‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 184 sur 361 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

milieu du monde doivent souffrir toutes les privations, on voit des hommes qui dans le siècle auraient à peine de quoi vivre, chercher, dès qu'ils sont entrés, tout ce qu'il y a de commode, de superflu et de délicat I » Magna abusio! ut in loco paupertatis, ubi divites penuriam incurrunt, pauperes superfluitaiem quœrant: in loco afflictionis , ubi delicati mortificaniur, homines rusticani res delicatas affectent.

Le troisième degré et la perfection de la pauvreté évangélique consiste dans le détachement même du nécessaire. Des religieux qui n'ont point d'attachement aux choses superflues peuvent en conserver beaucoup pour celles qui sont nécessaires. Ils ont un soin extrême que rien ne leur fasse défaut de ce dont ils ont besoin. Ils ne savent souffrir aucune incommodité dans la nourriture, le logement, les habits, etc,; et quand illeur manque une seule chose de celles qu'ils croient leur être indispensables, ils se chagrinent, se plaignent et murmurent, faisant ainsi voir leur trop grand attachement au nécessaire. Ils sont semblables à ceux dont parle saint Bernard, qui tiennent à être regardés comme pauvres à condition de ne manquer de rien , et aiment la pauvreté, pourvu qu'ils n'en souffrent aucune privation: Sunt qui pauperes esse volunt, eo iamen pacte ut nihil eis desit, et sic diligunt paupertatem ut nullam inopiam patzaniur. (Sermo. iv. De Adv.)

Un religieux parfaitement pauvre d'esprit souffre avec patience toutes les peines qui sont des suites inséparables de sa profession, comme la faim, la soif, le froid, le chaud, les fatigues, les mépris, sans se plaindre ni chercher aucun adoucissement. Il observe ses abstinences et ses jeûnes exactement comme ils sont marqués, sans se servir de quoi que ce soit pour en atténuer la rigueur ; il assiste régulièrement à l'office divin de jour et de nuit , nonobstant les rigueurs de l'hiver ou les ardeurs de l'été. Il fait ses voyages sans trop craindre les fatigues du chemin. Il demande l'aumône, quand il y a nécessité, avec modestie et humilité. Il souffre les rebuts et les duretés avec la patience et la résignation qui doivent toujours accompagner la pauvreté. Il évite l'oisiveté et la fainéantise,

défauts inséparables de la délicatesse, et s'applique au travail selon son état: soit au travail de l'esprit, qui consiste dans la contemplation, la lecture, l'étude et les travaux apostoliques; soit au travail des mains, s'il est frère convers. Il se réjouit qu'on lui serve des aliments simples et non des mets recherchés; il se complaît, ainsi que faisait saint Paul, à n'avoir que les habits indispensables pour se couvrir, non pour se parer : Hahenles alimenta et quitus tegamur, his contenu simus. (I Tim. vi, 8.)

Un religieux qui a véritablement la vertu et l'amour de la pauvreté ne demande aux supérieurs que le seul nécessaire , comme le conseille saint Vincent Ferrier: Nihilpetas, nisi sit nécessitas. Il demande ce nécessaire avec humilité, comme une aumône, et non avec hauteur et importunité, comme une chose due à ses talents et ses services. Il est également satisfait, qu'on lui accorde ou qu'on lui refuse ce qu'il demande. Il reste en paix dans ses maladies, bien que celui qui prend soin de lui soit quelquefois négligent à le soulager, ou de mauvaise humeur à le servir; car le véritable pauvre évangéiique se regarde toujours comme une personne indigne de tout, ainsi que saint Bernard le recommande dans sa règle: Nuriquam, audiatur aliqua querimonia de tepro aliquo defedu in cibo vel in polu aut in vili vestitu; semper reputa te indignum de iis quse habes.

Le religieux véritablement pauvre de cœur et d'esprit évite de demander des dispenses à ses supérieurs sans une grande nécessité, sachant que les dispenses , quand elles ne sont pas nécessaires , sont contraires à ce que la pauvreté a de plus agréable à Dieu, c'est-à-dire la patience dans les peines et les fatigues inhérentes à un état de renoncement universel.

Il est même joyeux dans la privation du nécessaire, en santé et en maladie ; il est content de porter des habits usés et rapiécés, de manquer d'une partie de sa nourriture ou d'en recevoir une qui n'est pas de son goût, d'avoir une cellule peu commode, un méchant lit, une pauvre table et une pauvre chaise ; car, il le sait, plus il se prive des choses temporelles,

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