TROISIÈME PARTIE
Seigneur, comme saint Jean- Baptiste, élu pour son précurseur, et saint Jean i'Évangéliste, le disciple bien-aimé, qu'il fit reposer sur son cœur et qu'il choisit ensuite pour tenir lieu de fils à Marie. Les saints Pères ont donc pu affirmer que si Dieu a consenti à se faire homme, c'a été à la condition de naître d'une Vierge; et que, d'autre part, s'il convenait que, par la vertu divine, une Vierge enfantât, son fils ne pouvait être moins qu'un Homme-Dieu. «Quelle doit ê(re, dit saint Ambroise, la beauté et l'excellence de la virginité, qui a mérité d'être choisie pour devenir le temple où la Divinité habitât corporellement ! » Quanta est virginitatis gratta , quse meruii a Christo eligi, ut esset corporale Dei templum, in quo corporaliter habitaret pleniiudo Divinitatis. (Lib. de Off.)
La chasteté nous rend encore semblables aux anges et aux bienheureux dans le ciel. Car après la résurrection il n'y aura plus d'alliances terrestres, les hommes seront comme les anges de Dieu. Ils auront pourtant le même corps qu'icibas, mais élevé au-dessus de la corruption et des fonctions animales qu'il accomplit en ce monde. De même, les vierges et les âmes chastes sont affranchies de la corruption attachée à notre naissance, et des inclinations qui rendent l'homme semblable à la bêle. Et comme les anges sont toujours devant Dieu, le louant continuellement sans le perdre jamais de vue, ainsi les personnes chastes, qui sont les anges de la terre, sont plus propres à s'entretenir avec lui et à le bénir sans lassitude ni terme. Saint Augustin a bien exprimé cette pensée en disant : « La virginité est une portion de la vie angélique , puisque dans une chair corruptible elle est une perpétuelle imitation de ces esprits célestes. » Virginitatis integritas angelica portio est, et in carne corruptibiHincorruptionis perpétua imitatio. (Lib. de Virginit.)
Si les anges sont d'une nature plus élevée que les âmes chastes, en ce qu'ils n'ont point de corps mortel, celles-ci leur sont supérieures en vertu et en mérite, car elles restent au milieu des flammes de la concupiscence, sans que ce feu ait aucune prise sur le vêtement de chair qui les enveloppe. Par les victoires qu'elles remportent sur leurs passions, leur
corps partage la noblesse de leur âme et change, pour ainsi dire, de nature en revêtant l'incorruptibilité des angQs. Major est Victoria Virginum quam Angelorum : Angeli enim sine carne vivunt, Virginesvero in carne iriumphant. ( Lib. de Vid.)
La chasteté procure aux âmes une gloire particulière dans le ciel. Saint Jean rapporte dans l'Apocalypse qu'il vit sur la montagne de Sion , figure du ciel, ceux qui étaient demeurés vierges recevoir divers privilèges : 1" Ils suivaient l'Agneau , c'est-à-dire Jésus-Christ, partout où il allait, parce que, comme dit saint Grégoire, le mérite de la chasteté les élevait au plus haut degré de la gloire. 2" Ils chantaient un cantique nouveau que personne autre ne pouvait chanter, parce qu'en triomphant de leur chair ils en avaient conservé l'intégrité, ce qui leur causait une joie particulière et leur fournissait des accents inimitables. 3° Ils portaient écrit sur leur front le nom de l'Agneau, comme marque qu'ils lui appartenaient de la manière la plus intime, par leur chasteté virginale.
Ceux qui ont le bonheur de n'avoir jamais terni leur vertu par aucun péché mortel, doivent en remercier Dieu et lui en témoigner une très grande reconnaissance; car ils ont eu ce bonheur insigne bien plutôt par une protection particulière de Dieu que par leur propre travail et leur vertu naturelle. Ils songeront à lui demander continuellement la persévérance , et tâcheront de l'obtenir par de ferventes prières, par une grande humilité et par l'exacte pratique de tous les devoirs et de toutes les austérités de leur état. Quant à ceux qui ont eu le malheur de manquer à cette vertu avant de se faire religieux , ils doivent en pleurer la perte et travailler continuellement à réparer ce malheur autant qu'ils le peuvent , en faisant pénitence, en évitant les plus légères fautes contre la modestie, et en renouvelant souvent à Dieu la consécration de leur esprit et de leur cœur. Ils peuvent par là lui être aussi agréables que ceux qui ont conservé parfaitement leur innocence, et mériter même certaines récompenses plus grandes. C'est dans ce sens que, selon saint Jean Chrysostome, le Saint- Esprit a rendu la femme pécheresse égale aux vierges, mèretricem virginibus cosequavit. (Serm. de Penlec.)