‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 163 sur 361 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

voix, servez-le seul, et im vous atlachez qu'à lui». (Deut. XIII, 1-5.)

13° Faites en sorte de comprendre à fond ce que vous lisez et ce qu'on vous dit, et éclaircissez vos doutes. — L'important, pour faire une 'étude solide et ulile, n'est pas de lire beaucoup de livres ni d'entendre exposer beaucoup de choses, mais d'en pénétrer le sens. Sans cela on n'acquiert qu'une science superficielle, composée d'un amas d'idées incohérentes, et qui s'évanouit en peu de jours. Mais en tâchant de comprendre ce qu'on étudie, on adopte le vrai moyen de réussir dans les sciences, et d'imprimer profondément dans son esprit ce qu'on apprend. A cette fin, il faut réfléchir sérieusement; et pour voir si l'on possède complètement les choses, s'en rendre compte à soi-même comme si l'on était devant un autre. Lorsqu'on s'aperçoit que la lumière n'est point encore faite, il faut chercher à s'éclairer auprès de quelqu'un plus savant. Il n'y a nulle honte à se faire expliquer les difficultés qu'on ne pénètre pas. L'esprit de l'homme est si limité, que non seulement les étudiants, mais les savants eux-mêmes, trouvent des questions qui les embarrassent longtemps. L'orgueil et la timidité nous suggéreront de ne dévoiler à personne nos difficultés; mais nous saurons, par raison et par humilité, nous élever au-dessus de cette vaine crainte. Quelquefois le doute que nous aurons soumis sera l'occasion pour nous d'acqu^ir, en peu de temps , de nouvelles et très belles lumières sur les questions qui d'abord étaient 1res confuses pour nous.

14° Ayez soin d'imprimer dans votre mémoire tout ce que vous pourrez. — La mémoire est d'un immense secours pour les sciences. Il serait fâcheux de lire tant de choses et d'en retenir si peu. On doit s'attacher, étant jeune, à cultiver cette faculté puissante mais capricieuse. Pour la former, il est bon d'apprendre chaque jour quelque chose par cœur. Si, au commencement, cet assujettissement coûte de la peine, on y trouvera ensuite du plaisir, et on acquerra peu à peu une plus grande facilité de retenir les pensées avec les expressions qui les traduisent. Les étudiants doivent, avant tout, apprendre

chaque jour par cœur leurs leçons, au moins en partie. L'avantage qu'ils auront à cela , outre celui de perfectionner la mémoire, c'est que, comprenant difficilement du premier coup leur auteur, ils en retiendront du moins les termes ; et lorsque dans la suite leur esprit s'ouvrira plus complètement sur les matières qui y sont traitées, la mémoire leur représentera les mots déjà appris, qui sont les plus vrais et les rhieux choisis. C'est un grand bonheur lorsque l'esprit et la mémoire agissent ainsi de concert dans les sciences, en sorte que, d'une part, la mémoire fournisse les termes convenables, et que, de l'autre , l'esprit en pénètre le sens et l'explique. C'est pour se préparer à jouir de cet avantage qu'il faut exercer sa mémoire autant que l'on peut, et tâcher de la remplir des principales choses qu'on lit ou qu'on entend dans le cours de ses études.

15° Ne cherchez point ce qui est au-dessus de vous. — Dieu distribue aux hommes, selon sa volonté, les aptitudes diverses pour la science. Il n'a pas donné à tous le même degré d'intelligence et de pénétration. Chacun doit être content des talents que la Providence lui a donnés, et s'appliquer à les bien cultiver. On rendra un compte rigoureux des capacités reçues de Dieu pour l'étude et qu'on aura laissées se perdre dans l'inertie; mais ce serait aussi les exercer en vain que de prétendre s'élever à ce qui est au-dessus de son niveau. Quand on verra dans les autres des talents émînents, on se gardera de les jalouser; on s'en réjouira plutôt; on s'humiliera des sentiments d'envie qu'on viendrait à éprouver à leur égard, et on remerciera Dieu de la part toujours trop large qu'on a reçue de sa divine bonté. Si l'on avait été favorisé de dons plus éclatants, peut-être en aurait -on abusé par orgueil , par ambition et par présomption : il n'y a donc qu'à dire des qualités de l'intelligence, comme nous avons dit de celles de la grâce : « Que tout esprit loue le Seigneur. » Omnis spinius laudet Dominum. (Ps. cl, 6.)

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ARTICLE I^ De la prédication.

C'est l'usage, parmi nous, de faire prêcher les novices au réfectoire, devant la communauté. Le Père maître leur distribue le sujet des sermons; après qu'ils les ont composés, ils les lui donnent à examiner, par lui-même ou par d'autres , afin de les corriger. Il peuvent s'exercer ensuite plusieurs fois, devant quelque religieux capable de les instruire sur la manière de bien dire, et de régler convenablement leur voix, leurs gestes et leur tenue extérieure. 11 est trop juste de former de bonne heure les novices à la prédication, qui est la fin de notre ordre.

On n'entrera point ici dans un grand détail des principes, des règles et des figures de l'éloquence, parce qu'on suppose qu'avant d'entrer en religion les novices ont fait une. année de rhétorique. Ceux qui n'ont pas suivi ce cours peuvent en apprendre les principes dans les ouvrages spéciaux. On se contentera de leur donner, en abrégé, quelques-uns des conseils que les maîtres les plus expérimentés de l'éloquence chrétienne et évangélique adressent aux jeunes prédicateurs, surtout pour ce qui regarde la composition du discours, l'action extérieure et les qualités morales du ministre de la parole de Dieu.

§ I, — De la composition.

1° Le texte du discours doit être tiré de l'Écriture, et pris ordinairement dans le sens littéral. S'il était interprété dans un sens allégorique, il serait obscur, et, pour l'expliquer, il faudrait un exorde trop long. Il doit avoir un rapport naturel avec le sujet qu'on veut traiter, afin qu'on puisse en tirer clairement la division du discours. Il faut le traduire d'une manière exacte , et éviter les paraphrases. Le livre de l'Ecclésiastique , qui fait l'éloge des saints de l'ancien Testament, fournit beaucoup de textes qu'on peut heureusement appliquer aux panégyriques des saints de la nouvelle alliance. Certains prédicateurs adaptent leur^ sermon à ua texte choisi d'à-

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vance ; d'autres se trouvent mieux de ne chercher le texte qu'après avoir fait le sermon. Chacun est libre d'abonder dans son sens.

2° L'exorde sert à rendre les auditeurs attentifs, dociles et favorables. Il faut pour cela qu'il soit clair, court, simple et poli. Pour être clair, il doit expliquer ou appliquer avec netteté le texte du discours, exposer distinctement le sujet dont on veut entretenir l'auditoire, et le faire saisir par son côté le plus intéressant. Il doit être court, afin de ne pas fatiguer l'attention des auditeurs dès le commencement , ce qui serait peut-être un mal irréparable, vu l'influence des premières impressions sur l'esprit humain. C'est pourquoi il faut venir droit au sujet qu'on a en vue, et éviter de s'en écarter, fût-ce pour dire de très bonnes choses. L'exorde , pour être simple, doit être d'un style naturel et sans métaphores, et il doit développer une seule pensée, sans preuves ni amplification. Il doit être poli, sans pourtant être trop brillant ni trop affecté; car l'orateur ne pourrait soutenir longtemps des débuts trop éclatants. Il vaut mieux commencer avec beaucoup de modestie ; c'est pourquoi l'exorde souffre peu de gestes.

3" La division du sermon, à laquelle l'exorde aboutit, partage d'une manière précise le sujet en plusieurs parties ou propositions qui l'épuisent. Ces parties ne doivent pas être renfermées Tune dans l'autre, et pourtant elles doivent se lier ensemble, de sorte que la dernière fasse naturellement suite à la précédente, et qu'avec leur enchaînement on ait parcouru tout le sujet, sans perte de temps, ni répétition, ni confusion. Les anciens faisaient jusqu'à quatre parties, précédéesde deux exordes, l'un pour préparer l'invocation du Saint-Esprit, l'autre pour annoncer la division. Mais aujourd'hui on réduit généralement le sermon à un exorde et à deux ou trois points. On finit l'exorde en demandant les lumières du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge ; on ne fait pourtant pas cette invocation dans les discours de piété, plus familiers. Les compliments qu'on adresse quelquefois, dans l'exorde ou la péroraison, à' quelque dignitaire ecclésiastique présent, doivent être rares, mesurés et courts. Ordinairement quelques

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