TROISIEME PARTIE
nitence et les épreuves de conlinuelles maladies. Qu'on se garde aussi de se fier à son naturel et à son tempérament, quelque froids qu'ils paraissent. Car il n'y a pasdecomplexion si glacée qui ne puisse être atteinte et embrasée par le feu de la concupiscence, dès que celle-ci est alimentée par quelque mauvais objet. Déjà là concupiscence est par elle-même un feu ardent; mais les objets dangereux qu'on lui présente sont comme des charbons qui s'y enflamment, redoublent son intensité et sont capables de réduire en cendre des âmes solides comme le rocher. C'est pourquoi saint Ambroise disait : Libido ignis est, ideo non debemus illi alimenta prsebere lu' xurise. (Lib. de Pœnit.)
Il serait déraisonnable de compter sur son bon sens. Car, bien qu'il puisse modérer et arrêter au commencement , dans quelques rencontres, le dérèglement des passions, il ne peut pourtant pas, sans la grâce, empêcher les impressions des sens et les révoltes de la nature. Ces nuages que la concupiscence répand et ces tours captieux dont elle se sert éblouissent peu à peu la raison, puis l'ébranlent, et enfin la font succomber. C'est pourquoi on ne doit pas raisonner dans les tentations, mais s'humilier, se défier de soi-même, et prier beaucoup. En résumé, tous les hommes sont exposés au péril, jeunes gens ou vieillards, pauvres ou riches, nobles ou roturiers, commençants ou parfaits, dans le monde et dans le cloître même , comme le dit éloquemment saint Bernard : Difficile est libidinis incendia extinguere; impubères stimulât, juvenes inflammat, viros énervât, senes et decrepitos fatigat, non aspernatwr tugwria, non reveretur palatia, utinam sola cœnobia fugiat! (Tract, de Interd.)
C'est encore une grande présomption que de se fier à sa vertu dans les combats contre la chasteté. Car eût- on déjà anéanti les ennemis extérieurs, on doit toujours craindre ceux du dedans, surtout la concupiscence de la chair, quand même on l'aurait déjà repoussée bien des fois. C'est un ennemi domestique qui naît de nous, qui est une partie de notre être; pour le vaincre entièrement, il faudrait se tenir toujours en. bulle avec lui et parvenir à se détruire soi-même. Or
quelle vertu parviendra à un résultat si complet et ne se lassera pas de combats si continuels? Et ce qui augmente la difficulté, c'est que les traits de la concupiscence ne sont pas seulement violents, mais sont aussi très subtils, parfois imperceptibles; il est donc bien difficile d'être toujours assez attentif sur soi-même pour ne pas se laisser souvent surprendre et atteindre.
Saint Basile, saint Jean Glimaque et saint Athanase assurent avoir vu plusieurs anachorètes arrivés à une vertu éminente, favorisés du don des miracles, chassant les démons, commandant aux bêtes farouches, voués à de telles austérités que leurs membres tremblaient de faiblesse, succomber malgré cela aux tentations, et profaner la pureté, parce que, avec tant de vertus, ils manquaient d*humililé. Si quelques saints se sont parfois exposés au danger et en ont triomphé , c'est par une inspiration et un secours extraordinaire du ciel qui les rendait invulnérables aux attaques de la concupiscence; mais ces inspirations et ce secours extraordinaire sont des miracles très rares; pour nous, nous devons toujours craindre et nous défier. Soient, quse vere virgines sunt, semper pavidœ etnunquam esse securœ. (S. Bern. Hom. m, sup. Miss.)
Un troisième moyen nécessaire pour conserver la chasteté, c'est la mortification des sens. Saint Paul , qui ressentait l'aiguillon de la chair si vivement, employait ce moyen : il châtiait sévèrement son corps, le traitait en esclave, et ainsi il était plus fort contre les attaques de cet ennemi brutal : Castigo corpus meum et in servitutem redigo. ( I Cor. ix.) La chair ne cessera jamais de se révolter contre l'esprit; il faut donc, pour que l'esprit garde sa supériorité, affaiblir la chair. Or cette révolle ne vient pas uniquement de la corruption de la nature pervertie par le péché originel , mais aussi du démon qui nous tente, et de la mollesse avec laquelle on traite son corps, tout en lui faisant éviter les excès apparents. Aussi, pour être parfaitement chaste , il ne suffit pas de le soustraire à tout excès dans le boire et le manger, ni de lui enlever toutes les choses superflues; il faut encore, autant qu'on le peut, selon sa santé et son état, lui retrancher une partie du