DEUXIEME PARTIE
l» La voix doit être naturelle, et, pour avoir cette qualité, elle doit être la même quand on parle en public que lorsqu'on est en conversation , avec cette seule différence que dans les entretiens particuliers la voix est moins forte que lorsqu'on prêche, parce qu'en chaire, la grandeur du lieu et le nombre des auditeurs obligent de hausser le ton pour être entendu de tous. Il faut tâcher qu'elle soit aussi plus sonore et plus harmonieuse. La voix, pour être naturelle, doit être différente dans tous les Ions de la prononciation, selon les différents sujets , sentiments et figures.
Elle sera naturelle , si elle est claire et distincte ; car c'est un grave défaut de ne pas bien articuler toutes les syllabes, surtout les dernières , qu'on est plus exposé à négliger, et qui en se perdant empêchent de saisir le sens total de la phrase. Enfin la voix , pour être naturelle , doit être modérée. Une trop grande lenteur serait un défaut; car elle ferait languir l'auditoire au lieu de le toucher. A l'opposé, les trop grands efforts de voix et la trop grande précipitation sont des défauts notables , dans lesquels le désir même de bien faire précipite souvent. On doit garder un juste milieu , se proportionner à ce qu'on dit, prononçant avec gravité, douceur et modération les choses qui le demandent, et avec feu celles qui sont destinées à émouvoir et à persuader l'auditeur.
2<> Le geste, pour être naturel, sans affectation ni régularité excessive, doit suivre la parole et le sentiment de l'âme, dont il est comme l'interprète, tantôt affîrmatif, tantôt commandant l'attention, tantôt suppliant, tantôt menaçant, etc. Il est assez convenable que ce soit la main droite qui commence avec la parole et finisse avec elle. La main gauche ne fait guère de gestes seule, s'il ne s'agit de marquer l'indignation, le mépris ou la répulsion; mais elle accompagne avantageusement la main droite pour rendre un mouvement plus large et plus expressif. On doit éviter de gesticuler d'une manière exagérée, comme d'élever trop les mains et de les agiter à l'excès : ces gestes affectés peuvent faire un peu d'effet les premières fois; mais ils sont prétentieux, gâtent la simplicité du goût et lassent bientôt l'auditeur. C'est un précepte
élémenlaire qu'il ne faut point ballre des mains ni frapper avec elles sur la chaire; il est juste de remarquer, cependant, à propos de toutes ces règles , que quelquefois un zèle ardent fait impression dans les âmes sans s'assujettir aux lois ordinaires du débit oratoire.
L'expression du geste ne doit jamais aller jusqu'à contrefaire les actions des autres, à la manière des comédiens; ce serait rabaisser la noblesse de la chaire chrétienne.
3° La tenue extérieure du prédicateur comprend ce qui concerne l'attitude et tous les mouvements du corps : surtout de la tête, du visage, des yeux et des mains. Elle doit être naturelle, accompagnée de modestie, de gravité, de simplicité, de douceur et de piété, mais sans rien avoir d'efféminé ni de doucereux.
Le mouvement du corps doit être modéré. Si le corps élait comme immobile ou trop agité, l'action deviendrait désagréable. On peut s'asseoir, lorsqu'on veut faire un simple exposé, développer une narration ou donner une explication; mais il faut se tenir debout lorsqu'on veut émouvoir et exciter les affections; on doit éviter de passer sans cesse d'un côté de la chaire à l'autre , de trop s'y enfoncer et de trop s'y accouder en se penchant vers l'auditoire avec sans-gêne.. La tête doit demeurer droite, sans garder une rigidité affectée, et sans être ni trop élevée, ni trop baissée, ni trop penchée de côté. Les épaules demeureront dans leur situation naturelle, sans qu'on les hausse et sans qu'on les agite. Les lèvres ne seront pas trop ouvertes, mais resteront dans la bienséance que leur donne la nature. Le visage est ce qui frappe le plus dans l'action. Tous les mouvements de piété, de joie, de tristesse, d'humilité, de recueillement, de douceur, de supplication, d'indignation, de menace, etc., peuvent s'y imprimer, selon les différents sujets que l'on traite et les sentiments de l'âme qui y correspondent.
Les yeux seront modestes , sans être ni trop ouverts , ni trop élevés, ni trop, baissés. Autant il y a de variété d'affections dans le cours du sermon , autant il y aura de variété d'expressions dans les regards, si l'âme sent les choses comme elle le