DEUXIEME PARTIE
litéetla témérité naturelles de l'esprit humain, nous ayons pu généralement demeurer très attachés à la vérité , et éviter de nous laisser emporter à tout vent de nouvelles opinions. C'est ce même attachement qui a attiré à notre Ordre l'estime et la confiance des savants et des gens de bien , amis de la saine doctrine.
Quel grand sujet de consolation pour les Frères Prêcheurs d'avoir comme précepteur un si grand saint et un si grand Docteur! Quel bonheur, en particulier, pour les religieux à qui la proximité permet de venir souvent prier devant ses reliques 1 Ils doivent lui demander avec l'Église , pour eux et pour tous leurs frères, « la grâce de comprendre ce qu'il a enseigné, afin de devenir savants, et celle d'imiter les vertus qu'il a pratiquées , afin de devenir saints. » Ea quse docuit intellectu conspicere, et quse egit imitaiione complere, (Off. S. Th.)
§ IV. — Avis importants de saint Tliomas pour étudier utilement et saintement. (Opuso. 68.)
Ces avis sont adressés sous forme de lettre à un étudiant nommé Jean, qui avait demandé à saint Thomas des conseils.
1° JS' étudiez pas d'abord les grandes difficultés, commence par dire le saint Docteur à son jeune disciple, mais celles qui sont les moindres; car il faut arriver à V intelligence des choses plus difficiles par les plus faciles. — C'est , en effet , un défaut très commun chez les jeunes étudiants de vouloir de suite tout savoir et tout comprendre , même ce qu'il y a de plus ardu, à cause de la curiosité, de la présomption et de la précipitation qui leur sont naturelles. H arrive de là que, ne pouvant pas pénétrer ces questions si épineuses , ils se découragent peu à peu, et ne s'appliquent plus même à étudier les choses faciles. Pour éviter cet écueil, saint Thomas conseille aux jeunes gens d'imiter l'exemple de ceux qui débutent dans la navigation; car, comme ces derniers ne s'aventurent pas du premier coup sur la haute mer, mais s'exercent pendant quelque temps sur le littoral, ainsi l'étudiant ne doit pas d'abord se lancer dans les grandes difficultés, mais y venir peu à peu et par degrés, en tâchant de surmonter les
petites, dont l'intelligence lui facilitera celle des plus grandes.
2"^ Soyez tardif à parler, et n'ayez pas d'empressement pour aller au parloir. — Le silence est d'un grand secours pour l'élude et la piété; car il lient l'esprit recueilli; or le recueillement est une disposition excellente pour bien pénétrer ce qu'on étudie. On doit fuir les conversations vaines , parce qu'on y perd le temps destiné au travail , et l'esprit de dévotion. Non seulement il ne faut point parler sans nécessité, mais il faut éviter de le faire avec précipitation, et de répondre avec trop d'empressement lorsqu'on est dans quelque société. Au contraire, on doit peser ses paroles avant de les prononcer. Saint Thomas n'étant encore qu'étudiant, était très silencieux, au point que ses condisciples pour se moquer de lui , l'appelaient par dérision le Bœuf muet. Mais quand il sortit de ce silence, il était devenu si savant et si saint, que sa puissante voix n'a cessé de se faire entendre par tout le monde , et ne fait aujourd'hui que devenir plus importante.
Z°Ayez une grande pureté de conscience. — La pureté de conscience contribue également à acquérir la vertu et la science; aussi il est dit: Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, PARCE qu'ils verront Dieu. (Matth. v, 8.) Une conscience bien purifiée, en effet, n'est point empêchée dans la contemplation de la vérité par le trouble et les ténèbres des passions. Il ne faut donc rien faire qui la puisse souiller, afin que la Sagesse éternelle lui communique ses lumières. Si l'on a soin de bien sanctifier son étude, en la rapportant à Dieu par une intention pure , elle n'obscurcira pas la conscience ; mais , si l'on étudie par des vues basses , ce mélange de vues terrestres dans une âme spirituelle et élevée par la grâce, la souillera; et, à mesure qu'on avancera dans la science, on reculera dans la piété , ce qui est le plus grand des malheurs pour un religieux.
4° Ne manquez pas de faire l'oraison mentale. — C'est un abus fréquent de quitter l'oraison, sous prétexte de travailler plus longtemps. L'étude qui dérobe le temps destiné à la prière est une étude maudite. Si quelquefois , à cause d'occupations pressantes, on ne peut faire oraison à l'heure marquée, il faut y suppléer bientôt après. L'assiduité à cet exercice spiri-