‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 18 sur 361 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

quiller saintement des devoirs de la religion, c'est une marque presque infaillible qu'il y appelle. Mais si l'on n'agit ordinairement que par le mouvement de la nature; si, par exemple, on n'obéit que par une crainte servile des corrections ; si l'on n'est fidèle à ses devoirs que pour s'attirer l'estime et l'amitié du Père maître ou des autres religieux; si l'on n'est doux et docile que par tempérament ; si on ne se montre fervent que pour ne pas être regardé comme un paresseux , en vivant à la merci de motifs si bas on montre qu'on n'a point l'esprit religieux et qu'on n'est point fait pour tendre à la perfection.

Le quatrième moyen paî" lequel les novices connaîtront si Dieu les appelle, c'est une grande ouverture pour leur Père maître. Il est aisé de se tromper soi-même en ce qui nous touche de près, parce que notre amour-propre nous flatte. Que de difficulté à sonder l'abîme impénétrable de son propre cœur, et à discerner entre les mouvements de la grâce et ceux de la naturel Pour ne point prendre le change dans une affaire de cette importance, les novices s'adresseront avec confiance à leur Père spirituel, lui découvriront avec candeur toute leur vie passée, lui feront connaître avec sincérité leurs passions, leurs inclinations, leurs aversions naturelles , leurs bons désirs, leurs bonnes impressions, et lui déclareront avec naïveté les motifs qui leur ont fait quitter le monde et qui les attirent en religion. Gomme Dieu se sert des supérieurs pour faire connaître sa volonté aux inférieurs, si les novices ont pour leur Père maître cette entière ouverture de cœur, ils réussiront à discerner par lui leur vraie vocation. Mais s'ils se cachent de lui, c'est une très mauvaise marque, et en le voulant tromper ils ne trompent qu'eux-mêmes.

Le secours du Père maître est nécessaire, non seulement pour discerner la vocation, mais pour y bien correspondre, ainsi qu'on le dira en parlant de la communication spirituelle. (11° partie, ch. iv.) Dieu verse sa grâce sur les âmes humbles, candides, sincères, qui dévoilent jusqu'aux replis les plus cachés de leur intérieur, et il répand l'onction sur les lèvres de son ministre pour porter la consolation, la force

30 L'INomUGÏIOiN DES NOVICES

et la lumière dans le cœur de ceux qui suivent sa direction en toute confiance. Avec cet appui, on saura résister aux tentations qui souvent remplissent le noviciat. Mais quelques légères qu'elles paraissent au commencement, si on les cache et si on les néglige, elles augmentent de telle sorte qu'elles peuvent causer la ruine entière de la vocation, semblables à ces légères vapeurs qui, se réunissant dans les airs, forment des nuages épais, occasionnent des orages et déracinent les plus beaux arbres ; ou comme ces petites gouttes d'eau qui tombent sur les montagnes, se réunissent dans les vallons , forment des torrents et ravagent les plaines les plus fertiles.

Tels sont les principaux moyens dont les novices doivent user pendant leur année de probalion pour s'éprouver euxmêmes. Il leur sera très utile aussi de faire quelques prières particulières à la sainte Vierge, qu'ils prendront pour leur bonne Mère dès leur entrée au noviciat; à leur saint Ange gardien et à leur saint Patron , auxquels ils demanderont la grâce de connaître la volonté de Dieu et de l'exécuter jusqu'au bout.

Si les novices, après s'être servis de ces moyens divers, comprennent que leur vocation n'est pas bonne, ils devront, sans rien craindre, quitter l'habit de la religion et s'en retourner dans le monde. Quelqu'un se moquera d'eux peut-être, mais ils mépriseront son mépris; car, de bon compte, quelle honte et quelle faute y a-t-il d'avoir passé quelques mois parmi des personnes honorables, qui aspirent à la perfection? Au contraire , en cherchant à embrasser une vie de sacrifice , ils ont fait honneur à la générosité de leurs désirs ; en continuant l'essai pendant quelque temps, ils ont acquis sur la vertu chrétienne des lumières qui leur seront toujours utiles; et en se retirant, malgré les railleries du monde et malgré le regret qu'ils éprouvent, ils font preuve de force autant que de sagesse; car la vie de simple chrétien, quoique moins excellente par elle-même, les conduira plus sûrement vers le salut que la vie religieuse. Ainsi David essaya d'abord l'armure de Saiil pour combattre Goliath ; mais après avoir connu qu'elle ne lui convenait pas, il la quitta sans respect

Page 1