‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 182 sur 361 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

vreté. Les séculiers sont indignés et scandalisés de ces abus ; et ils se moquent des religieux qui, après avoir renoncé avec éclat aux biens de ce monde par le vœu de pauvreté, affectent de montrer leur vanité ou leur richesse par des festins luxueux et par des bâtiments magnifiques.

Les officiers du couvent s'appliqueront, pour ce qui les concerne, tout ce qui vient d'être dit des supérieurs. Ils n'oublieront pas que les actes de propriété interdits aux religieux particuliers, comme de vendre, d'acheter, d'emprunter, de cautionner, de faire l'aumône, d'accepter des dépôts, leur sont aussi défendus , sauf dans les cas oiî ils agissent au nom de l'autorité et pour la communauté. S'ils ne s'examinaient souvent et ne veillaient beaucoup, sous la dénomination vague de mesures se rattachant à leurs attributions, se glisseraient une foule d'actes de volonté personnelle et de propriété , par lesquels ils contenteraient leurs inclinations et leurs préférences, au détriment, pour eux et pour les autres, de l'esprit d'obéissance, de pauvreté et de mortification.

§ I?. — Grièveté et peine du péché do propriété.

Le vœu de pauvreté, en lui-même et par sa nature, oblige sous peine de faute mortelle. Ce n'est que la légèreté et l'insuffisance de la matière qui le fait rentrer dans les limites du péché véniel. Là transgression de ce vœu renferme : 1° Un larcin, parce que les religieux qui donnent ou reçoivent quelque chose sans permission du supérieur, disposent du bien de la religion , qui ne leur appartient pas. 2° Un sacrilège , parce qu'on y viole urf vœu fait à Dieu et accepté de lui par l'Église. Pour commettre un péché mortel de propriété , il faut plus ou moins de matière, selon les religions; car les unes professent une pauvreté plus étroite que les autres. En général, la matière suffisante pour que le péché de larcin, dans le monde, soit mortel, suffit aussi pour rendre mortel le péché de propriété en religion. Et même, d'après certains auteurs, il faut moins, pour pécher mortellement, au religieux qui donne au dehors, sans permission, quelque chose de la communauté, qu'au séculier qui prend le bien d' autrui, parce

que le bien du monastère est une chose plus précieuse et plus inviolable, étant consacré à Dieu.

Les religieux qui prennent et amassent beaucoup de petits objets, s'exposent à un péril caché. Car, bien que chaque chose qu'ils prennent ne fasse par elle-même que la matière d'un péché véniel , si toutes réunies tombent sous une même intention dans leur pensée, elles peuvent constituer une seule matière qui deviendra grave.

Le péché de propriété a de si funestes suites pour les individus et pour les communautés, que les Canons, les Conciles et les Papes condamnent les religieux qui mourront propriétaires, et au pouvoir de qui on trouvera de l'argent après leur mort, à être privés de la sépulture ecclésiastique et ensevelis dans le fumier avec leur argent, tandis que l'on dira à haute voix : « Que ton argent soit en perdition avec toi : » Pecunia tua tecum sit in perditionem. (Act. viii, 20.) S'ils sont déjà en terre sainte quand on découvrira leur crime, l'Église veut qu'on déterre leur corps pour leur faire subir ce traitement ignominieux : Bénéficia ecclesmsticse sepuUurœ omnino priveiur atque in sierquilinio sepeliatur. (Gloss. Const.) Saint Macaire, saint Grégoire, pape, et plusieurs autres, l'ont ainsi pratiqué aux plus beaux jours de la vie monastique. La pensée de ce châtiment fait frémir, et cependant il n'est qu'une figure des peines réservées par Dieu aux contempteurs de la sainte pauvreté.

ARTICLE III

Le véritable esprit et la perfection de la pauvreté évangélique

et religieuse.

Il y a, selon les saints pères et les maîtres de la vie spirituelle, trois degrés de pauvreté: 1° se dépouiller réellement de toutes les choses temporelles qu'on possédait dans le monde, et s'en détacher de cœur et d'esprit; 2" se priver aussi des aises et des choses superflues ; 3° renoncer même aux choses nécessaires, afin que, par cet abandon extérieur des biens temporels, et par ce détachement intérieur et absolu.

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