TROISIEME PARTIE 40S
ARTICLE II Moyens pour conserver la chasteté.
Les saints Pères conseillent un grand nombre de moyens pour acquérir et conserver la chasteté; nous ne rapporterons que les principaux.
Le premier est le recours à Dieu. Il est vrai que l'on a besoin de son secours pour acquérir et conserver toutes les vertus; pourtant la chasteté est une vertu si délicate et si précieuse qu'il faut des grâces plus particulières pour l'obtenir; or c'est la prière qui attire du ciel cette abondance de secours. Car Jésus-Christ a promis que l'on obtiendrait toutes les grâces demandées par une prière faite comme il faut, et il a dit aussi qu'il fallait prier pour ne pas entrer en tentation. C'est pourquoi le Sage reconnaît qu'il ne pourrait être chaste si Dieu ne le lui donnait : Scivi quoniam aliter non possem esse coniinens, nisi Deus det. (Sap. viii , 21.) Ainsi saint Paul recourait à l'oraison dans les fréquentes et humiliantes révoltes que l'aiguillon de la chair, ministre de Satan, lui faisait ressentir; il y trouvait une force prodigieuse pour résister, surtout après que- Dieu l'eût assuré que la grâce ne lui manquerait pas : Datus est mihi stimulus carnis meœ, angélus Salanse gui me colaphizet; propter quod ter Dominum rogavi ut discederet a me, et dixit mihi : sufficit tibi gratia mea. (II Cor. xxii, 7, 8, 9.) Saint Jérôme se servait du même moyen dans les tentations, et conseillait à sainte Sabine d'y avoir recours, comme au moyen le plus propre pour repousser les mauvaises pensées dont la jeunesse a coutume d'être poursuivie et fatiguée. Eu effet, pour vaincre dans les combats de la chasteté, il faut subjuguer sa propre nature; or on ne peut se résoudre à cette destruction et la consommer sans une grâce particulière do Dieu , qui se trouve promise et attachée à la prière : Crebrœ tibi sini orationes, ut omnes cogitationum sagiltœ, quibus adolesceniia percuti solet, hujusmodi clypeo repellanlur. (Hieron, Ep. ad Sabin.)
Le second moyen pour conserver la chasteté est l'humi-'
lilé, qui constitue, il est vrai, le fondement de toutes les vertus, fundamenium et custos virtutum (S. Bern. Serm. 1. de Naiiv.), naais qui convient d'une manière plus directe à la chasteté, selon ce que dit saint Grégoire : « Il faut conserver la pureté sous la garde de l'humilité. » Per humilitatis custO' diam servanda mundilia castitaiis. (Lib. vi Mor.) En effet, s'humilier c'est reconnaître que l'on n'est de soi-même que néant, faiblesse, péché, et que Dieu seul peut nous soutenir. Or Notre-Seigneur répand abondamment ses grâces sur ceux qui se défient ainsi d'eux-mêmes pour se confier entièrement en lui, comme il l'a promis dans ses Écritures : Deus humilibus dat graiiam. (Jac. iv, 6.) Ce principe étant admis, dans quelle occasion cette connaissance de notre propre impuissance est-elle aussi claire que dans les tentations contre la chasteté? Il est donc facile autant que nécessaire de s'y humilier profondément; et par celte humiliation on s'attirera des grâces proportionnées aux périls qui entourent la plus délicate des vertus. Que si les suggestions perverses viennent du démon, l'humilité est aussi un grand moyen pour les chasser, car Satan est un esprit d'orgueil; il ne peut souffrir l'humilité; et lorsqu'il s'aperçoit, en nous tentant contre la pureté, que nous nous humilions profondément, il se retire, de peur que s'il continuait sa tentation , elle ne servît à nous rendre plus vertueux , plus défiants de nous-mêmes, plus confiants en Dieu.
Au contraire l'orgueil, la présomption de ses propres forces, la confiance en son âge, sa complexion, son bon sens, sa vertu, font périr la pureté. Diou résiste aux superbes. Présumant de leurs forces et se confiant en eux-mêmes, ils s'exposent aux mauvaises occasions, et, vu leur faiblesse, ils ne peuvent tôt ou tard que faire des chutes effroyables : Deus superbis resisiit. (Jac. iv, 6.) L'orgueilleux se fiera-t-il à son âge avancé? Il n'y a point de vieillesse si décrépite qui ne soit exposée aux atteintes de la concupiscence. Saint Basile rapporte avoir connu plusieurs solitaires qui étaient tombés dans le crime de l'impureté après avoir courageusement passé vingt et trente ans dans les rigueurs de la pé-