‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 181 sur 361 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

necessanum , eis denegetur. (Conc. Trid.) Par le mot nécessaire, le Concile entend, non seulement ce qui est absolument indispensable pour empêcher de mourir, comme la nourriture et le vêlement, mais aussi tout ce que la convenance de l'état religieux réclame et ce qui est prévu par les statuts particuliers de l'Institut qu'on a embrassé. Les supérieurs doivent donc donner à leurs inférieurs une nourriture modeste, conforme à la coutume, aux observances et aux travaux de leur ordre , et leur fournir des habits pour se vêtir avec décence et propreté.

Les supérieurs qui ne fournissent pas le nécessaire aux religieux pèchent d'abord, comme nous l'avons dit, contre la justice, par leur mauvaise administration ; car ils sont établis dispensateurs des biens du couvent pour les distribuer avec empressement à leurs frères, selon les besoins de chacun. Mais leur faute s'aggrave, en ce qu'ils donnent la tentation à leurs sujets de commettre des péchés de propriété. Car quand un religieux se voit refuser le nécessaire , il se dit qu'en principe tout est commun, et s'imagine facilement avoir le droit de se pourvoir par lui-même, soit en prenant directement les choses du couvent, soit en recevant du dehors, sans permission , des objets qu'il entend garder à son usage présent ou avenir. Pourtant, en agissant ainsi, il commet un péché de propriété , parce que c'est seulement dans une extrême et absolue nécessité que tout devient commun ; or ce n'est pas une nécessité extrême, que la privation des choses convenables , à notre état selon le cours ordinaire des choses.

Les supérieurs ne peuvent point autoriser leurs religieux à avoir du superflu. S'ils le font, ils pèchent contre le vœu de pauvreté ; car ils n'ont droit de disposer des biens de la communauté que selon les statuts de leur ordre. Or toutes les religions, avec le concile de Trente, leur défendent de permettre rien de superflu : Nihil sit superfluum. Ils ne peuvent donc autoriser aucune superfluilé dans la nourriture, le vêtement, l'ameublement des cellules, comme seraient des images de grand prix, des tableaux de maîtres, des meubles précieux, des mets recherchés, des liqueurs agréables. Dans sa règle, saint Jérôme défend aux supérieurs de donner à leurs reli-

gieux autre chose que le nécessaire pour la nourriture et le vêtement, de peur que le pain des enfants ne devienne la proie des chiens, c'est-à-dire des sensuels ; et de crainte qu'on ne les accuse d'avoir inutilement prodigué la substance de Jésus- Christ, à savoir, le bien du monastère : Prœter victum et vestiîum et manifestas nécessitâtes , nihil cuiquam tribuas, ne filiorum panem canes comedant... Tu ergo considéra ne Christi substantiam imprudenter effundas. (In Reg. monach. c. v.)

Les supérieurs doivent donner à leurs inférieurs l'exemple de la pauvreté, pour être vraiment la forme de leur troupeau, comme dit saint Pierre (I Petr. v, 3). Ils devraient même être plus pauvres que les autres, afin de mieux leur inspirer l'esprit de pauvreté. C'est pourquoi le pape Clément VIII, expliquant le concile de Trente, ordonne que tous les religieux , supérieurs comme inférieurs , reçoivent le même pain , le même vin, la même nourriture que les frères , et qu'ils mangent à la table commune : Omnes, etiam superiores, quicumque illi sint, eodem pane, eodem vino eodemque obsonio, sive eadem, ut aiunt, pictantia in communi mensa, prima vel secunda , nisi infirmitatis causa impediti fuerint, vescantur, neque singulare aliquid, quo privatim quisque in cibum utatur, ullo modo afferri possit. Si quis in ea re peccaverit, nihil ea die alimenti percipiat, nisi panem et aquam. Combien donc seraient méprisables les supérieurs qui chercheraient des singularités , et qui scandaliseraient leurs communautés en ayant une vie plus délicate que ceux dont ils sont les serviteurs !

Les supérieurs ne peuvent faire des dépenses superflues, pour donner de grands repas ou offrir des présents considérables à leurs parents et connaissances. Il leur est permis d'inviter quelquesfois les amis communs de la religion , pour reconnaître des services considérables qu'elle a reçus d'eux ; mais il faut que ces repas arrivent rarement, et qu'on s'y distingue surtout par la charité, la décence et la dignité, non par des frais considérables. Il leur est aussi défendu de faire des dépenses superflues pour des réparations vaines, ou pour des constructions trop fastueuses, contraires à l'état de pau-

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