‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 164 sur 361 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

phrases suffisent, et le compliment doit consister dans quelque allusion délicate et pieuse , sans être ni explicite ni exagéré.

4" Les preuves de chaque point doivent être fondées sur des principes certains et évidents, qu'on établit par l'Écriture sainte, les décisions de l'Église, les ouvrages des saints Pères, ou par de solides raisons , et des faits d'une expérience incontestable. De ces principes , il faut tirer ses preuves par des conséquences naturelles, de façon à établir ce qu'on veut démontrer, et à convaincre, persuader, toucher et émouvoir l'auditeur. On commencera par les raisons les plus solides , et on finira par les meilleures ; car les meilleures ne sont pas toujours celles qui renferment intrinsèquement une somme de vérité plus considérable , mais celles qui sont les plus saisissantes, les plus intéressantes et les plus touchantes, vu les circonstances du temps et du lieu, le caractère des personnes, et la manière dont le reste du discours les a disposées.

5° Si c'est un sermon de morale , il faut tirer les conséquences pratiques du principe posé , entrer dans le détail , faire voir les avantages de la vertu qu'on veut établir, et indiquer les moyens de la bien pratiquer, ou inspirer l'horreur du vice qu'on veut combattre, détruire les faux prétextes qui semblent le favoriser, et indiquer les remèdes les plus simples et les plus efficaces.

6° Si c'est un sermon sur quelque mystère, il faut en expliquer le sens, pour instruire les fidèles des dogmes de leur religion; car ils les connaissent peu, même parfois les gens instruits ; ensuite on en tire des conséquences pour faire honorer ce mystère par des pratiques de piété et de vertu.

7° Si c'est une homélie, on doit y expliquer chaque partie de l'évangile du jour, et en tirer des réflexions familières. QueW' quefois on y change de matière selon les versets; d'autres fois on réduit l'homélie à un seul sujet, comme si c'était un discours moral. Quand le fond de l'homélie est une parabole, on s'applique à en montrer l'esprit plus que la lettre, et on en tire des enseignements que chacun puisse mettre en pratique.

âôô L'instruction des novices

8° Si c'est un panégyrique, il faut louer les actions et les vertus du saint, et y mêler souvent des réflexions morales courtes, mais bien choisies, pour toucher les auditeurs et les porter à imiter le héros que l'on célèbre. Les panégyriques comportent un style élevé, et l'exorde n'est qu'un précis du discours. Il faut éviter, en louant un saint, de le mesurer aux autres pour les rabaisser devant Jui ; ce serait une louange odieuse. Dieu seul connaît la mesure de charité de ses élus , qui est aussi celle de leurs mérites et de leurs vertus. Pour tous les sermons, qu'on évite d'être trop long, soit dans les principes, soit dans les preuves, soit dans la morale, soit dans les citations, soit dans les figures et les portraits, pour ménager sa mémoire et aussi pour ne pas fatiguer l'auditeur.

9° La péroraison, qui est la conclusion du discours, consiste à en faire la récapitulation et à exciter dans les assistants des sentiments conformes au sujet qu'on a développé. Il faut y résumer à grands traits ce qu'on a dit de principal, afin de rendre les auditeurs plus attentifs. Ensuite on s'appliquera à les émouvoir et à former en eux de saintes affections et de fortes résolutions. Il est louable, quand le sujet s'y prête, de finir par une courte prière, adressée à Dieu, ou à Marie, ou au saint dont on a parlé.

§ II. — L'action.

Par l'action, on entend le ton ou les inflexions de la voix, le geste ou le mouvement du corps, et la tenue extérieure du prédicateur. Cette partie de l'art oratoire est sous un rapport la plus nécessaire, parce que c'est surtout l'action qui frappe les sens, fait des impressions vives sur l'esprit, touche le cœur, excite et meut les passions ; de sorte qu'un discours médiocre, mais relevé par une action agréable et puissante, sera plus efficace qu'un discours excellent qui en serait dépourvu. C'est la mission de l'orateur d'entrer dans l'âme des auditeurs et de l'ébranler en faveur du bien, pour lequel on est naturellement trop indifférent ; or, pour produire cet ébranlement, il faut tout mettre en œuvre, le ton de la voix, le geste du corps et l'air du visage.

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