‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 161 sur 361 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tuel favorise l'avancemeiil dans l'étude. Car l'oraison est un commerce sacré de l'âme avec Dieu ; or quand on est exact à ^'entretenir avec lui, comme il est la source des lumières et le Seigneur des sciences, il bénit ensuite les efforts qu'on fait ; il éclaire l'esprit, et dans un temps matériellement moins considérable , on profite plus qu'on n'aurait fait pendant une étude plus longue, mais prise sur l'oraison. Ceci est vrai surtout de la science théologique, qui a, comme l'oraison, Dieu pour objet immédiat. Il est vrai qu'on ne le considère pas, des deux côtés, sous le même aspect; c'est néanmoins le même Dieu, et les saintes contemplations donnent à l'âme des notions, des forces, des attraits qui rendent Ja science sacrée beaucoup plus avantageuse. C'est pourquoi l'Église fait tant de cas des ouvrages des saints , qui étaient de si grands hommes d'oraison 1

^° Aimez à demeurer dans votre cellule. — Tandis qu'on garde la cellule , il faut nécessairement s'y occuper ou à étudier ou à prier; et ainsi on s'avance chaque jour dans la science et dans la vertu. Là on s'arrête pour écouter la voix de Dieu ; là on est plus libre qu'au chœur même, pour se livrer avec lui à de pieux épanchements , s'agenouiller, se prosterner, baiser son crucifix et entendre les conseils de la divine Sagesse. Il faut donc s'accoutumer, étant jeune , à garder la cellule pour y vaquer à ces douces occupations. Par cette assiduité, elle nous deviendra chère, et sera notre paradis; au lieu que si l'on s'accoutumait à en sortir par inquiétude , par légèreté et par paresse, elle paraîtrait insupportable.

6° Rendez-vous aimable à tout le monde. — La vertu est d'ellemême tout aimable, et chacun la chérit, du moins dans les autres. Mais parfois la science altère ce charme de la vertu, soit à cause de l'enflure du cœur, qui inspire de la présomption et des paroles hautaines , soit parce qu'elle rend l'esprit abstrait et inattentif à certains devoirs extérieurs de bienveillance et de politesse , soit parce que la peur d'être dérangé dans ses études fait qu'on refuse des services que la charité nous demande, ou parce qu'on fuit les occasions qui pourraient se présenter de se dévouer à autrui. L'humilité, l'esprit

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de foi, l'amour de Jésus-Christ, la pratique delà sainte présence de Dieu , nous prémuniront contre ces défauts qui sont assez communs chez les savants , et qui , en les isolant trop et en leur enlevant toute autorité morale sur leur entourage, les empêchent de faire tout le bien dont ils sont capables.

7° Ne vous informez pas de ce que font les autres. — Chacun ne doit se mêler que de ce qui le regarde; c'est le moyen d'être parfaitement content et d'éviter mille vaines inquiétudes. N'a-t-on pas assez à faire d'examiner ses propres défauts et de travailler à s'en corriger? Il faut laisser le soin des autres à ceux qui en sont chargés, à moins qu'on ne vît quelque chose, de grande conséquence dont on dût en conscience, pour le bien général, avertir le supérieur s'il ne le savait pas. Lorsque nous mourrons, nous ne rendrons point compte de la conduite de nos frères, mais de ce que nous aurons fait nous-mêmes, et nous ne serons point punis pour le prochain, mais pour nos propres offenses.

8^ Ne soyez pas trop familier avec qui que ce soit, et ne vous mettez pas en peine de ce que font ou disent les séculiers. — Gomme tout ce qu'on entend dans le monde ne respire que l'amour des honneurs, des plaisirs et des richesses, vanités qu'on a quittées et méprisées en se retirant dans le cloître, se préoccuper ensuite de ce qui se passe dans le siècle, ce serait reprendre peu à peu ce qu'on a laissé si généreusement , et paraître estimer ce qu'on a ostensiblement méprisé : de là vient que l'esprit de piété et de religion s'affaiblit, en particulier, l'esprit d'humilité, de pénitence, de pauvreté , et celui de recueillement si favorable à la réflexion dans l'étude.

9" Évitez, sur toutes choses , d'aller en ville. — Un religieux doit se tenir dans son cloître , pour y poursuivre librement et constamment l'immolation de lui-même, qu'il a promise au Seigneur. Il est désormais dans sa solitude comme un mort dans son tombeau , et il doit y cacher sa vie en Dieu avec Jésus-Christ. Il le doit par raison de prudence; car il a quitté le monde à cause de sa corruption, et est entré dans le cloître comme dans une arche sainte pour éviter le déluge du siècle. Il lui convient donc de n'en sortir pour aller en ville que

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