‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 191 sur 361 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

nécessaire. Saint Bernard pleurait lorsqu'il devait manger, car il craignait toujours qu'au lieu de nourrir un ami capable de l'aider à acquérir la perfection , il n'entretînt un ennemi qui lui fît perdre la belle vertu, exposée à la flétrissure dès qu'elle reste au milieu des délices. Castitas periclUatur in deliciis.

De grands Saints ne se sont pas seulement privés d'une partie du nécessaire, mais se sont aussi portés à des mortiflcations extrêmes lorsqu'ils étaient assaillis de tentations impures. Saint Benoît se roulait dans les épines; saint François d'Assise s'ensevelissait dans la neige; saint Bernard se plongeait jusqu'au cou dans un étang glacé, d'oii il fallait le retirer demi-mort. Bien que ces exemples soient plus admirables qu'imitables, il en ressort cependant un enseignement pratique pour tous, c'est que les tentations contre la pureté sont extrêmement redoutables , et que nous devons du moins , à défaut de grandes austérités, pratiquer avec empressement les pénitences conformes à notre état. Ardentes diaboli sagittse jejuniorum et vigiliarum vigore exstinguendse sunt. (S. Hier. Ep.) Mais il ne faut s'y livrer que selon les règles de la prudence chrétienne, et avec la permission de son directeur. Un ordinaire frugal et réglé , pris uniquement par nécessité, jamais par plaisir, et entouré des mortifications en usage dans notre état, tempère beaucoup plus les mauvaises inclinations de la chair et l'imagination que les pénitences excessives.

Il est aussi très nécessaire de mortifier les sens et surtout la vue pour conserver la chasteté ; car ordinairement c'est par les yeux, comme par des fenêtres, que le péché d'impureté entre dans l'âme et lui ravit son trésor : Ascendit mors per fenestras. ( Jer. ix, 21.) Oculus meus deprsedatus est animam meam, (Thren. m, 51.) Job lui-même, qui était arrivé à une grande sainteté et dont le corps rongé par les ulcères semblait inaccessible aux impressions de la volupté, se croyait pourtant obligé à prendre des mesures contre elles. Et voulant se mettre à l'abri des mauvaises pensées, il reconnaissait ne pouvoir réussir, sans faire prendre à ses yeux l'engagement de demeurer modestes : Pepigi fœdus cum oculis meis ut ne CO'

gitarem quidem de virgine. (Job. xxi, 1.) Pour ne pas avoir eu celle vigilance et celte fermeté, David le saint roi fît une chute aussi inattendue qu'effroyable. David ilîe sanctissimus in mille passibus muHerem nudatam vidit , et statim adulierium fecit el homicidium. (S. Aug. Serm. 25 de Temp.)

Il faut aussi mortifier les autres sens pour éviter toute occasion de perdre la pureté; ne jamais écouter de discours libres, ne dire aucune parole messéante; ne pas regarder de tableaux, d'estampes, d'images immodestes; veiller sur soi-même en tout temps; s'abstenir de faire aux enfants des caresses prolongées et trop libres; ne lire aucun livre dangereux, aucune histoire légère, aucun roman.

Un quatrième moyen pour conserver la chasteté est d'éviter les visites et les entretiens fréquents avec les personnes du sexe, ainsi que le commerce de lettres. Ces rapports sont une source ordinaire de périls et de chutes qui ne sont pas moins nombreuses ni déplorables parce que plusieurs restent inconnues. Ceux qui, en se permettant ces familiarités, n'ont pas encore succombé sont proches du précipice, comme dit saint Cyprien, et ils courent risque d'y tomber à chaque instant : Nemo diu tutus periculo proximus.

Ils répéteront sans doute ce quêtant d'autres ont dit avant de devenir victimes de leur légèreté, qu'ils ne ressentent rien de déréglé, que tout se passe honnêtement, qu'ils ne s'entretiennent avec ces personnes que pour passer un moment et se récréer, attendu qu'ils leur trouvent beaucoup d'esprit. Mais quel homme peut se vanter de ne pas s'exposer, dans ces dangereux rapports, à ressentir du désordre dans le cœur, l'esprit et le corps, quand il est manifeste que nous sommes tous formés du même limon et du même sang corrompu, depuis le péché d'Adam : Unusquisque tentatur a concupiscentia sua, (Jac. i, 14.) Les tentations sous ce rapport sont continuelles, tandis que la victoire est rare : Quoiidianapugna, rara Victoria. { S. Aug.) En même temps qu'elle est rare, elle ne s'achète qu'au prix de grands efforts, vu qu'il s'agit d'un ennemi intérieur, qui nous séduit et nous enchante. C'est pourquoi saint Augustin regarde les autres luttes du chrétien

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