TROISIEME PARTIE
manière que l'objet donné soit parvenu entre ses mains : que ce soit, par exemple, un cadeau de ses parents, ou un témoignage de reconnaissance pour les services qu'il a rendus, ou le prix d'un travail, ou les honoraires d'une prédication. Gela se comprend : par son vœu , le religieux a consacré à Dieu ses biens, son travail, son industrie , sa personne même, et partant il a perdu le droit de disposer à son gré d'une chose quelconque; tout ce qu'il gagne va se joindre aux biens communs, pour servir à procurer aux frères la nourriture, les vêlements, en un mot, tout le nécessaire : Id auiem ita ahsolute et generatim velitum intelligatur, ut neque omnino fas sit quidquam dare, tum ex fructibus, reddilibus, proventibus, etc.
Les religieux ne peuvent rien recevoir du dehors pour eux ou pour leur monastère, comme argent, habits ou toute autre chose, s'ils n'ont pas la permission. Agir autrement, ce serait acquérir sans autorisation le domaine ou l'usage de quelque objet, en d'autres termes, faire acte de propriété. C'est pourquoi celui à qui l'on offre une chose doit, avant de l'accepter, en demander la permission au supérieur, si celui-ci est dans le couvent. S'il est absent et qu'il y ait urgence, on peut accepter. Mais on est tenu de remettre ce que l'on a reçu entre les mains du prélat aussitôt qu'on le pourra; et celui-ci après l'avoir incorporé aux biens de la communauté, en accordera l'usage ou au frère à qui l'objet a été donné, ou à tout autre selon qu'il le jugera expédient. D'après les règlements de notre Ordre, on ne peut garder longtemps ce que Ton reçoit ainsi à l'insu du supérieur; dans l'espace de vingt-quatre heures le dépôt doit être effectué entre ses mains , et cela sous des peines sévères.
Les religieux ne peuvent s'attribuer quoi que ce soit de ce qui appartient au couvent et sert à la communauté, sans violer leur vœu de pauvreté. Il leur est donc interdit de prendre des vêtements au vestiaire, du pain ou du vin au réfectoire, d'autres aliments à la dépense, des fruits au jardin; et de même des autres choses destinées à l'usage particulier des frères. S'ils gardent, à l'insu du supérieur, ce qu'on leur a apporté du dehors ou qu'ils ont pris dans le couvent, ils sont
coupables d'un vol manifeste, et par conséquent d'un péché grave quand la chose est considérable. Selon le mot de saint Bernard, ils sont dans le chemin de l'enfer : Si habet aliquid peculiare, vel absconditum, hoc furtum est, hoc fraus est manifesta, hoc grande peccatum est, hoc est iter infemi. (Serm. 48. ad Sec]
Les religieux ne peuvent dans l'ameublement de leurs cellules, ni dans leurs vêtements, rien avoir qui ressente la vanité, la curiosité, la recherche, la mollesse et la superfluité; ce serait contraire au vœu de pauvreté. Le concile de Trente défend aux supérieurs de tolérer ces abus : Mobilium usum ita supenores permittant ut eorum supeîleœ siaiui paupertatis, quam professi sunt, conveniat,nihHque super fluum in ea sit. Nul ne peut non plus rien retenir dans sa cellule, qu'il ne l'ait montré au supérieur en lui demandant la permission de s'en servir. Et lorsqu'il y est autorisé il doit encore être disposé à remettre l'objet à qui de droit, dès qu'on le lui demandera pour le donner à un autre. En effet, tout ce qui sert aux frères appartenant au couvent et faisant partie de l'avoir commun, c'est le supérieur, dispensateur du bien conventiiel, à qui seul appartient d'en régler la distribution»
Vendre, acheter, négocier, sont choses absolument interdites aux religieux. Car par le négoce on expose au péril les biens qu'on a , pour tâcher d'obtenir ceux qu'on n'a pas ; or les religieux n'ont plus aucun bien temporel qu'ils puissent risquer, améliorer, acquérir. Ils ne peuvent également rien acheter ni rien emprunter, parce que l'achat nous transfère aussi le domaine de ce que nous acquérons, et l'emprunt la jouissance de ce qui nous est prêté. Pour ce qui est de l'interdiction des emprunts , il faut l'entendre non seulement de l'argent, mais encore de tout ce qui a une certaine valeur, comme des étoffes ou autres choses semblables.
Ils ne peuvent rien prêter ni échanger sans autorisation , qu'il s'agisse des séculiers, ou même des religieux. Échanger, c'est vraiment céder la possession d'une chose, pour en recevoir une autre plus ou moins différente; la compensation qui peut exister entre ces deux choses n'empêche pas la réalité