‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 199 sur 361 · Troisième partie 42k · texte numérisé non relu

Troisième partie 42k

Spontanée et le tombeau de la propre volonté ». Obedientia est spontanea mors... sepulcrum propriss voluntatis. (Grad. iv, a. 3.)

Lorsque, par l'obéissance, notre volonté s'est ainsi ensevelie dans la volonté de Dieu , elle devient indifférente pour tout et capable de s'employer à tout. Le religieux a toujours dans la bouche, selon saint Bernard, les paroles de David: « Mon cœur est prêt. Seigneur, mon cœur est prêt. » Me voulez-vous employer près de vous? je le veux. Me voulez-vous occuper avec le prochain? je m'y rends. Me voulez-vous dans la retraite? me voulez-vous aux emplois extérieurs? je suis prêt. En un mot , je ne veux que votre volonté : Bonus obediens dat suuin velle et suum nolle ut possit dicere : paratum cor meum,Deus, paratum cormeum. Il est toujours, à l'égard de son supérieur, dans les sentiments de saint Paul converti, lorsqu'il disait : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse? » Domine, quid me vis facere? « parole courte I s'écrie saint Bernard, mais parole remplie, mais parole vive et efficace! Combien peu de religieux la profèrent avec vérité 1 » verbum brève/ sed plénum, sed vivum, sed efficax... Quam pauci inveniuntur in hac perfecta obedientise forma!

Aujourd'hui, comme du temps de saint Bernard, on trouve trop peu de religieux ainsi détachés d'eux-mêmes et prêts à tout entreprendre sur l'ordre de Dieu. Combien de fois ne faut-il pas que le supérieur, avant de commander, se demande ce que chacun d'eux fera le plus volontiers, et leur dise, comme Jésus-Christ à l'aveugle de l'Évangile : Quid tibi vis faciam? « Voulez-vous cet office ou celui-là? » Et s'il juge bon de les appliquer à un ministère peu conforme à leur humeur, ce ne sont que plaintes, objections et résistances. D'autres ne font pas , il est vrai , leur volonté si ouvertement ; ils procèdent avec plus d'adresse en faisant prévaloir habilement leurs inclinations ou en se servant d'un intermédiaire qui les découvre au supérieur. Pas plus que les autres, ils ne sont de véritables obéissants, et s'ils croyaient l'être, dit saint Bernard, ils ne feraient que se séduire : Quisquis vel aparté vel occulte satagit ut, quod habst in voluntate, hoc ei

spiritualis pater injungai, ipse se seducit si forte sibi quasi de obedieniia blandiaiur. (Serm. de Trib. ord.)

Le véritable obéissant soumet aux supérieurs non seulement sa volonté, mais son jugement propre. Il n'a qu'un sentiment avec eux, en sorte qu'il estime ce qu'on lui commande avantageux pour son salut, précisément parce qu'on le lui commande. Son obéissance ne serait sans cela ni entière ni parfaite. En effet, l'obéissance, selon saint Jean Glimaque, est un complet dépouillement de notre propre discernement : Discretionis depositio. (Grad. iv.) C'est encore, d'après tous les saints , un holocauste parfait , par lequel on consacre à Dieu tout son être. Or, dans le sacrifice d'holocauste la victime était consumée en entier pour Dieu. Si donc, en obéissant, on se réserve son entendement, c'est-à-dire la région de l'âme la plus haute, la plus indépendante, celle qui dirige tout le reste, l'obéissance n'est plus un dépouillement de l'esprit propre, ni un véritable holocauste; et dès lors elle n'est point agréable à Dieu comme elle devait l'être.

La vraie obéissance est appelée aveugle par les SS. Pères, parce que, dans tout ce qui n'est pas contraire à la loi divine, elle fait obéir simplement, sans rechercher des motifs pour déterminer la raison à se soumettre et lui persuader qu'il faut qu'il en soit ainsi; la vraie raison, la raison universelle, c'est le droit et l'excellence de l'obéissance même. Cette obéissance aveugle est très sage et très prudente; car en se soumettant avec simplicité au supérieur, on suit les lumières de la sagesse infinie de Dieu, comme le dit saint Bernard : Si vis esse sapiens, esto obediens. ( Serm. de Epiph.) L'obéissance aveugle est l'âme de la religion, parce que, tout l'esprit de celle-ci consistant dans la dépendance des inférieurs aux supérieurs , celui qui entreprend de juger et d'examiner leurs commandements ruine ce principe, et tend à renverser d'une manière occulte un ordre de choses aussi bien concerté.

C'est pourquoi la première leçon que saint Jérôme donnait à son ami Rustique pour le former à la religion , était celle-ci : « Croyez que tout ce qu'ordonnera votre supérieur est avantageux à votre salut; ne vous mêlez jamais de juger ses

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