‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 183 sur 361 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

on soit plus fort pour vaquer auK choses célestes et éternelles.

D'abord , la perfection évangélique , qui est la fin de la vie religieuse , consiste à ne s'attacher qu'à Dieu , en sorte que la charité vienne remplacer dans le cœur la cupidité- Or plus on abandonne les biens de ce monde en s'en séparant de cœur et d'esprit, plus on devient capable de s'approcher de Dieu, pour se donner à lui et le posséder uniquement.

Ce détachement intérieur et ce généreux mépris des biens de la terre renferment ce qu'il y a de plus important dans la pauvreté d'esprit ; car, en dégageant notre cœur de l'amour et de l'estime de ce monde, ils le mettent en état de se donner à Dieu sans partage. Aussi , la première chose que saint Vincent Ferrier conseille au fils de saint Dominique, pour bien travailler à sa perfection , est de mépriser toutes les choses de la terre, et de les regarder comme de la fange : Oportet primitus ut omnia terrena contemnat et velut stercora reputet. (De Vita spir. c. i.) Les religieux qui, laissant dans le monde les biens et les richesses , n'ont pas en même temps renoncé à l'affection pour ces choses, mais les estiment et les désirent , au contraire , autant et plus que des séculiers , et sont charmés de se voir dans l'abondance ou désolés de souffrir l'indigence, ne sont pas véritablement pauvres d'esprit. Ils n'ont pas raêçae le premier degré de la vertu de pauvreté; ils ne sont pauvres qu'en apparence, et ne méritent point le nom de religieux.

Le second degré de la pauvreté évangélique consiste dans le détachement de ses aises et de toute superfluité. Il veut qu'on se contente du nécessaire, en éloignant de soi tout ce qui va au delà. Il demande, pour cette véritable pauvreté, qu'on s'efforce d'avoir des habits , une nourriture , une cellule et des meubles pauvres, afin de pratiquer la pénitence, d'expier les péchés que l'on a commis dans le monde , d'éviter d'en commettre d'autres en religion, et, au contraire, d'y faire plus sûrement son salut. C'est ce que saint Vincent Ferrier recommande à son disciple : « Je fais consister votre nécessaire, lui dit-il, dans une pauvre nourriture, dans un habillement et des chaussures pauvres, dont vous ne pouvez pas

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actuellement vous passer : » NecessUalem iuam intelligo in parco vicAu et vili vestitu et calceamento de quibus prœsentialiter indiges.

Les religieux qui montrent de l'attachement au superflu n'ont point l'esprit de pauvreté. Ils voudraient ne manquer de rien et être mieux que les séculiers les plus à leur aise. Non contents des aliments qu'on leur sert en communauté , ils cherchent à se procurer des mets ou des desserts particuliers. Non satisfaits des habits d'étoffe commune dont on pourvoit les autres , ils en convoitent d'une étoffe plus belle, et mettent leur bonheur à avoir des cellules bien meublées et bien ornées. Ces sortes de religieux n'ont pas le mérite de la pauvreté, et même ils risquent leur salut; car l'essentiel de cettevertusipeu comprise est le détachement des biens du monde ; or il leur manque totalement. Ils conservent la même cupidité que dans le siècle, sauf que par le changement d'objet ils la transportent aux petites choses de la religion. Or le dérèglement propre de l'avarice consiste dans cet attachement et ces désirs du cœur qui causent le trouble et l'inquiétude, non pas dans la valeur vénale des objets matériels qui sont l'occasion de ce désordre de l'âme.

La grandeur de leur attachement, sur lequel ils voudraient s'illusionner, paraît : 1° par leur empressement à se procurer les choses superflues, vaines, curieuses, délicates et propres à contenter leur sensualité; 2° par leur appréhension de souffrir quelque incommodité ou de manquer de quelque avantage dans l'avenir; 3° parleur soin extrême à conserver les objets qui leur plaisent et parla crainte où ils sont de se les voir enlever. Et ce qui augmente la gravité de ce dérèglement , c'est que souvent les religieux qui auraient manqué de presque tout dans le monde sont précisément ceux qui ne veulent manquer de rien dans le cloître, et prétendraient même y avoir plus que les séculiers chez eux. C'est cequeremarquent et ce dont se plaignent saint Jérôme , saint Augustin et saint Bernard. Voici en particulier le reproche que leur en fait ce dernier : « illusion déplorable 1 dans la religion , qui est le centre de la pauvreté , et où ceux qui étaient riches au

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