. Il compte dans toutes les parties du monde des milliers de martyrs, de docteurs, de confesseurs, de directeurs éclairés, de prédicateurs zélés, jusque dans l'Orient, la Chine et les Amériques; et on leur doit la conversion d'un nombre presque infini de païens, d'hérétiques et de mauvais chrétiens.
« L'Église a récompensé de tels services en comblant l'ordre de Saint- Dominique de beaucoup de grâces. Les souverains Pontifes ont déclaré que les Frères prêcheurs étaient les défenseurs intrépides de la vérité et le bras droit de l'Église. Ils leur confient à Rome les charges considérables de Maître du sacré palais ou de théologien du pape, sans la permission duquel on ne peut faire imprimer aucun livre; de Commissaire du saint Office, devant lequel on examine toutes les matières de doctrine avant de les apporter à la congrégation des cardinaux; de Secrétaire de la congrégation de l'Index, dans laquelle on examine et on censure les livres qui contiennent un enseignement suspect. Cet Ordre est regardé comme le dépositaire de la solide doctrine, grâce à son attachement inviolable à l'enseignement de saint Thomas, tiré lui-même de celui de Jésus-Christ, des apôtres et des Pères de l'Église.
« Voilà une esquisse rapide, mais fidèle, du caractère de notre Ordre et des pratiques régulières qui s'y observent. Ce serait un grand bonheur pour vous si Dieu vous y appelait. Mais, avant tout, que sa sainte volonté s'accomplisse en vous comme en nous tous.
« Je suis , etc. »
§ II. — La manière dont les novices doivent s'éprouver eux-mêmes pour se disposer à la sainte profession.
Tandis que les supérieurs étudient avec soin la vocation des novices, ceux-ci doivent, de leur côté, s'éprouver euxmêmes durant l'année du noviciat. Elle est appelée l'année de
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probaiion, ofîn qu'on sache qu'elle n'a pas été seulement établie pour instruire les novices et les former, mais aussi aOn que la religion les éprouve, et que réciproquement ils éprouvent ce qu'est la religion. Sans doute, ils ont déjà examiné leur vocation avant d'y entrer; mais ils doivent reprendre cet examen sur des, bases plus sérieuses après qu'ils ont reçu l'habit, car on ne saurait mûrir trop soigneusement une question si importante. Voici quelques moyens dont ils se serviront afin de s'en rendre compte.
Le premier est l'oraison. Ils doivent chaque jour prier Dieu avec ferveur de leur faire connaître s'ils sont dans l'état où il les veut, disant tantôt avec l'aveugle de l'Évangile : « Seigneur, faites que je voie;» Domine, utvideam (Luc, xviii,41 ) ; tantôt avec le jeune Samuel : « Parlez, Seigneur, votre serviteur vous écoute ;» Loquere, Domine, quia audit servustuus ( L Reg. III, 10); tantôt avec David : « Apprenez-moi, Seigneur, à faire voire volonté; mon cœur est prêt, ô mon Dieu; oui, mon cœur est prêi. » Doce me facere vohmiatem tuam, (Ps. cxLii, 10); paraium cor meum, Deus, paratum cor meum (Ps. lvi, 8.) Si les novices ont soin de s'adresser ainsi à Dieu avec humilité, confiance et ardeur, il leur accordera les lumières nécessaires pour connaître leur vocation, et la force indispensable pour la bien suivre.
Le second moyen que les novices doivent employer pour s'éprouver eux-mêmes , c'est l'exactitude à pratiquer tous les exercices de la, religion. On discerne beaucoup mieux si un Ordre nous convient, par la pratique que par. la spéculation. Avant d'y enîrer, on n'en connaît les exercices que de loin et d'une manière abstraite; mais lorsqu'on les réduit en actes, on en apprécie par expérience toute la pesanteur et toute l'étendue, et on juge mieux s'ils sont proportionnés à notre caractère, à notre tempérament, à notre esprit et aux forces de notre corps. Ceux qui font l'année de probaiion doivent donc observer exactement les pratiques de la religion , non pas, comme les profès, à raison des engagements déjà contractés, ni uniquement en vue de la bonne édification, mais par motif de sagesse, afin de connaître si cet état leur