‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 17 sur 361 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

convient. D'ailleurs les novices, par cette grande exactiludo à toutes iCvS observances religieuses, ne s'assureront pas seulement de la bonté de leur vocation, ils se disposeront aussi à y demeurer fidèles pour tout le temps de leur vie, à raison des grâces qu'ils mériteront et des bonnes habitudes qu'ils contracteront ; car lorsqu'on a été fervent et exact pendant le noviciat, il est aisé de continuer dans celte ferveur et celte exactitude après qu'on est profès. Ainsi, les novices doivent examiner s'ils ont l'esprit assez docile pour se soumettre à tout jamais aux supérieurs , conformément au vœu d'obéissance; s'ils ont le cœur assez pur pour oser faire vœu de chasteté perpétuelle ; S'ils sont assez détachés des choses du monde pour abandonner tous les biens de la terre et embrasser la pauvreté avec toutes ses rigueurs ; s'ils ont le naturel assez doux pour s'adapter aux humeurs différentes et souvent contraires qui se rencontrent dans les communautés ; si leur tempérament est assez propre à la solitude, pour se résoudre à demeurer enfermés dans un cloître et dans une cellule, sans autre occupation que la prière et l'étude ; si leur santé est suffisante pour supporter les abstinences, les veilles, les voyages, le chant du chœur et les autres austérités des constitutions, dont la difficulté consiste surtout dans leur continuité.

Il n'est pourtant pas nécessaire que les novices ne ressentent aucune peine en la pratique de tous ces exercices ; car il y a en nous un si grand fonds d'amour-propre et un si grand penchant pour le plaisir, que notre nature doit inévitablement souffrir de toutes ces choses, par elles-mêmes pénibles, austères et gênantes. Il suffit qu'avec le secours de la grâce ordinaire on sache se faire violence et supporter ces peines pour l'amour de Dieu. -

Il est aussi très essentiel d'examiner si , dans la religion qu'on veut embrasser, les constitutions sont exactement gardées ; car Dieu n'appelle ordinairement à l'état religieux que pour être mieux servi. Or l'expérience fait voir que dans les communautés où ne s'est point maintenue l'observance régulière, l'esprit du monde et la dissipation prennent le dessus. L'économie des grâces de Dieu y étant troublée et les bases

de la perfecUon y étant ruinées, Dieu y est plus mal servi que dans le monde ; le salut y est plus difficile que parmi les simples chrétiens; et le prochain y est plus scandalisé, à cause des désordres où tombent les religieux relâchés. C'est pourquoi, ordinairement parlant , il vaut mieux demeurer dans le siècle que d'entrer dans une communauté relâchée; et si on y est déjà entré, il faut tâcher de choisir un autre couvent ou un autre Ordre dans lequel l'observance soit en vigueur.

Il faut toutefois avouer que, même dans les Ordres qui sont déchus , il y a souvent des religieux qui , étant entrés selon les règles de la prudence, observent leurs constitutions autant qu'il dépend d'eux, et se raidissent contre le torrent de l'inobservance. Ceux-là méritent beaucoup et recueillent, en quelque manière, les grâces dont les autres abusent. Dieu peut aussi appeler quelqu'un à ces Ordres par un mouvement extraordinaire de son esprit, pour y rétablir dans la suite l'observance régulière. Mais, en général, il est trop difficile, avec une mauvaise nature comme la nôtre, de résister ainsi au torrent de la dissipation et de ne pas se laisser entraîner par le grand nombre qui vit dans l'inobservance, surtout lorsqu'il s'agit de religieux qui ont d'ailleurs quelques mérites humains, et qui ont gagné l'estime des gens du monde par leur talent dans la prédication ou par quelques autres dons spécialement appréciés au point de vue extérieur.

C'est un troisième moyen, dont les novices doivent se servir pour éprouver leur vocation, de considérer par quels motifs intérieurs ils agissent. Les motifs particuliers qui animent les actions au noviciat révèlent ordinairement les motifs généraux qui ont poussé à y entrer : ils n'en sont que la continuation et l'application dans le détail de la vie. Si donc, après de sérieuses et longues réflexions, les novices connaissent que dans leurs actions, malgré leurs fragilités quotidiennes, ils suivent plutôt les mouvements de la grâce que ceux de la nature, et qu'ils pratiquent tous leurs exercices par principe de religion et pour témoigner à Dieu leur amour, ils peuvent être assurés que leur vocation est excellente ; car lorsque Dieu donne avec persistance les grâces convenables pour s'ac-

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