‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 196 sur 361 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

être tout entier, ce qui est bien plus considérable que de donner son corps et ses richesses. 2° Le vœu d'obéissance comprend les autres vœux, tandis qu'il n'est compris dans aucun. Car ni le vœu de pauvreté, ni celui de chasteté n'entraînent la pratique de l'obéissance, si bien que parfois des fidèles dans le monde font les deux premiers sans émettre le dernier. Au contraire, quand le religieux promet obéissance, en s'obligeant généralement à pratiquer tout ce qui lui sera commandé , il s'engage implicitement à garder la pauvreté et la chasteté, qui sont parmi les principales prescriptions de sa règle. C'est pourquoi dans notre Ordre, dans celui de saint Benoît et celui des Chartreux, en faisant profession, on ne fait point expressément d'autre vœu que celui d'obéissance par ces paroles : Promitto obedientiam. En ce seul mot, tout est dit. 3° Une chose est d'autant plus parfaite qu'elle nous conduit plus directement à la fin pour laquelle on l'a instituée. Or l'obéissance, plus parfaitement que tous les autres vœux , amène le religieux à la fin de sa vocation. La fin de notre Ordre, par exemple , étant de travailler à notre salut et à celui du prochain , ni la pauvreté ni la chasteté ne nous conduisent spécialement et personnellement à ce but: elles se contentent de nous faire les prescriptions qui conviennent à tous les religieux de tous lés Ordres pour devenir parfaits. C'est l'obéissance qui nous fait réaliser le but apostolique de notre vocation de Frères-Prêcheurs. C'est elle qui, afin de nous y conduire, nous prescrit, comme moyens pour nous mieux disposer à prêcher, à confesser et à enseigner, la prière, la pénitence et l'étude. C'est elle qui détermine ensuite à chaque religieux la mesure et la nature du ministère qu'il doit exercer, selon ses aptitudes, en union avec ses frères, de concert avec les autres œuvres de zèle exercées dans le couvent et dans la Province. De même, l'obéissance détermine aux religieux des autres Ordres ce qu'ils doivent faire pour arriver à la fin particulière de leur institut, que ce soit de soigner les malades , d'instruire les enfants , ou d'assister les moribonds. De là, saint Thomas conclut que le vœu d'obéissance est, de tous, le plus essentiel à la religion , tellement que celui qui aurait

voué la pauvreté et la chasteté ne serait pas pour cela dans l'état religieux s'il n'avait fait vœu d'obéissance: Votum obedentise est Religioni essentialiits. (2. 2. q. 186.)

2° L'obéissance renferme toutes les autres vertus, les imprime dans notre âme, et les y conserve si elles y sont déjà, comme l'enseigne saint Grégoire : Obedientia sola virius esl quœ cœteras virtutes menti inserit et insertas custodit. ( Lib. 59 moral.) Elle suppose la foi, car c'est avoir une foi vive d'être convaincu qu'un supérieur, défectueux comme les autres hommes, nous représente la majesté et la volonté de Dieu. Elle est alliée à l'espérance, car il serait parfois très difficile d'exécuter ce que le supérieur ordonne si l'on n'avait confiance dans la toute-puissance de Dieu, qui sait montrer sa force dans la plus grande faiblesse. Elle est unie à la charité et en est même inséparable, dit saint Thomas : Chantas sine obedientia esse non potest (2.2. q. 104), car elle cherche à plaire à Dieu pour lui-même, et à faire sa volonté dans la soumission filiale au supérieur; or c'est là le propre de la vraie charité. Elle renferme aussi les autres vertus, car on les acquiert toutes par l'exercice de leurs actes ; or c'est l'obéissance qui exerce le religieux aux différentes vertus , tantôt de pénitence et de mortification , tantôt de patience , d'humilité et de douceur, tantôt de pauvreté, de modestie et de tempérance, etc. Ainsi, en se laissant conduire par l'obéissance et en embrassant de bon cœur toutes les occasions de la pratiquer qui se présentent, les religieux sont dans l'exercice continuel de toutes les vertus, et ils croissent en chacune d'elles à mesure de leur progrès dans l'obéissance; ce qui a fait dire à saint Augustin : « L'obéissance est une très grande vertu et, pour ainsi dire, la source et la mère detoutes les autres. » Obedientia maxima virius est, et, ut ita dicam ^ omnium ongo materque virtutum. (Lib. 1. contra Adv.) C'est dans le même sens que saint Grégoire et saint Bernard expliquent ce passage de l'Écriture : « L'homme obéissant ne parlera que de victoires, » car il en remportera, non pas une seule, mais un très grand nombre, en pratiquant, malgré lesobstacles, toute espèce de vertu : Viv obediens loqueturvictorias. ( Prov.xxi, 28.)

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