TROISIÈME PARTIE
ordres; toute votre occupalion doit être d'exécuter ce qu'il enjoint, suivant ces paroles de Moïse : « Écoutez, Israël, et taisez- vous. » Crede tibi salutare quidquid monasierii prœpositus jusserit, nec de majorum senteniia judices , cujus est obedire et implere quse jussa sunt, dicente Moyse : Audi, Israël, et tace.
Saint Bernard se plaignait de rencontrer si rarement cette soumission d'esprit. « Nous voyons, disait-il, plusieurs religieux, dès qu'ils reçoivent un ordre, soulever une foule de questions: «Pourquoi, comment, d'où vient qu'on me charge de cela, à quoi bon, qui a inventé ce conseil, que ne l'ordonne-t-on à un autre?» De là naissent les murmures, les plaintes , l'indignation du cœur, l'emportement dans les paroles, les excuses, le prétexte d'impossibilité, et enfin le refus formel d'exécuter le commandement. » Multos videmus, post prsecipientis imperium, multas facere quœstiones : Cur, quare, quamobrem , ssepius interrogare, etc.? Ils sont bien loin de cette docilité-, que saint Grégoire décrit ainsi : « La véritable obéissance n'examine point les commandements des supérieurs ni leurs intentions. Sa plus grande joie est de faire la chose commandée, ne connaissant pas d'autre bien que d'obéir à l'ordre reçu. » Vera obedientia nec prœpositorum intentionem discuta, nec prœcepta discernit; in hoc solo gaudet si quod sibi prsecipitur, operatur; nescit enim judicare quisquis perfecte didicerit obedire, quia hoc tantum bonum putat si prœceptis obediat. (Libr. II Reg., c. iv.)
Ce qui fait voir l'injustice à laquelle s'exposent les religieux qui examinent et condamnent la conduite de leur supérieur, c'est que la prudence de celui-ci est générale et élevée, tandis que celle des inférieurs est particulière et limitée. Le prélat juge et conduit par les règles du bien commun , dont il doit répondre à Dieu. Pour l'inférieur, il n'est préoccupé que de lui-même et ne juge des choses que par rapport à sa propre personne; par conséquent il ne peut apprécier prudemment la conduite du supérieur, qui agit souvent par des raisons inconnues , et qui , même sans cela , peut avoir des motifs pleins de sagesse au point de vue du bien universel, quoique con-
testables au point de vue particulier. Les religieux qui condamnent leurs supérieurs sur les apparences sont donc téméraires et mal avisés.
On peut cependant représenter au prélat, avec respect, modestie et humilité, ce qui concerne l'intérêt de la santé, celui de l'âme et du bien public. Mais on doit le faire en vue de Dieu, non pour contenter son amour-propre et ses inclinations; après avoir exposé ce qu'on trouve à propos, il n'y a plus qu'à demeurer parfaitement indifférent à tout ce qui nous sera ordonné, accordé ou réfusé.
3° L'obéissance doit être univei;selle , car, dit saint Thomas, le vœu d'obéissance s'étend à toute l'ordonnance de la vie religieuse et en embrasse tous les actes. C'est pour cela qu'il a une espèce d'universalité : Votum ohedientise ad religionem periinens se extendit ad dispositionem totiusvitse; et secundum hoc, habet quamdam universalilem, (2. 2. q. 86.) Il est étrange de voir combien d'illusions, sous ce rapport, se glissent dans la pratique du vœu d'obéissance. Ne dédaignons pas d'entrer dans le détail , pour mieux apprendre à éviter ces défauts.
L'obéissance doit être générale par rapport à tous les temps , à tous les lieux, à tous les âges et à toutes les actions. Il y a des religieux qui croient que cette vertu n'est guère propre qu'aux novices, et qu'elle est beaucoup moins obligatoire pour les anciens, pour les hommes de mérite, les professeurs, les prédicateurs, les confesseurs. D'autres ne veulent se soumettre que lorsqu'ils sont de bonne humeur; d'autres enfin obéissent si le supérieur est présent , et non pas en son absence. Tous sont dans l'illusion; car, dit saint Bernard, l'obéissance parfaite ne reconnaît point de limites , à moins qu'on ne lui donne pour terme la fin de notre vie. Perfecta obedientia tenninis non a/rctatur; terminus est ohedientise qui etvitœ. ( De Prsecept. et disp. c. m.)
L'obéissance doit être générale par rapport à tous les supérieurs, tous sans exception tenant la place de Dieu. Certains religieux ne voudraient obéir qu'à ceux qui ont de la science, de la vertu, de l'expérience, des manières prévenantes, et dont le caractère s'accorde avec le leur. Ils sont dans l'il-